CCCLII. — 7 janvier
B. M. R., ms. Y. 241 (2). — Minute (i> : « A M. De la Verdy,
7 janvier 1764 ».
MIROMESNIL A L'AVERDY
Monsieur,
Votre lettre du 6, que j'ay reçue ce matin, m^a iait grand plaisir. Je suis fort aise que vous n'aiez plus parlé au Roy de la correspondance que vous avés bien voulu établir avec moy ; le plus sûr est toujours le parti du silence, tant que les affaires ne sont point parvenues au degré de maturité auquel on désire de les conduift.
Il y a quelque temps que M. de la Michotiière {x\ me parla de la situation présente des affaires et me demanda ce que je pensois de la disposition des écrits relativement à la déclaration du 21 novembre dernier^ au retour de M'^ du Parlement dans leurs fonctions, et à ce que Ton pourroit présumer quMls feroieat, s^ils les avoîent une fois reprises. Il me pria en même tems de ne point parler de notre conversation. Je luy dis que, quant à la déclaration, ie pensois que, pour pouvoir s'assurer que Ton seroit disposé à l'enregistrer, il faudroit attendre ce que feront à cei égard les autres parlemens, parce que, si elle étoit enregistrée partout, il seroit difficile que M'^ du Parlement pensassent qu'il leur fût possible de se refuser à l'exemple de tous les autres. Je luy dis aussi que \e voiois que les gens les plus raisonnables dans le Parlevent de même des lettres suivantes, et L'AvcrJy continuera en mèm2 temps à ne plus signer.
(1) Cette minute porte plusieurs corrections de la main de Miromesnil.
(3) Intendant de Rouen.
ment étoîent les plus touchés des termes des arrêts du Conseil du 24 aoust et du 17 novembre derniers, et ceux vraisemblablement qui tiendroient le plus ferme sur la nécessité d'efTacer les imputations portées dans ces deux arrêts pour Phonneur de la Compagnie. Enfin je luy dis que, lorsque l'on seroît rentré, je ne pouvois pas répondre de ce qui arriveroit, parce que cela dépendroit de ce qui se seroit passé dans les autres parlemens, et que je ne pouvois pas prévoir ce qui passeroit par la tête de ceux qui ordinairement lèvent les questions et qui ne me font pas leurs confidences.
Il médit qu'il étoit chargé de s^informcr de la disposition des esprits, non pas à la vérité par le ministère, mais par des personnes qui en approchoient. Cette espèce de confidence ne me parut pas me mettre dans le cas de luy en faire aucune, et, quand elle eût été plus considérable, je n'aurois pas cru pouvoir luy dire que j*étois en relation avec vous, puisque nous étions convenus, vous et moy, de tenir notre correspondance secrète. Je ne luy dis donc rien de plus, et au contraire je luy demandai s*il vous connoissoit. Il me dit que non, qu*il pouvoit vous avoir vu autrefois, mais que ce n avoit été que dans quelques maisons, en sorte qu'il ne pouvoit pas se flatter d'être connu de vous.
Je Tai vu encore la veille de son départ, et il m*a dit également qu'il n'avoit pas Phonneur d'être connu de vous, c'est pourquoy je ne pense pas qu'il soit nécessaire que vous luy parliez de notre correspondance, d'autant qu^i me paraît qu^il compte être longtems absent. Ce n'est pas que je me défie de luy, c'est un parfaitement honnête homme, il est même de mes amis, mais je ne vois pas de quelle utilité il seroit de Pinformer d'un secret qu^il seroit peut-être fâché de n'avoir pas s«;u par
moy, lorsqu^il m'a consulté sur ce que je pensois de la situation des esprits.
Je suis vraiment affligé de ce que vous me marqués du Parlement de Toulouse, et, si cela est vray dans toute son étendue, comme vous me marqués qu^on vous Passure, il me semble qu^il va bien loin. L'arrivée de celuy de Grenoble à Fontainebleau s*est confirmée icy par des lettres arrivées d^hier et d^aujourd'huy.
