‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 14 sur 110 · MIROMESNIL A R.-C. DE MAUPEOU · texte numérisé non relu

MIROMESNIL A R.-C. DE MAUPEOU

Je lui rends compte des mesures que fat prises pour maintenir le bon ordre et pour veiller sur les hôpitaux, sans indisposer contre moi A/" du Parlement.

Mon courrier, arrivé hier à dix heures du matin, m^a apporté la lettre (3) par laquelle vous me faisiez Thonneur de m^accuser la réception de la mienne du 19 de ce mois, et de me marquer que vous aviez remis au Roy la lettre que j^avois pris la liberté d'adresser à S. M. avec la démission de M" du Parlement (4). Comme tout le monde

(1) Armanil-JcrÔTJc Bignon, beau-père de Miromesnil.

(a) M. de Viarme (Camus de Pontcarré), conseiller au Parlement de Rouen, dont le père était alors conseiller d*Etat et prévôt des marchands de U ville de Paris.

p) Cette lettre manque.

(4) V. cette lettre de M. au roi, au Sommaire.

étoii dans l'attente du retour de ce courrier, j'ay cru devoir faire avenir M" du Parle^ient de se rendre chez moy; ils V sont tous venus à cinq heures après midy, et je leur ai dit que mon courrier ne m'avoit rapporté autre chose sinon une lettre de vous et une de M. de Saint-Florentin qui m^accusiez seulement la réception dts miennes. Je leur ai dit ensuite que je n'étois pas surpris que vous n'eussiez fait d'autre réponse à ma lettre, que de m'en accuser la réception et de me marquer que vous aviez tout remis au Roy, parce qu'étant toujours dans la même position oti vous étiez, lorsque j'avois eu Thonneur de vous voir à Fontainebleau, il étoit naturel que vous vous fussiez borné à remettre au Roy la lettre que j'avois adressée ;^ S. M. pour luy présenter leurs démissions (i).

Ensuite j'ay prié ces M'^ de me dire d'amitié leur façon de penser sur la conduite que je devois tenir relativement aux hôpitaux, aux clameurs de haro et aux autres objets d'administration anachés h ma place, et que le bien public ne permettoit pas que j'abandon nasses, mais sur lesquels cependant je vouloisme conduire parleurs lumières, afin d'éviter tout cequi pourroit leur donner lieu de se plaindre de moy. J'ay ajouté que, quoique mon devoir eût exigé de moy que je ne donnasses pas ma démission, je ne voulois pas cependant qu'ils me regardassent comme séparé d'eux, et que je n'oublierois jamais tout ce qui (>ourroit ctre convenable afin de concilier mes devoirs envers le Rov et envers ma Compagnie.

J^xaminois avec soin tous les visages pendant que je taisois cette consultation, et j*ay remarqué quVlle a fait trois impressions différentes. Les gens raisonnables et mes

(1) Kn dcvcnint gar«ie des iccJui et vicc-<hancelter, Ren^-Chtrtct de Maupct>u n*4Yait reçu ni purtcfeuille de tccréttire d*Etiit ni même %tàncc lu (lonteil du Roi.

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amis ont tous dit que je devois continuer de tenir les ad«ministrations des hôpitaux comme à l'ordinaire et recevoir les clameurs de haro. Ceux qui ne m'aiment pas, et qui heureusement sont en très petit nombre, ont gardé un profond silence, et quelques gens échauffés se sont écriés que» comme ce n'étoit qu'en qualité de P. Président que j'étois chef des administrations, je ne devois pas en tenir les assemblées ni recevoir les clameurs de haro, parce que ce sont des actes de jurisdiction. Comme cela alloit dégénérer en dispute, et que je voiois sur le visage du trèt petit nombre de ceux qui ne m'aiment pas une espèce de satisfaction de l'embarras dans lequel ils me croioient, j'ay sur le champ levé la voix, et j'ay dit : « Messieurs, il suffit qu'un seul d'entre vous trouve que je ne dois pas tenir les assemblées d'administration des hôpitaux pour que je ne les tienne pas, mais, comme vous pensés tous trop bien pour vouloirque j'abandonne le soin des pauvres, je me ferai rendre compte chez moy par les administra* teurs des affaires importantes, et par ce moyen je tiendrai la main au gouvernement de ces maisons sans faire d'acte public qui puisse déplaire à personne. Quant aux clameurs de haro, je les renverrai devant les premiers juges, et celles qui seront de nature à être renvoiées au Parle* ment, je déciderai ce qui sera nécessaire et provisoire, et quant au principal je le renverrai en général au Parlement sans iixer aucun terme ». Tout le monde a approuvé cet arrangement, ou du moins personne ne l'a contredit, et ces messieurs se sont retirés, en approuvant la marque d'égard que je leur avois donnée. Parce moyen je pourrai veiller aux choses les plus pressées, sans craindre d'indisposer contre moy des magistrats pour lesquels l'affliction, dans laquelle ils sont, exige que j'aie plus de considération que jamais.

