‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 22 sur 199 · VUES AU SUJET DE L'ORGAXISATION DE L'ÉCOLE POLYTECHXIQLE · texte numérisé non relu

VUES AU SUJET DE L'ORGAXISATION DE L'ÉCOLE POLYTECHXIQLE

AU GÉXÉRAL LAGUKE , GOUVERNEUR DE l'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. La Malraaison, 2 gerruinal an XIII (23 mars 18G5).

Monsieur Lacuée, Conseiller d'État, je voudrais enfin m'occuper de l'organisation de l'Ecole polytechnique. Vous m'avez présenté plusieurs projets séparés ; je désire que vous me remettiez un projet qui oflre l'ensemble de l'administration. Il convient de distinguer en deux titres séparés ce qui regarde, 1° le logement des élèves, 2° leurs pensions. Mon intention n'est pas que la dépense soit payée par deux ministères différents. L'école sera considérée comme école spéciale de mathématiques, et payée par l'intérieur. La guerre a bien assez de ses dépenses. Vous vous rappellerez que mon désir est que cet établissement coûte peu. Il est dangereux jtoiir des personnes qui n'ont pas de fortune de leur donner des coimaissances en matliématiques trop étendues. Quant aux sujets ayant de grandes dispo-

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sitions et peu de fortune, il sera facile de les placer au moyen de vingt ou trente bourses (jui seront créées à. cet effet; mais les pensions des autres élèves doivent être payées par les parents. Une dépense de 500,000 francs ne peut pas être maintenue. Il est bien entendu que ces dispositions ne s'appli(|iieront point aux jeunes gens qui sont à présent à l'école. L'organisation en bataillon et le conseil d'administration peuvent être établis à l'instar de l'école de Fontainebleau. L'école spéciale de mathématiques ou École polytechnique est destinée à réunir deux ou trois cents élèves. Les ponts et chaussées, les ingénieurs géographes, les ingénieurs de la marine, l'artillerie et le génie, ne peuvent recevoir deux cents jeunes gens par an : il faut donc qu'une partie de ces élèves puisse entrer dans l'armée; mais comment y entreront-ils, avec quel grade? Cela doit aussi être réglé. Je regrette de voir un aussi grand nombre de jeunes gens de cet âge réunis à Paris ; je sens les inconvénients qu'il y aurait à les éloigner trop; mais, si on pouvait les placer à deux ou trois lieues, il en résulterait un grand avantage. J'ai peine à croire qu'il n'y ait pas à cette distance, aux environs de Paris, des séminaires ou d'autres bâtiments propres à ce service. i\e pourrait-on pas, par exemple, placer l'école au château de Saint-Germain? Son éloignement ne serait pas assez grand pour que quelques bons professeurs ne pussent pas s'y rendre.

[1805] DE NAPOLKOX 1«'. 10/

Si cependant il faut absolument laisser l'école à Paris, de tous les quartiers celui que je préf("'re, c'est le quartier latin, et celui pour lequel j'ai le plus de répuguance c'est le quartier où elle csl actuellement'.

A'AI'OLÉO.V.

Archives de l'Empire.

527. — ORDRES A DON.VKR POUR U.\ RASSr^IBLEMEXT DE TROUPES DA\S LES PLAINES DE .UAREXGO ET DE LOMATO.

AU MARÉCHAL BERTHIER

Saint-Cloud, 6 germioal an XIII (i~ mars 1805).

Mon Cousin, vous ferez réunir, du l"au 10 floréal, dans la plaine deMarengo, les corps dont l'état est ci-joint :

Les quatre bataillons du 23^ de ligne, les quatre du 56*, les quatre du 60^ ; trois bataillons du 14* léger, quatre du 5* de ligne, trois du 102*.

Ils seront partagés en deux divisions; une tiendra garnison à Alexandrie, l'autre à Tortone et environs.

Vous réunirez sur le même champ de bataille les quatre régiment de chasseurs onde dragons qui se

' Elle était alors an palais Dourbon.

108 CORRESPONDAXCE MlLITAlllE [18051

trouvent dans la 27' division militaire ', le riginisnt d'artillerie légère avec le bataillon du train et vingt-quatre pièces de canon de campagne bien attelées.

Le maréchal Lannes se rendra à Alexandrie, où il sera rendu le 25 germinal pour y exercer les troupes avant mon arrivée.

Mon intention n'est point que ces troupes soient campées; elles seront baraquées dans les villages.

Comme les troupes du Piémont ont un traitement particulier, vous me ferez un rapport sur les gratifications qu'il faudra leur donner également.

