AU GÉNÉRAL DUROG
GRAXD MARKCHAL DU PALAIS.
Camp de Boulogne, 6 fructidor an XIII (24 août 1805).
Monsieur Duroc, vous partirez pour Berlin. Vous descentirez cliez M. Laforest ; vous lui communiquerez vos pleins pouvoirs, qui lui sont communs avec vous, et le jjrojet de traité qui a été rédigé à la hâte et qui est susceptible de beaucoup de modifications. Vous serez présenté au Roi; vous lui remettrez ma lettre, et vous conclurez le plus promptement possible le projet d'alliance. Vous ne ferez point de difficulté de dire que la Bavière est menacée , et que plus de vingt-cinq régiments autrichiens sont dans le Tyrol, tandis que je n'ai personne en Suisse ; que , dans cette situation des choses, je n'ai pas un moment à perdre ; qu'il est nécessaire que , pendant qu'on négocie le traité , la Prusse fasse un mouvement sur la Bohême ou au moins une déclaration verte à l'Autriche.
Mon intention n'est pas de laisser l'Autriche et la Russie se combiner avec l'Angleterre. Il faut que l'Autriche , pendant que je serai occupé contre l'Angleterre, ne fasse point sortir de troupes de ses garnisons et ne les approche point de mes frontières, mouvements que je ne puis regarder que comme des actes d'hostilité.
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Le traité pourra être divisé en deux : l'un paient, dans lequel seront les principales clauses; l'autre dont les clauses seront secrètes. Je ne veux point qu'il soit question de Naples; cela ne regarde point la Prusse. Je ne veux point garantir l'indépendance des républiques Batave et Helvétique. Je garantirai l'intégrité de la Hollande et l'exécution de l'acte de médiation de la Suisse. Je n'entends pas non plus m'engager à renoncer à ma couronne d'Italie ; cela en réalité n'intéresse point la Prusse. La Hollande l'intéresse comme étant voisine de ses Etats, et la Suisse comme touchant à l'Allemagne. Je ne m'oppose point à ce qu'on mette dans le traité secret que si, par suite de la guerre, les puissances continentales font des conquêtes en Allemagne, la France n'y conservera rien pour son compte. On pourra aussi mettre dans le traité secret que, si la guerre avait lieu et que je m'emparasse du royaume de Naples , ce pays ne serait pas réuni à l'Empire français. Quant à la situation de la Prusse, je n'entends pas qu'elle se mette en guerre avec l'Angleterre, elle n'y serait d'aucun secours. Je désire qu'elle parle vigoureusement à l'Autriche et môme qu'elle l'inquiète par des mouvements de troupes en Silésie et sur la Bohème ; mais je ne prends point un vif intérêt à ce qu'elle se déclare contre l'Autriche. Mais tout cela ne peut se traiter qu'à Paris, près de moi, comme étant le principal moteur. Il faudra
que le Roi m'envoie un de ses officiers qui ait du talent et sa confiance, pour en parler longuement avec moi. Ma conduite, dans cette circonstance, sera celle du grand Frédéric au commencement de sa première guerre. Vous ajouterez que j'aurais laissé l'Autriche tranquille, mais que je ne la laisserai pas faire paisiblement des préparatifs hostiles, et me faire passer un hiver pénible dans les angoisses et les inquiétudes d'une guerre imminente; que j'ai encore trois mois ; que je ferai une guerre d'automne, à moins que les troupes ne rentrent dans leurs garnisons de paix. Ayant ainsi dispersé les rassemblements de l'Autriche avant le mois de janvier, nous verrons ce que fera la Russie; alors nous serons deux contre elle. Dans tous les cas, je ne puis me charger de l'Autriche et offrir à la Prusse une armée de 80,000 hommes soldée et équipée de tout. 11 est inutile d'entrer dans des détails personnels, pour ne point trop leur faire peur; il suffit de dire que nous n'avons jamais eu des troupes si nombreuses et si belles.
Napoléon.
Archives des affaires étrangères.
(En minate aai Arcb. de l'Emp.)
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5W. — AU MARÉCHAL BEIITHIER.
Camp de Boulogne , 7 fructidor an XUI (-24 août 1805).
Mon Cousin, vous réunirez dans la 5^ division mililaire une division de réserve de grosse cavalerie, composée des I", 5% 10' et IP régiments de cuirassiers; vous donnerez l'ordre à ces quatre régiments de se rendre sur-le-champ dans la 5" division militaire, et vous les cantonnerez à Landau et dans les environs. Vous donnerez également l'ordre au général de division Nansouty de partir avec la division qu'il commande pour se rendre à Schelestadt et à IVeuf-Brisach , et vous donnerez les ordres nécessaires pour qu'elle y soit convenablement cantonnée dans les environs, en choisissant les lieux les plus abondants en fourrages. .Mon intention est que chacune de ces divisions ait un commissaire des guerres qui lui soit spécialement attaché. II est indispensable que chacun des régiments ci-dessus soit de quatre escadrons; et, pour cet etfet, vous ferez partir des dépôts tout ce qui sera disponible, et vous fournirez aux colonels tout ce qui sera nécessaire , pour qu'il ait au moins 500 hommes présents à la revue dans les quatre escadrons que je viens d'indiquer.