Je dois aussi, Monsieur, vous informer qu^un juge consul est venu hier matin me consulter, pour savoir ai la jurisdiction consulaire devoit continuer ses opérationa. Je luy ay demandé s'il venoit de luy même ou s'il étoit chargé par son siège de faire cène dém.ircbe ; il m*a répondu qu'il venoit de luy même et par pure confiance en moy. Alors je luy ai recommandé de ne pohit dire qu'il fût venu me consulter, et je luy ai dit que sa jurisdiction étant nécesi»aire pour entretenir le cours du commerce et le crédit public, et n'étant pas d'ailleurs dans le cas de recevoir les arrêts du Conseil qui avoient occasionné les malheurs présens, puisqu'on ne luy avoit pas envoie ceux du Parlement, elle ne devoit pas cesser de juger les causes qui se présenteroient, et que cela luy étoit d'autant plus facile, qu'elle n'avoit pas besoin du secours des avocats.

Un officier du bailliage est venu me voir aussi hier matin, et m'a parlé de la conduite que devoit tenir sa jurisdiction. J*ay cru devoir être plus réservé avec luy, et je luy ai dit d'abord que je ne pouvois luy rien conseiller; il m'a dit alors qu'il croioit que, uintque Ton n'enverroit pas l'arrêt du Conseil à son siège, il ne pensoit pas qu'il dût cesser le service. Je luy ai répondu que je croiois qu'il .ivoit raison, et je Tai prié de me venir voir de tema en tems; par ce moyen je verrai, suivant les circonstances, ce que je pourrai faire et dire, car je crois. Monseigneur, devoir U!»er d'une grande circonspection dans des momens aussi intéressansqueceui-cy.

I^ Sindic des avocats 1 1 ) m'est venu voir aussi et m'a dit que quelques membres de son collège désiroient qu*tl convoquât une assembla, pour arrêter que les avocats fermeraient leurs cabinets, mais qu'il n'avoit pas voulu

(i) Fraovoit^Louift Bigot, lYocit dcpui» lyiS, syndic aui tnnéet 1761-5-4.

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terminer pour ainsi dire par son propre poids. Mais, si dans ce moment-cy l*on presse Pexécution des arrêts du Conseil dans tous les baillages, il ne pourra en résulter k]mc des inconvéniens fâcheux.

Voilî^ le résultat vies réflexions que j*ai pu taire, depuis le moment oîi j'ai eu la douleur de voir ma Compagnie prendre des résolutions qui m^ont percé lecteur, et qui sont aussi préjudiciables au service du Roy qu'au bien du peuple et à elle même

Quant aux ménagemcns que ]t garde avec messieurs du Parlement, je vous suplie, Monseigneur, d'éire persuadé que mon seul objet est de conscr\'er les moyens de servir utilement le Roy, et que je n'ai en vue ni mon intérêt particulier, ni même celuy d'une réputation h laquelle je pourrois être attaché si Tinter jt de mon maître ne m'occupoit pas tout entier. Je vous jure que je n'ai d'autre ambition que le désir de n'avoir rien ù me reprocher, et de ccmserver dans mon c<viir la tranquillité dont jouit ordinairement une âme pure. J'aimerois mieux non seulement perdre tout ce que j'ai au monde, mais même la vie. que d'avoir le moindre sujet de me reprocher même en secret d^avoir manqué à un maître auquel je dois tout.

Je n'ai pas Tavantage d'être connu de vous, cl il est tout simple que vous mettiez des bornes à votre confiance. Je vous suplie mJme de ne m>n donner les marques^ vjuc je puis et dois désirer, que lorsque le tems et ma conduite j liront pu me les attirer. J'ose dire plus, je verrais peutêtre avec crainte votre confiance devancer le tems auquel elle pourra m'étre légitimement acquise; mais du moins :Rvordcs nK>y l'estime que je mérite et dont vous m'avés jj).i donné des marques, et soyez persuadé de mon attachement unique au >ervice du Roy, et en particulier de

celuy que j'aurai toujours pour vous, ainsi que du respect avec lequel j'ay Phonneur d'être

CCCXXVIII. — 25 novembre 1763.

B. M. R., ms. Y. 241 (8). ~ Autographe.

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