Je passerai en revue dans les dix piemiers jours de prairial , dans la plaine de Lonata les 22" et 23» légers, les 1", 10% 106% 52% 62% 101, 53 de ligne, et les trois régiments italiens. Le général JourJan formera quatre divisions, chacune de trois régiments; on les cantonnera sur la Chiese et le Mincio. Je passerai en revue le 3% 14% 15*chasseurs, 24* et 29* régiments de dragons ; ce qui formera une 5* division.

Les régiments de cuirassiers formeront une 6* division.

Vous me ferez connaître également ce qu'il sera nécessaire de donner aux troupes pendant le temps qu'elles seront cantonnées.

»Ti

Les trois régiments cie cavalerie italiens formeront une division.

Chacune aura six pièces de canon attelées, et sera commandée par un général de division et un ou deux généraux de brigade.

On aura cependant soin de laisser à Porto-Legnago le bataillon nécessaire pour sa garnison. On laissera aussi ce qui sera strictement nécessaire à la garde de Manfoue.

Vous recommanderez bien au maréchal Jourditn que ces mouvements n'aient point l'air de mouvements de guerre. Il ne dégarnira Vérone, Peschiera et Alantoue qu'au moment de la revue. Il donnera seulement l'ordre de se mettre en marche au 02' qui est à Livourne, au 53" qui est à Rimini, au 22* qui est à Xovare, au 23* qui est à Parme, et aux autres corps qui ont besoin de se rapprocher.

Le bataillon du 20* de ligne tiendra garnison à Livourne.

Xapoléon.

Arcliives de lEmpire.

52S. — ORDRK DE RAPPELER LE PRIYCE JOSEPH A L\ STRICTE OBSERVATIOX DE SES DEVOIRS DE COLONEL.

AU MARECHAL ItERTHIER.

Milan. 30 floréal an XIII (20 mai 1805).

Faites connaître à Soult mon mécontentement de lu. 7

110 CORRESPOXUAKCE MILITAIRE [1805]

ce que, dans les différentes revues à son camp, le prince Joseph a paru autrement que comme colonel ; que rien dans une armée ne peut éclipser le commandant en chef; que le prince pouvait passer la revue de son régiment comme il le voulait; mais le jour d'une revue, s'il y avait un déjeuner à donner, c'était au général et non au prince; cela tient de trop près au service. Le principe général est qu'un prince colonel n'est à la revue que colonel. Le prince ne peut quitter Boulogne sans l'ordre du général. Vous écrirez à Josej)h qu'instruit que , rendu au camp, il l'a quitté sans consentement, je ne puis que lui en témoigner mon mécontentement ; que la discipline militaire ne souffre point de modifications, et qu'une armée est une et entière; celui qui la commande est tout; que mon intention est qu'il se rende à son régiment et y remplisse, dans toute la force du terme, son devoir de colonel. Faites-lui sentir qu'il se tromperait étrangement s'il croyait avoir encore les qualités nécessaires pour mener son régiment.

Napoléon.

Archives de l'Empire.

(1805) DE NAPOLEOX I". 111

529. — LYSTRLGTIOXS SECRETES POUR LA CO.MPOSITIOM D'L'XE ARMÉE ITALIE.V.VE.

AU GÉXKRAL LACLÉE.

Milan, 13 prairial an XIII ("2 juin 180.j).

Il est ridicule de former une garde dans le royaume d'Italie à l'instar de celle impériale de France. Une vieille armée peut recruter une garde comme la garde impériale, et rend naturel le beau sort fait à de vieux soldats : c'est une récompense. D'ici à vingt ans le royaume d'Italie n'aura pas de vieille armée. La manière dont cette garde devrait être organisée paraît devoir être la suivante :

Quatre colonels généraux faisant le service près du roi comme capitaines, ayant 24,000 francs, et commandant chacun quatre compagnies.

Elles seraient composées:

D'un capitaine ayant le rang de colonel, de 2 lieutenants ayant le rang de chef d'escadron , de -4 sergents ayant rang de capitaine, de 8 brigadiers ayant rang de lieutenant et de 60 gardes du roi à cheval;

D'un capitaine ayant le rang de colonel, 2 lieutenants ayant rang de chef de bataillon , 2 sergents ayant rang de capitaine , 4 caporaux ayant le rang de lieutenant, et de 70 gardes à pied.

112 COUUESPOi\DA\CE M 1 L IT A I U E (1805]

La compagnie de chaque colonel serait de 80 hommes.

