‹ Correspondance politique et administrative de Miromésnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 100 sur 121 · CXXV. — 12 mars · texte numérisé non relu

CXXV. — 12 mars

B. M. R., ms. Y. 241 (12). — Minute : « Copie de la lettre de M. de Miromesnil à M. le Chancelier, du 12 mars 1761. >

Suitte de mon voiage pour justifier les principes et la conduitte du Parlement.

B. de M. Lormier. — Autographe.

MIROMESNIL A LAMOIGNON

Monseigneur,

Dans l'assemblée des chambres d’hyer, il y a eü neuf voix pour donner la démission des charges et deux pour faire d’itératives remontrances, touttes les autres se sont réunies à faire l’arresté dont je vous ai envoié copie, (i).

Cet arresté ressemble assés à celuy du Parlement de Paris du 9 janvier ; il est long, inintelligible, et rempli de grands mots qui ne signifient rien (2). Les insinua-

(i) Avec une lettre d’envoi, ostensible, datée aussi du 12. Le jour même de la séance, le 1 1, une première lettre, ostensible et officielle, en annonçait le résultat. {Bibl. de M. Lormier.)

iï) Le jugement est assez juste. L’arrêt tient bien deux pages serrées au Registre secret ; c’est, avec une protestation contre l’inutilité de ses efforts et de ses démarches, une déclaration, un peu emphatique des opinions du Parlement, de ses vues, de son zèle pour le bien public comme pour le service du roi, de son espoir enfin

tiens que j’ai eu soin de faire ont calmé les esprits des gens raisonnables, que la réponse du Roy avait mortifiés, et ont sans doute arrêté les esprits échauffés qui ont appréhendé de ne pas avoir pour eux le plus grand nombre.

Mon dessein étoit de faire mes efforts pour que l’on arrestât de nouvelles remontrances, et pour qu’elles fûssent assés respectueuses et assés bien composées pour engager le Roy à nous faire une réponse plus favorable. Je m’en étois d’autant plus flatté que j’avois remarqué que tout le monde avoit été content de mon discours au Roy et que J’espérois me rendre maître de la rédaction des remontrances.

Les esprits échauffés se sont doutté que c’étoit mon projet, et, dans la crainte qu’il ne réussit, ils ont préféré de ne rien faire du tout. Les neuf qui ont proposé la démission des charges sont presque tous des jeunes gens, et leur avis n’a fait aucune sensation.

Les gens sensés, ennuyés depuis longtemps des troubles et des manœuvres des esprits échauffés, ont saisi l’avis de se contenter d’un simple arresté en forme de protestation et d’apologie, dans l’espérance que tout en resteroitlà. Et je vois que quand à présent l’intention de tout le monde est de ne plus songer à reprendre la suitte des arrests et arrestés concernant les intendants et les hôtels de ville.

Quand au Parlement de Besançon, il y a encore quelques personnes qui voudroient que l’on fît de nouvelles instances, mais leur voix n’est pas à beaucoup près

que le roi, mieux inspiré, se laissera éclairer par ses remontrances. Ce n’est d’ailleurs qu’un simple arrêté, une simple affirmation, un peu dépourvue de sanction, qui ne s’adresse plus au roi avec la forme énergique de la remontrance. Le Parlement sent la nécessité de désarmer. (Floquet, VI, 5i5-7.)

la plus forte. Ainsi voila tout assoupi pour le moment. Je rends grâce à Dieu de m’avoir fait celle d’en venir à ce point.

Mais Je crains fprt le moment où le Roy aura besoin de nouvelles impositions, ou de prolonger celles qui sont desjà établies.

Une chose encor me fait peine, c’est que je remarque dans tout le monde un découragement et un dégoût pour le palais qui nuira beaucoup au service et à l’expédition des affaires. Il seroit bien à souhaitter que l’on pût contenir les magistrats, mais il faudrait aussi les animer par des marques de considération capables de leur faire trouver quelque avantage à bien remplir leurs devoirs.

Je suis, avec respect .

Miromenil.

Ce 12 mars 1761.

. CXXVI. — 12 mars 1761 (i).

B. M. R., ms. Y. 241 (12). — Minute ; « Copie de la lettre de

M. de Miromesnil à M. de Saint-Florentin, du 12 mars 1761. »

MIROMESNIL A SAINT-FLORENTIN

Monsieur,

Je suis enfin parvenu à assoupir nos troubles, à ce que j’espère. Il y a eu dans l’assemblée d’hyér neuf voix pour donner la démission des charges, mais cette proposition

(i) Voici une lettre qui peut témoigner de la facilité et des ressources de la plume de Miromesnil ; on ne saurait dire en effet, en termes plus différents, exactement les mêmes choses que celles que’ disait la lettre précédente.

n’a été faitte que par des jeunes gens et elle n’a fait aucune impression. Les esprists échauffés ont senti que ce n’étoit pas le moment de faire une action d éclat, parce ^ que le public n’est pas assez intéressé dans les objets de notre réclamation actuelle pour aprouver cet abandon.

11 a été proposé de faire de nouvelles remontrances, a6n d’obtenir du Roy une réponse plus favorable que celle que j’ai raportée, mais les esprits échauffés ont apré* hendé que je ne me rendisse maître de l’ouvrage et ont mieux aimé faire l’arrêté dont je vous ai envoié une copie, quoiqu’il soit à peu près aussi empoule et aussi obscur que celuy du Parlement de Paris, lorsqu’il a vû le refus des Pairs de France de se rendre à sa convocation.

Les gens raisonnables ont adopté ce party, dans 1 espérance que tout en restera à ce point et par découragement.

En effet, il me paroit que l’on est généralement disposé à ne pas suivre les arrêts et arrêtés qui concernent les intendants et les hôtels de ville.

Quelques personnes voudroient encore faire de nouvelles instances pour le Parlement de Besançon, mais je vois que le grand nombre se refuse aussi à cet objet.

J’espère que tout va être tranquille, jusques à ce qu’il nous vienne de nouvelles impositions ou que 1 on prolonge celles qui sont déjà établies, et je crains fort ce moment.

Au surplus, je vois partout un dégoût et un découragement qui nuiront fort à l’expédition des affaires, et c est ce qui me fait une véritable peine.

Je suis, etc.

Nota. — Le même jour écrit à M. le Contrôlleur général, à M. le duc de Choiseüil et à M. Berryer.

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