Il est certain que l'on agiroit sagement en rappellant M. de Fitz James, sauf à l'emploier ailleurs, si, à cause de sa dignité de pair, on ne vouloit pas le dépouiller tout à fait. Quant à Dumesnil, je ne comprens pas comment on ménage un pareil sujet : Tindécence de sa conduite est si effrénée que Ton pourroît dire qu^il a manqué de respect au Roy en exécutant les ordres de Sa Majesté d'une manière aussi ridicule. M. De Fits James a montré plus de dureté que de discernement dans la conduite qu'il a tenue; il a suivi gauchement ses instructions, et n*a pas senti qu'un commandant en pareil cas doit être négociateur autant que porteur d'ordres, mais il n'a pas insulté aussi grièvement que Dumesnil. D'ailleurs il faut que le Roy ménage les Pairs de France, du nombre desquels il est; à la bonne heure, qu'on luy donne un autre commandement, mais pour le s' Dumesnil, il ne tient à rien, il s'est conduit aussi durement qu'il étoit possible et il a ajoutée la dureté des insultes qui le rendent méprisables. Pourquoy ne pas le renvoier dans le néant dont il est sorti ?
Il y a longtems que j'ai pris la liberté de représenter que c'est avilir l'autorité, que de la pousser assez loin pour se trouver ensuite dans l'impossibilité de la soutenir. Si le Roy vouloit se montrer et parler, un mot de sa bouche dit à propos feroit plus d'impression que toutes
les mesures vives que Ton a pris jusqu'à présent et que Ton peut prendre encore. Mais voilà la première source de notre malheur : le Roy ne fait point assez connoitre que c'est luy qui veut et qui ordonne. Tout aigrit ou fait [>eu d'impression, parce que tout semble partir du conseil et non du maître. Chacun sort alors de sa sphère; lautorite frape, on se fait un point de gloire de résister à ses coups, et elle est obligée de retourner sur ses pas. Que j'ai vu d'occasions. Monsieur, où l'on auroit évité bien des maux, si l'on avoit agi d'après les principes que je vois que vous avés. Charles V renonça pour ainsi dire entièrement à l'autorité, lorsqu'on luy déféra la régence du rovaume, et lors de son avènement au trosne. quelques années après, la sagesse de son gouvernement, la fermeté de sa conduite, les succès qui suivirent la bonté de ses opérations luy rendirent au centuple cette autorité à laquelle il avoit d'abord semblé renoncer. Il est toujours dangereux de laisser appercevoir les bornes de son pouvoir. Cl elles sont connues dès qu'on les porte où il peut aller.
Pardonnes moy. Monsieur, Je m'ctre livré à ces réflexions. Je reviens à mon objet principal. Le Parlement de Kouen n*est pohu dans le mcine cas que ccluv de Toulouse; Ton n'a exerce aucune viiilencc personnelle contre ses magistrats, maÎN il a été flétri par ileux arrêts du Conseil qui donnent à ces magistrats la qualité de rebelles et qui les menacent d'être poursuivis extraordinai rement.
Je conviens qu'il a été trop loin en donnant une es|>èce d'arrêt de défenses et en le publiant à l'audiance, et qu'il a encore été beaucoup trop loin en renouvellant à s«i rentrée (1) les dispositions de cet arrest et en l'envoiant aux
(I) Arrci tlu lô novembre lytji , Prias J< ce qm f'fst fJiff. . depmit la Saint- Martin, etc., p. ai). V. le Sommât rt
sièges inférieurs par des huissiers, d'autant que Ton avoit eu pour luy le ménagement de ne point commencer la perception.
Mais Tarrét de suspension a pour motifs la confiance de la. Compagnie dans Tattention qu'elle espéroit que le Roy feroit à ses remontrances, et ce motif est exprimé t^ clairement dans le dispositif de Farrét du 1 7 aoust 1 763 ( I ). 11 semble offrir un prétexte pour excuser la conduitedu Parlement.
Après la transcription de Farrét du Conseil du 17 novembre, le Parlement de Rouen, touché des termes de cet arrêt et des menaces qu'il contient, a pensé qu'il ne pouvoit insister sur l'exécution de ses deux arrêts de défense, sans lever pour ainsi dire le signal d*une résistance trop direae contre l'autorité royallc. S*il eût gardé le silence et continué ses fonctions et que Ton eût conn* meucé la perception, cette tranquilité auroit été attribuée à une crainte basse des menaces contenues dans t'amêt du Conseil. Il falloit donc ou s*opposer à son maître ou se déshonnorer dans Tesprit du public. L'on a cru ne pouvoir prendre d'autre pani que celuy d*abandaaner des oflKces, que Ton ne pou\'oit plus rerr.plir avec honneur et à l'avantage du Roy et du public. Lacté de démission exprime les seniimens les plus tendres et les plus touchans. C*est de cet acte que je croîs. Monsieur, que le Roy doit partir dans la circonsunco présente, et ccst dans les termes mêmes dans lesquels il est cousU que S. M. doit trouver un moyeo honnête your effacer les impressions des deux arrêts du Conseil, pour calmer les esprits, satisfaire le peuple et ramener au palais des magis:rats dont il n*est pas possible de priver IonA;:ems le public, car le défaut de juges
(I ■ Att^x j i^ et n. n :u i;* août 170.^. \ te Sommuire Ju t II. r. I\^
est le plus grand de tous les maux. Voilà, Monsieur, les observations diaprés lesquelles j'ay essaie de dresser un projet de lettres patentes que je soumets à vos lumières (i).