Il faudrait fixer le payement de cette garde de manière qu'elle ne coûtât pas plus de 2 à 300,000 fr. au trésor royal, casernement fout compris.

Ce moyen serait facile à résoudre , s'il y avait moyen de prendre des gens très-riches.

On suppose qu'on peut donner aux colonels 3,000 francs; aux lieutenants, 2,000; aux sergents, 1,000 francs, et aux caporaux 500 francs, et s'arranger de uîanière que chaque garde ne coûte pas plus qu'un soldat ordinaire.

A cet effet, on fixerait les conditions.

On pourrait les traiter comme la Garde actuelle , et fixer ce que les parents devraient verser au trésor.

Les délites à pied en France payent 200 francs; ils ne remboursent point le trésor, et coûtent plus qu'une troupe ordinaire à cheval. Il faudrait qu'ils payassent davantage.

Dans un pays comme celui-ci, il ne serait pas difficile de trouver 240 hommes à 2 ou 300 francs et 320 à plus de 4 ou 500 francs. Je prie le conseiller Lacuée de tenir ces bases secrètes.

Ainsi , pour le reste de l'armée , voici à peu près comme je la voudrais former : 2 régiments de chasseurs, 2 de dragons, mais dont le 4® ne se formerait que dans trois ou quatre ans; 2 d'infanterie légère à 3 bataillons , qu'il faudrait tenir à peu près

[1805] DE \.=ipol:':om I". m

sur leconi|)let de guerre, c'est-à-dire 0,000 hommes, vu que le principal ici est de former des soldats (le goût des armes ne peut revenir qu'en caserne); il faut appeler beaucoup, prendre en petit nombre;

4 régiments de ligne, 12,000 hommes; 1 régiment d'artillerie de 2 bataillons, chaque bataillon de

5 compagnies, 1,000 hommes; 1 compagnie de pontonniers, 100 hommes; 1 de sapeurs, 100; 1 bataillon de pionniers, dont 1 compagnie de mineurs, 500 hommes ; 1 bataillon du train de G compagnies , 600 hommes ; 1 bataillon de garde-côtes, matelots, 4 compagnies formant 500 hommes. Il ne faudrait pas plus de 40 officiers d'artillerie, indépendamment de ceux de l'armée, et autant pour le génie et l'étatmajor général; ce qui, avec une Garde composée comme dessus, mettrait à même d'avoir en campagne 3 divisions, 2 régiments de cavalerie, 1 régiment d'artillerie, 1 bataillon de sapeurs, 2 bataillons d'infanterie et une 4* division de troupes étrangères, soit pour garder l'intérieur ou comme corps d'observation.

Une armée ainsi composée, et un peu bien organisée, serait dans le cas de garder Porto-Legnago, Anfo, Peschiera, Manfoue, et donner le temps à une armée amie d'aller à son secours.

On désirerait que cette troupe ne monte pas à 30,000 hommes; il semblerait qu'elle ne devrait pas coûter au delà de 25 millions de francs.

Il ne paraît pas que d'ici à six ans le royaume dût aroir une grande force militaire. Ce n'est que progressivement qu'on peut former une grosse armée, et, une fois bien constituée et organisée, il deviendrait facile de la douMer et d'avoir 8 régiments de cavalerie, A d'infanterie légère et 8 de ligne.

Telle qu'on la propose, elle serait la plus forte d'Italie , plus forte que le Pape, JVaples, l'Etrurie réunis; dès ce moment, le pays pourrait parfaitement jouer son rôle.

Il paraîtrait que,

3 généraux de division, 9 de brigade, 9 adjudants commandants, 21 officiers,

1 général de brigade d'artillerie, 2 colonels, indépendamment de ceux de l'armée, 4 chefs de bataillon idem et une douzaine d'officiers,

1 chef de brigade du génie, 2 chefs de bataillon, 4 capitaines, 8 lieutenants, 12 sous-lieutenants.

Seraient suffisants.

I commissaire ordonnateur, 6 commissaires des guerres et 4 adjoints.

Resterait à organiser les bureaux au même instar.

Je prie M. Lacuée de ne communiquer à personne ce projet, et de m'en remettre un projet particulier.

II serait possible qu'il fût convenable d'établir à ■4 bataillons, et dès lors d'avoir 8 bataillons d'infanterie légère et 20 de ligne.

Mais je pense que la préférence doit être donnée à 3 bataillons, tant pour rester dans votre organisation que pour former ensuite un plus grand nombre de corps et les porter à 4. En former de nouveaux , grand inconvénient.