La première division sera sous les ordres du général de division d'Hautpoul. Vous lui ordonnerez,
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ainsi qu'au général Nansouty, de correspondre fréquemment avec vous et d'une manière détaillée. Chacune des divisions qu'ils commandent aura quatre pièces d'artillerie, savoir: trois pièces de 8 et un obusier.
Le mouvement que je vous prescris doit avoir lieu sans retard. Les rassemblements des Autrichiens dans le Tyrol font que je crois utile , en ce moment, de border le Rhin. Vous me présenterez , pour la division d'Hautpoiil, deux généraux de brigade et un adjudant général. Les ordres pour les régiments qui composent ces deux divisions devront partir dans la journée de demain.
Vous ordonnerez au général Baraguey d'Hilliers de se rendre demain à Saint-Omer. 11 y passera la revue des 1*', 2% 20% 4* et 14' régiments de dragons. Les trois premiers de ces régiments doivent former une brigade, et les deux derniers, réunis au 26* de dragons , qui est à Strasbourg, formeront une seconde brigade. Ces deux brigades ensemble formeront la V^ division de dragons; elle obéira au général de division Klein, qui aura sous ses ordres les deux généraux de brigade qui servent sous lui en ce moment. Chacun des régiments ci-dessus indiqués devra être de trois escadrons à cheval , lesquels auront au moins 400 dragons présents sous les armes. Chacun d'eux aura, de plus, un escadron à pied de 300 hommes il sera enjoint au général
Baraguey d'Hilliers d'envoyer promptement, dans les dépôts de ces différents corps , les majors des corps ou un général de brigade, afin que l'on fasse partir tout ce qui est disponible pour compléter ainsi les six corps en question. Ils devront partir le 5 fructidor, et vous les dirigerez par Fiinc des trois routes qui vont à Strasbourg. Cependant, vous aurez soin de ne démasquer le mouvement que sur une des grandes places qui se trouvent de quatre à buit marches de Saint-Omer, et c'est pour l'une de ces grandes places que vous leur transmettrez des ordres, vous réservant d'en envoyerd'autres ultérieurement, quand je vous l'ordonnerai moi-même.
Après avoir formé la 1" division , le général Baraguey d'Hilliers forniera la seconde , qui sera composée des 3* et 4" brigades. La 3' brigade comprendra les 10% 13*= et 22' dragons, et la 4" brigade comprendra les 3% 6* et IP régiments de cette arme; le commandement de cette division et de ces brigades sera confié au général de division Beaumont ; et ensuite vous me proposerez les destinations à donner pour cet objet. Celte division devra également se mettre en marcbe le 9 fructidor, en suivant la deuxième route qui va sur Strasbourg; mais vous ne lui donnerez l'ordre que pour une des quatre grandes places qui sont de quatre à buit marches de Saint-Omer, afin de masquer le mouvement.
La 3" division de dragons sera formée par les 5*
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et 6' brigades. La 5' brigade coniprendra les 5% 8* et 12^ régiments de dragons, et la G" comprendra les 9% 16* et 21" régiments de cette arme. Vous dirigerez cette 3" division, le 10 fructidor, par la troisième route qui va à Strasbourg, en ne lui donnant, comme aux précédentes, l'ordre que pour l'une des principales places de quatre à huit marches de son point de départ. Cette 3*- division sera commandée par le général U'alther.
La 4' division sera composée des 7" et 8* brigades, et la 7' brigade le sera des 15% 17° et 27*^ régiments de dragons. Quant à la 8' brigade, les 18% 25* et 19* régiments de cette arme la composeront. Cette division se mettra aussi en marche, le 10 fructidor, par une autre route que la 3*. Celte division sera commandée parle général Bourcier.
Tous les dragons à pied qui sont à Calais partiront demain pour Saint-Omer. Le général Baraguey d'Hilliers en formera une division à pied composée de quatre régiments. Chaque division de dragons fournira un régiment, chaque brigade un bataillon; ce qui fera des bataillons de 900 hommes, des régiments de 1,800 hommes et une division à pied de 7,200 hommes. Mon intention est que chaque division de dragons ait trois pièces d'artillerie (deux pièces de 8 et un obusier), et que la division à pied ait dix pièces de canon, comme une autre division de l'armée. Vous me présenterez demain un projet
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de mouvement pour rarlillerie, pour que les divisions de dragons et les divisions de grosse cavalerie aient les pièces qui leur reviennent, soit en matériel, soit pour le personnel ou pour les attelages. Cette division de dragons à pied partira toute ensemble, sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers, le 10, afin que, si cela me devient nécessaire, je puisse sur-le-champ, avec ces forces extrêmement disponibles et légères, envoyer occuper des positions essentielles. Vous préviendrez Al. Dejean de ces mouvements , afin qu'il fasse trouver à Strasbourg les fourrages nécessaires. Vous me ferez connaître les lieux les plus convenables pour réunir ces troupes ; mais la division à pied se réunira à Strasbourg, €t vous devez sentir qu'il est indispensable qu'elle ait son artillerie à son arrivée; car il serait possible que je lui fisse occuper Kehl sur-le-champ. Ne manquez pas de donner au général Baraguey d'Hilliers toutes autorisations nécessaires pour qu'il puisse retirer des dépôts de ses vingt-quatre régiments de dragons ce qui est disponible. On défera les caisses de selles qui étaient destinées à l'embarquement.
Dëpôt de la guerre.
(En minute aai Arch. de l'Emp.)
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