(i) A celte minute est jointe celle du projet de lettre patente dont parle ici Miromesnil : la pièce intitulée, dernière correction^ est autographe. (V. suprà^ CCCXLil, note).
Voici ce projet, qu'il est intéressant de comparer au teite ministériel :
LOUIS, etc., après avoir examiné les remontrances de nos parlements et nottamment celles que vous nous avés présentées le cinq aouft dernier^ nous nous sommes enfin déterminés à réunir dans notre déclaration du -j i novembre suivant tout ce que la scituation présente de nos affaires nous permettoit de faire, afin de concilier la nécessité de soutenir le crédit, en exécutant les engagements que nous avons été obliges de contracter pendant la guerre, avec le désir que nous avons de diminuer autant qu'il est possible les impositions dont notre peuple est chargé. Et, dans la vue de bti procurer encor par la suitte des soulagements plus ct^nsidérables, noms avons résolu d'ordonner (par la déclaration du a t novembre i7'V3)à toutes nos Cours de nous adresser des mémoires par lesquels, connaissant ce qui sera convenable au bien de chacune de nos provinces, nous serrms en état d'établir un ordre plus avantageux dans l'administration de nos finances. La paix, que Dieu a bien voulu nous accorder, est un temps favorable pour remplir des vues aussi dignes de notre sagesse et de notre jmowr ptur nos sujets; mais leur succès ne peut être parfait qu'autant que tien ne troublera la tranquilité qu'il est de nette devatr d'eutttteui dans l'intérieur de notre royaume, et pour le maintien de laqut lie Dieu le iûul^puissant nont a confié cett-- autorité que wus tenons de lui seul. Sous n'avons pu voir qu'avec peine tuut ce qui s'est passé, non seulement à Voccasion des premières onératioms auxquelles nous avion f été obligé de nous livrer, mais encor dans le temps même où nons donnions toutte notre attention a fefformer le plan que nous avions a*'.vpti d'abord. Sous n'aurions pu prendre en bonne part la démission que vous avés faite de vos ojfices^ w les termes dams lesquels elle est conçût et les témoignages Sattackement qu'elle
Je vais encore vous faire une réflexion, que je crois vous avoir déjà faite, mais d^une manière moins développée. Il y a dans le Parlement de Rouen des magistrats qui pensent que nous n'avions pas le droit de donner des arrêts de défense, qui par conséquent nVn ont pas été d^avis; d^autres, qui croient que nous pouvions le
contient ne nous avoient persuadé que cette démarche doit être interpretlée favorablement, et que nous devons la regard er, non comme un abandon de notre service, mais comme Vexpression d'un premier mouvement de douleur qi/til appartient à notre bonté paternelle de calmer. Assuré de la pureté de vos intentions, de votre fidélité et de votre attachement, nous avons résolu de vous rétablir dans les fonctions de vos offices.
Et nous attendons de votre f è/e pour le bien de notre service que vous vous porterés avec une nouvelle ardeur à rendre la justice à nos sujets et que, toujours disposés à leur donner Vexemple de la soumission qu'ils doivent à notre autorité, vous concourrés à nous faciliter les moyens de subvenir aux besoins présents de F Etat et de rendre, par la suitte, l'administration de nos finances plus simple et moins dispendieuse, A ces causes, etc., nous vous avons ordonné de re^ prendre les fonctions de vos offices, dans l'exercice desquelles nous vous avons rétabli et rétablissons, déclarant à cet * effet nulles et de nul effet les di^
missions que vous en avés faites.