Napoléon.

Archives de l'Empire.

530. IXSTRUCTIO.VS SECRÈTES TRAÇAXT AU PRIXGE El'GÈXE, VICE -ROI D'ITALIE, LA COXDUITE A TEVIR.

Milan. 7 juin 1805'.

Mon Cousin, en vous confiant le gouvernement de notre royaume d'Italie, nous vous avons donné une preuve de l'estime que votre conduite nous a inspirée pour vous. Mais, encore dans un âge où l'on ne connaît pas la perversité du cœur humain, nous ne saurions vous recommander trop de circonspection et de prudence. Nos sujets d'Italie sont naturellement plus dissimulés que ne le sont les citoyens de la France. Vous n'avez qu'un moyen de conserver leur estime est d'être utile à leur bonheur, c'est de n'accordervotre confiance entière à personne, de ne dire à personne ce que vous pensez des ministres et des grands officiers qui vous environnent.

* Date présumée.

La dissimulation, naturelle à un certain âge, n'est pour vous qu'une affaire de principe et de commandement. Quand vous aurez parlé d'après votre cœur et sans nécessité, dites-vous en vous-même que vous avez commis une faute, pourn'yplus retomber. Alontrez pour la nation que vous gouvernez une estime qu'il convient de manifester d'autant plus que vousdécouvrirez des motifs de l'estimer moins. Il viendra un temps où vous reconnaîtrez qu'il y a bien peu de ---^ difiTérence entre un peuple et un autre. Votre administration ayant pour but le bonheur de mes peuples d'Italie, le sacrifice des choses de leurs coutumes contre lesquelles vous êtes passionné est le premier que vous leur devez. Dans toute autre position que celle de vice-roi d'Italie, faites-vous gloire d'être Français; mais vous devez ici le faire oublier, et vous n'aurez réussi qu'en persuadant que vous aimez les Italiens. Ils savent qu'on n'aime que ce qu'on estime. Cultivez leur langue; qu'ils fassent votre principale société; distinguez-les dans les fêtes d'une manière particulière; approuvez ce qu'ils approuvent et aimez ce qu'ils aiment.

Parlez le moins possible : vous n'êtes pas assez instruit, et votre éducation n'a pas été assez soignée pour que vous puissiez vous livrer à des discussions d'abandon. Sachez écouter, et soyez sûr que le silence produit souvent le même eli'ct que la science. Ne rougissez pas d'interroger. Quoique vice-roi,

[ISO,-.] DE \APOLÉO:V I»'. 117

VOUS n'avez que vingt-trois ans, et quelque chose que dise la flatterie, tout le monde connaît secrètement ce que vous savez, et vous accorde plus d'estime par l'espérance de ce que vous serez que j ar l'opinion de ce que vous êtes.

N'imitez pas en tout ma conduite; vous avez besoin de plus de retenue.

Présidez peu le Conseil d'Etat; vous n'avez pas assez de connaissance pourle présider avec succès. Je ne verrai pas d'inconvénient à ce que vous y assistiez sous la présidence d'unconsulteur, qui présiderait de sa place. La connaissance qui vous manque de la langue italienne, et même de la législation , est un très-bon prétexte pour vous abslenir. IVc prenez jamais la parole au Conseil : on vous écouterait sans vous répondre, mais on verrait aussitôt que vous n'êtes pas en force pour discu ter une matière. On ne mesure pas la force d'un prince qui se tait; quand il parle, il faut qu'il ait la conscience d'une grande supériorité.

N'ajoutez aucune foi aux espions. Il y a plus d'inconvénient que d'avantage à en avoir. Il n'y a jamais d'inquiétude à concevoir à Milan, et peut-être même dans aucun pays. Votre police militaire, qui vous assure de vos troupes, est tout ce qu'il vous faut.

L'armée est le grand objet dont vous pouvez vous occuper directement et par vos propres connaissances.

118 COHRKSPO\DA\'CE MILITAIllE |18C5j

Travaillez deux fois par semaine avec vos ministres : une fois seul avec chacun d'eux; une autre fois en conseil. Une partie du bien que vous pouvez faire sera fait lorsque vos ministres et vos conseillers seront persuadés que vous discutez pour ne vous rendre qu'à la raison et sans vous laisser prévenir.

