‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 12 sur 110 · CCCXXIV. — 19 novembre · texte numérisé non relu

CCCXXIV. — 19 novembre

B. M. R., ms. Y. 241 (S). ^ Minute : « A M. le Viœ-Oiaticelier

le 19 novembre 1763. »

MIROMESNIL A R.-C. DE MAUPEOU (i)

Le même jour écrit à peu près de même, mats avec moins de détail à M. de Saint-Florentin et à M. le Contrerolleur général, attendu qu^il était deux heures après minuit et quefétois accablé de fatigue.

Je ne puis vous exprimer combien je suis sensible aux marques de bonté dont vous m'honnorés, et surtout corn* bien je sais reconnoissant de celles dont est remplie la

(1) Il ne s'agit pas ici de Tauteuî de la fkmeuse proscripHoù des Parlements de 17^1, mais de s<in père, René-Charles, P. Président du Parlement de Paris de 174^ à 1737, nommé garde des sceaux et vice-chancelier lors de la retraite de Lamoignon, aux premiers jourt d*occobrc 1 7^)3, et chancelier en 1 768, lorsque Lamoignon démissionna. Le lendemain du jour où il fut promu à cette dernière et haute dignité, le père s'en démit et la transmit à son fils, René- Nicolas de Maupeou.

lettre que vous m'avés fait Thonoeur de m^ccrire hier par mon courrier (i). Je vous suplie d'être persuadé que je garderai le plus grand secret sur tout ce que vous voudrés bien me confier, et que je m efforcerai toujours de mériter votre confiance par mon sincère attachement et par mon attention pour tout ce qui pourra vous le prouver.

Dès que raon courrier fut arrivé hier, j'envoiai à M. le duc d'Harcourt le paquet de M. de Saint- Florentin qui étoit à son adresse ; il vint Faprès midy me faire part des ordres qu'il avoit re<;us» et me demanda l'assemblée des chambres pouraujourd'buy. Je le priai de ne me demander cette assemblée que pour onze heures du matin, alin que je pusses assembler le Parlement deux ou trois heures auparavant, parce que sans cette précaution M^* du Parlement, qui ne pouvoient ignorer que c'étoit mon courrier qui avoit apporté le paquet de M. le duc d*Harcoun, m*auroient sçu tnauvais gré de ne les avoir assemblés qu'au moment même où il serait venu, ce qui n^auroit pas manqué de les indisposer et d augmenter la chaleur des espriu.

En eifet j ay assemblé ce matin les chambres à huit heures précises, mais j'ay eu grand soin de ne pos paruitre informé des ordres dont M. le duc d*Harcotirt pouvoit être chargé. J'ay seulement dit ù M'^ du Parlement que, M. le duc m 'aiant demandé l'assemblée pour onze heures, j'avois cru devoir la convocquer de bonne heure, afin qu*ils pussent aviser à la manière dont la Compagnie se conduiroit lorsqu*il aeroit arrivé au paUis. L'on a fait l'arrêté i2), dont je vous envoie une copie avec la lettre

( I ) Cetlc lettre miaquc.

(i) Arrêté Jm 19 novembre au matio, qui ordoone entre «uirct chuftrt qu'il ne %erà p«i envoyé «le Jépuutioa âu-devaol du Juc, ^ue Ia Cour M relirera tt la lit>erté Je «iélibérer lui aat refusée, qu'elle

'XJ:n£:reqQemon courrier doit tous remettre et qui n est ^ jt p:>ar Tordre de vos bureiux, celJc-or étant poor ▼cas tteidL ainsi que vous ivés bien voulu en con Tenir aTec

A onze heures M. le ducd'Harcoun est arrivé. Lorsqu'il a eu pris sa place, il a fait un discours très boonête CI en môme lems dune fermeié convcoahle; après quor, iJ ma présenté sa lettre de créance, que Ywy fait lire par le greffier, ensuite il m'a remis Farrest du Conseil du 1 7 de ce mois, un ordre du Roy adressé à la Compignie et un autre qui m>toi: adressé : Ton en a fidi lecture. Alors je iuy ai dit, ainsi que Tcn étois chargé. qn*il étoii néoesotire que la Compagnie délibérât sur les ordres qu'elle reœvoit du Roy et que son usage nétoit pas de délibérer en pfésence de ceux qui etoien: chargés d'en requérir rexécntîon : il m*a répondu qu'il talloi: obéir et qu'il ne ponvoît pas se dispenser d'éire présent aux aaes que le Roy «siendoit de notre soumissiv->n : i'ay insisté pour demander ao nom de la Compagnie à délibérer librement, et. oimme ii a refuse de céder, je me suis levé e: la Compagnie s'est retirée. Alors il m'a retenu, en me remettant un ordre du Roy par lequel il rr. cioit enioini d'assister à la radiation des deux arrêts du Parlement du if de ce mois et à la transchprion df l'^rrcs: du Conseil du 1- !.. J"av arrêté M-"^ di; Parlcmcn: pour- leur lairc- lecîure de ce; ordre. Je ics ai prie Jr me plaindre cêirc v^bligé de me séparer «d>ux pour quelque rems: ils se son: ensuite retirés dans une chnmbr< du Oiàlais en me prion: je les faire avertir

