BULLETLV DE LA GRAXDE ARMÉE
Scliœtibiuiin, -li l)rumaire au XIV (15 novembre 1805).
Au combat de Dùrrcnstein , le général major autrichien Schmidt, qui dirigeait les moui^enients des Russes, a été tué ainsi que deux généraux russes. Il paraît que le colonel IVatier n'est pas mort, mais que, son cheval ayant été blessé dans une charge, il a été fait prisonnier. Cette nouvelle a causé la plus grande satisfaction à l'Empereur, qui fait un cas particulier de cet officier.
Une colonne de -4,000 hommes d'infanterie autrichienne et un régiment de cuirassiers ont traversé nos postes, qui les ont laissés passer sur un faux bruit de suspension d'armes, qui avait été répandu dans notre armée. On reconnaît , à cette extrême facilité, le caractère du Français, qui, brave dans la mêlée, est d'une générosité souvent irréfléchie hors de l'action.
Le général Alilhaud , commandant l'avant-garde du corps du maréchal Davout, a pris cent quatrevingt-onze pièces de canon avec tous les caissons d'approvisionnements, et 400 hommes. Ainsi la presque totalité de rarlillerie de la monarchie autrichienne est en notre pouvoir.
Le palais de Scbœnbrunn, dans lequel l'Empereur est logé, a été bâti par Marie-Thérèse, dont le
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portrait se trouve dans presque tous les aj)partements. Dans le cabinet où travaille l'Empereur est une statue de marbre qui représente cette souveraine. L'Empereur, en la voyant, a dit que, si cette grande reine vivait encore, elle ne se laisserait pas conduire par les intrigues d'une femme telle que madame de Colloredo. Constamment environnée, comme elle le fut toujours, des grands de son pays, elle aurait connu la volonté de son peuple; elle n'aurait pas fait ravager ses provinces par les Cosaques et les Moscovites ; elle n'aurait pas consulté, pour se résoudre à faire la guerre à la France, un courtisan comme ce Cobenzl, qui, trop éclairé sur les intrigues de la cour, craint de désobéir à une femme étrangère, investie du funeste crédit dont elle abuse ; un scribe comme ce CoIlem])ach ; un homme enfin aussi universellement bai que Lambertie ; elle n'aurait pas donné le commandement de son armée à des boiumes tels queMack, désigné, non par la volonté du souverain, non par la confiance de la nation, mais par l'Angleterre et la Russie. C'est en eff'et une cbose remarquable que cette unanimité d'opinions dans une nation tout entière contre les déterminations de la Cour ; les citoyens de toutes les classes, tous les hommes éclairés, tous les princes mêmes se sont opposés a la guerre. On dit que le prince Charles, au nioment de partir pour l'armée d'Italie , écrivit encore à
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rEmpereur pour lui représenter l'imprudence de sa rcsolulion et lui prédire la destruction de sa monarchie; rélectcur de Salzburg, les archiducs, les grands tinrent le même langage. Tout le continent doit s'affliger de ce que l'empereur d'Allemagne, qui veut le bien, qui voit mieux que ses ministres, et qui, sons beaucoup de rapports, serait un grand prince, ait une telle défiance de lui-même, et vive si constamment isolé; il apprendrait des grands de l'empire, qui l'estiment, à s'apprécier lui-même; mais aucun d'eux, mais aucun des hommes considérables qui jugent et chérissent les intérêts de la patrie n'approche jamais de son intérieur. Cet isolement, dont on accuse l'influence de l'impératrice, est la cause de la haine que la nation a conçue contre cette princesse. Tant que cet ordre de choses subsistera, l'empereur ne connaîtra jamais le vreu de son peuple, et sera toujours le jouet des subalternes que l'Angleterre corrompt, et qui le circonviennent de peur qu'il ne soit éclairé. Il n'y a qu'une voix à Vienne comme à Paris : les malheurs du continent sont le funeste ouvrage des Anglais.
Toutes les colonnes de l'armée sont en grande marche et se trouvent déjà en Moravie et à plusieurs journées au delà du Danube. Une patrouille de cavalerie est déjà |)arvenue jusqu'aux portes de Tresbourg, capitale de la haute Hongrie. Elle a lu. 2G
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intercepté le courrier de Venise, au moment où il cherchait à entrer clans cette ville. Les dépèches de ce courrier ont appris que l'armée du prince Charles se retire en grande hâte, dans l'espoir d'arriver à temps pour secourir Vienne.
Le général Marmont mande que le corps qui s'était avancé jusqu'à OEdenlmrg, par la vallée de la Mur, a évacué cette contrée après avoir coupé tous les ponts, précaution qui l'a mis à l'ahri d'une vive poursuite.
Le nonihre des prisonniers que fait Taruiée s'accroît à chaque instant
Sa Majesté a donné audience aujourd'hui à M. le général-major hatave Bruce, beau-frère du Grand Pensionnaire, venu pour féliciter l'Empereur de la part de Leurs Hautes Puissances les Etats de Hollande.
L'Empereur n'a encore reçu aucune des autorités de Vienne , mais seulement une députation des différents corps de la ville , qui , le jour de son arrivée, est venue à sa rencontre à Sieghartskirchen. Elle était composée du prince Zinzendorf, du prélat de Seidenstetten, du comte de Veterani, du baron de Kess, du bourgmestre de la ville, M. de Wohebben, et du général liourgeois, du corps du génie.
Sa Majesté les a accueillis avec beaucoup de bonté et leur a dit qu'ils pouvaient assurer le peuple de Vienne de sa protection.
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Le général de division Clarke est nommé gouverneur général de la haute et de la basse Autriche. Le conseiller d'Etat Daru en est nommé intendant général.
Moniteur (lu 5 frimaire an XIV.
(En D]inale au Dé[)ôt de la guerre.)