Dans les cérémonies publiques et dans les fêtes, quand vous aurez des étrangers- et des Français, sachez bien la place qu'ils doivent occuper et ce que vous devez faire. Il convient que vor.s ne fassiez jamais une école dans cette partie, et il faut éviter avec le plus grand soin de vous exposer à des affronts. Si cela arrivait, ne le souffrez pas. Princes, ambassadeurs, ministres, généraux, faites arrêter dans votre palais quiconque vous aurait offensé, fût-ce un ambassadeur d'Autriche ou de Russie. Mais, encore une fois , ces événements sont toujours fâcheux. Ce qui est indifférent pour moi est pour vous une affaire épineuse et de conséquence.

Votre grand intérêt est de bien traiter les nationaux, de les connaître tous, de savoir quel est leur nom, quelle est leur famille. JVe montrez pas trop d'empressement aux étrangers; il n'y a jamais rien à gagner avec eux. Un ambassadeur ne dira pas du bien de vous, parce que son métier est de dire du mal. Les ministres étrangers sont, dans la force du terme, des espions titrés. Il ne peut y avoir d'inconvénient à les éloigner de vous; ils sont toujours plus dis-

[1805] DE NAPOLÉOX I". 119

posés à estimer ce qu'ils voient peu que ce qui leur témoigne amitié et bienveillance.

Il n'y a ici qu'un homme essentiel , le ministre des finances; c'est un travailleur qui connaît bien sa partie.

Quoiqu'on sache que je suis derrière vous, je ne doute pas que l'on ne cherche à étudier votre caractère- Faites exécuter vos ordres, surtout de la part des militaires; ne souffrez jamais qu'ils y manquent.

Le décret public que j'ai signé désigne la portion d'autorité que je vous confie; je m'en réserve une plus grande, c'est de vous diriger dans vos opérations. Ecrivez-moi chaque jour ce qui vous sera arrivé. Ce n'est que successivement que vous apprendrez comment j'envisage chaque question et chaque objet.

Ne montrez mes lettres à qui que ce soit, et sous quelque prétexte que ce puisse être. On ne doit savoir ni que je vous écris, ni ce que je vous écris. Ayez une chambre où personne n'entre, pas même votre secrétaire intime et votre secrétaire des commandements.

M. Méjan vous sera utile, s'il ne cherche pas à gagner de l'argent ; et il ne cherchera pas à gagner de l'argent, s'il sait que vous regardez ses actions et qu'une seule faute de ce genre le perdrait dans mon esprit comme dans le vôtre. Il doit être bien payé et avoir l'espoir de toute espèce d'avancement; mais il

120 CORRESPOKDAIVCE MILITAIRE [1805]

faut j)Oiir cela qu'il soit sur pied nuit et jour ; s'il prend l'habitude de ne travailler qu'à des heures fixes et de s'amuser le reste du jour, il ne vous servira de rien. Vous aurez à réprimer en lui, comme dans les autres Français, la disposition qui les porte à mépriser le pays, d'autant plus que la mélancolie s'y joindra; car le Français n'est bien nulle part qu'en France.

Tenez en règle ma Maison, mes écuries, et, au moins tous les huit jours , arrêlez tous mes comptes. Cela est d'autant plus nécessaire qu'ici l'on ne sait pas administrer.

Ayez à Milan une parade tous les mois.

Environnez-vous, de préférence, de jeunes gens du pays ; les vieux ne sont bons à rien.

Je distribuerai, tous les deux mois, les fonds pour le crédit des ministres. En conséquence vous m'enverrez l'état des demandes de chaque ministre , et, avec cet état, ceux de situation du trésor public et des ordonnances délivrées pour les deux mois précédents. Vous m'adresserez la feuille de travail des ministres, le procès-verbal du Conseil d'Etat , l'état de situation des troupes elles rap|)orts de police.

Vos fonctions sont importantes et votre besogne très-considérable. Etudiez-vous àconnaître l'histoire de chacune des villes qui composent mon royaume d'Italie ; visitez les places fortes et toutes les positions célèbres par des comi)ats. Il est probable qu'avant que vous ayez trente ans vous ferez la

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guerre, et n'est un grand acquis que la connaissance du territoire.

Enfin soyez inflexible pour les fripons. C'est une victoire gagnée pour l'administration que la découverte d'un comptable infidèle. Xe souffrez pas que l'armée française fasse la contrebande.

Napoléox.

Archives de l'Einpire.

531. — APPROBATION DE LA COMDUITE DU MARÉCHAL SOLLT A L'EGARD DU PRIXCE JOSEPH.

Milan, 19 prairial an XIII (S juin 1805).