V t-ciin:'".» ir»*"."- ' *1^rvir'. .'.. .^i^. p >u* prendre iclàc iléliberaium 01. j •. .*;îrî ho.* o i.>I If r-oî.-*<n. Vvan.-t ronirc liM» \"ioleiioc» qu'elle i5T*v\ii; c: ners:sT. *l.in*. v^ pr^-r.trnr* arnci* c: nrrèxéïk.

EÉk^ï

dès que M. le duc seroit parti, ce que je leur ai promis de faire.

M. le duc a envoie avenir M. le Procureur général, auquel il a remis Tordre qui luy étoit adressé, et il a pareillement remis au greffier celuy qui le concemoit ; les radiations et la transcription ont été faites, et M. le duc s'est retiré.

J'ay aussitôt envoie avertir M" du Parlement, et ils ont commencé par voir le registre et par lire la transcription de Tarrest du Conseil. Les termes de cet arrest les ont vivement touchés, ils ont senti la force de ses dispositions et les conséquences qui pouvoient en résulter ; enfin, après une longue discution, l'unanimité des suffrages s'est déterminée pour donner la démission des offices. J'ay fait sentir les conséquences d'une pareille démarche avec le plus de force qu'il m'a été possible. J'ay proposé de faire une grande députation vers le Roy, pour luy présenter nos remontrances et pour le suplier d'entendre notre justification. Les esprits ont été ébranlés pendant quelque tcrr.s, mais malheureusement ils sont tous revenus au parti de remettre les offices. J'en ai été d'autant plus affligé que j*espérois que la députation, si le Roy avoit bien voulu la permettre, auroitété un moyen de tout concilier pour la suite.

Enfin, loivque j'ay vu qu'il n'étoit plus possible de détourner M^ du Parlement de donner leurs démissions, je leur ai dit qu'il ne m'étoit pas permis de donner la mienne, i"* parce que jetenois ma charge de la bonté seule du Roy et par serment prêté entre les mains de S. M., que par conséquent je ne pouvoisla remettre qu'entre les mains mêmes de mon maître; a® parce que mes fonctions n existant qu'autant qu'il y avoit un Parlement, leurs démissions rendoient la mienne inutille ; 3* parce que je

ne pouvois perdre l'espérance de les revoir en fonctions^ et que je fondois cette espérance sur ma confiance parfaite dans la bonté du Roy, et que je ne croiois pas qu^il me fût permis de perdre courage et de quitter ma place tant qu'il me resteroit la moindre lueur d^espérancc de conserver une Compagnie à laquelle j'étois attaché de toute mon âme. Ils ont tous reconnu la justice de mes principes et approuvé ma conduite.

Lorsque leur démission a été signée, ils m'ont prié de m*en charger. Je leur ai dit que, commcf je restois uni avec eux par les sentimens dont mon cœur étoit pénétré, je ferois tout ce qu'ails exigeroient de moy, quelque répugnance que j^eusses à me charger de présenter leurs démissions au Roy, et je leur ai dit aussi que je prendrons la liberté d^écrire à S. M. et que je luy marquerois que j'osois espérer de voir des magistrats, qu^elle avoit daigné me confier, reprendre un jour leurs fonctions et rentrer dans ses bonnes grâces. Nous nous sommes séparés ainsi à neuf heures et demie du soir, après treize heures et demie de palais.

Je ne puis vous exprimer, Monseigneur, combien mon cœur a souffert dans cette triste journée.

J'ay prié tous messieurs du Parlement de ne point quitter la ville d'icy à la fin du mois, et de trouver bon, lorsque j'aurois quelque chose à leur communiquer. ou des conseils à leur demander, que je les priasses de s'assembler chez moy ; ils m^ont promis l'un et Tautre avec de grandes marques d'amitié.

Voilà le récit de tout ce qui s'est passe aujourd'huy ; je désire fort que vous ne désapprouviez pas ma conduite et conserver vos bontés par rattachement et le respect, avec lesquels

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