Je vois avec plaisir par votre lettre que votre conduite avec le prince Joseph a été telle qu'elle devait être, car mon sentiment est qu'il n'y a point de princes à l'armée. Il y a des soldats, des officiers, des colonels, des généraux, et le général en chef, qui doit couvrir tout et être au-dessus de tous. Je n'avais point eu les mêmes détails; et, pour la discipline militaire, j'attachais beaucoup d'importance surtout à ce que ce fût vous qui eussiez donné à déjeuner aux officiers réunis après les manœuvres. Les princes aussi ne doivent jamais donner de l'argent aux troupes, sous aucun prétexte, si ce n'est aux corps qu'ils commanderaient directement.

12'2 CORRESPOM)A\'CE MILITAIRE [1805]

J'ai fait aussi connaître au prince mon mécontentement, et qu'une fois rentré dans la ligne de l'armée il ne pouvait s'en aller sans votre ordre ou sans votre permission expresse. Tout cela, qui a peu d'inconvénients pour le prince Joseph , qui est d'un caractère fait, et âgé, en aurait beaucoup pour des jeunes princes qui voudraient couvrir leur goût de dissipation et d'ignorance par.....'

J'ai donc vu que les journaux avaient donné une fausse direction à l'opinion ; mais c'est l'ouvrage de sots amis, qui ne sentent pas qu'il n'y a de beau que ce qui est juste et utile; et il n'est ni juste ni utile qu'un colonel, quel que soit son rang, passe des revues et fasse ce que ferait un général en chef.

Si l'on avait mis le général en chef commandant la flottille et le prince Joseph , comme colonel se trouvant avec lui , on aurait senti la nuance, et cela n'eût pas été propre à égarer la discipline militaire.

Napoléon.

Archives de l'Empire.

1 Lacune dans la niiiiute.

[1805] DE NAPOLÉOX I^'. 123

532. — ORDRES POUR LA COMPOSITIOV DKS RLGIMFATS I)!': DRAGOXS DES DIVISIOXS D'AMIEXS ET DE GOM- PIÈGXE.

AU MARÉCHAI, liERTHIER.

Milan. 20 prairial an Xlll (9 juin 1805).

Aïon Cousin , je désire que vous donniez des ordres pour que chaque régiment de dragons des divisions do Compiègne et d'Amiens soit formé de la manière suivante :

Chaque régiment formera deux escadrons à cheval et deux compagnies à pied. Ces deux compagnies à pied seront composées ainsi qu'il suit : 2 capitaines, 2 lieutenants, 2 sous-lieutenants, 2 maréchaux des logis chefs, 8 maréchaux des logis, lO brigadiers, 4 tambours ou trompettes et 260 dragons. Les neuf régiments de la division d'Amiens, qui forment dix-huit compagnies à pied, formeront quatre bataillons, chacun composé des quatre compagnies à pied de deux régiments, ou de 600 hommes. La compagnie dans les manœuvres forme une division. Chacun des bataillons sera commandé par un chef d'escadron d'un des deux régiments qui fournissent des hommes à pied , qui sera nommé par le général de la division. Deux bataillons formeront un régiment : chaque régiment sera donc composé de 1,200 hom-

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mes, comniantlés par un colonel et un adjudantmajor. Les choses seront arrangées de manière que le régiment qui fournit le chef d'escadron ne fournisse pas le colonel ou l'adjudant-major. Celui des deux régiments le plus faible sera augmenté des hommes à pied du 9" régiment de la division. Le général Klein nommera un général de brigade pour commander cette brigade à pied; il enverra dans le plus court délai son embrigadement.

La même opération sera faite à la division de Compiègne. On formera trois régiments au lieu de deux. Ces trois régiments seront formés de la manière suivante : deux seront composés chacun des huit compagnies à pied de quatre régiments de dragons, et le troisième sera composé seulement des six compagnies à pied de trois régiments; ce qui fera 3,000 hommes. Le général Baragucy d'Hilliers nommera les colonels, les chefs d'escadron et le général de brigade qui devront commander ces hommes à pied. Les états de revues vous en seront envoyés.

Ces deux brigades seront exercées aux manœuvres à pied. Vous préviendrez les deux généraux qui commandent les divisions de dragons que ces deux brigades, qui ne doivent former qu'une division, se tiennent prêtes à partir au 15 messidor, munies de tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre. Veillez à ce que les colonels, chefs d'escadron, adjudants-

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majors , capitaines et autres officiers soient des hommes de choix , entendant parfaitement les manœuvres.

Napoléoivi.

Archives de l'Empire.

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