(i) Le texte imprimé ù droite fui substitué postérieurement par Miromeinil à celui qui est imprimé à gauche, et il l'écrivit sur sa niiuite en tmgud de celui-ci. (V. i^fra, CCCLXIV.)
et d'effacer jusques au moindre vestige de tout ce qui auroit pu par le passé intervertir cet ordre et cette tranquilité, qui sont le fondement de toute bonne opération; à ces causes, nous avons ordonné que tout ce qui s*est passé jusques à ce jour, sans aucune exception, soit regardé et demeure comme nul et non avenu, vous enjoignant de reprendre tes fonctions Je vos offices (i).
faire, n'en ont cependant pas été d'avis, parce qu'ils en craignoient les suites et prévoioicnt ce qui arrive aujourd'huy. Ces mômes magistrats n'étoient point d'abord d'avis de donner la démission des offices, mais ils y sont revenus par sagesse, et dans la crainte que le sentiment d'opposer une résistance invincible ne prévalût et n'attirât de plus grands malheurs pour le Roy, pour le peuple et pour l'Etat. Vous conviendrés, Monsieur, que ces magistrats sont sages, et qu'il est intéressant pour le Roy, de ne pas se priver de leurs services. Cependant je puis vous assurer que ce seront ceux qu'il sera le plus difficile de ramener, si Ton n'etfacc pas jusv^ues aux moindres traces des imputations et des menaces contenues dans les arrêts du Conseil, c'csi-à-dirc si le Roy, d*après les expressions touchantes de l'acte de démission, ne les reconnoit pas pour ses bons et fidèles sujets. Enfin, p)our vous le prouver, il doit me suffire de vous dire que, lorsque, malgré mes efforts, lavis de la démission eut prévalu, ce furent eux qui m'engagèrent h me joindre aux rédacteurs, afin que cet acte ne se ressentît pas, s'il cioil possible, de la dureté trop ordinaire dans ce qui vient de chez nous. Ils ne m*en donnèrent pas d'autre raison, mais il est aisé de sentir les vues louables qu'ils pouvoient avoir.
Vous me demanderés peut-être de quel avis j'étois, puisque je n'étois ni pour renouvcller les défenses, ny pour donner la démission des charges. Je vous avouerai que mon avis étoit d'arrêter qu'il seroit fait au Roy une grande députation, pour su plier Sa Majesté de retirer les arrêts du Conseil et pi)ur luy présenter d'itératives remontrances, et j'espérois, si cet avis avoit pu passer, que ce seroit un moyen pour entrer en négociation et pour concilier tout, sans compromettre le Roy ni ma Compagnie; mais cet «vis ne fut adopté que par très peu de personnes.
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Je le croiois cepeadant d'autant meilleur que l'on sçavoît qu'il y avoit un arrangement sur Je tapis avec le Parlement de Paris, et que je prévoiois que cet arrangement seroit consommé pendant que notre députation se roi t encore à Versailles.
Je reviens au Parlement de Rouen. 11 y a dans ce Paiv lement des esprits échauffés; je crois leurs intentions bonnes, mais ils ne mesurent pas toujours leurs avis sur les régies de la prudence et du droit. Ceux-là seront moins difficiles pour rentrer, mais, sitôt qu'ils seront rassemblés, ils prendront sûrement des résolutions vives qui ne feront que renouveller le mal et le rendre pire qu'il n'étoit, et ils entraineront avec eux même les gens les plus raisonnables, s'il n'y a pas de la part, du Roy quelqu'acte éclatant que l'on puisse opposer à leur vivacité. Cet acte ne peut être qu'une lettre patente capabk de satisfaire les gens qui, sans prendre d^huroeur, sont cependant attachés à l'honneur de leur état.
Enfin il y a des gens bornés, comme il s'en trouve partout, qui suivent l'impression de celuy qui les entraine, et ces sortes de caractères sont rarement portés à préférer le parti de la modération, parce qu^ils sont plus frapés du grand bruit que touchés des raisonnemens solides et des considérations bien réfléchies.
La différence des caractères, la diversité des avis, et même les petits mécontentemens particuliers n'empêchent pas que le Parlement de Rouen ne soit uni. J'ay toujours eu grand soin d'éviter tout ce qui pouvoit y faire naître la division, pvirce que je pense que le plus grand malheur qui puisse arriver à une Compagnie, c'est d'être désunie ; et j'ay toujours dit que j'aimois mieux que ma Compagnie, bien unie, prît un mauvais^parti que de se diviser sur un objetf quelque juste qu'il pût être. Je crois en cela ma
fa<;on de penser avantageuse non seulement à ma Compagnie, mais encore au service du Rov. En effet si une Compai^nic cnti«^re s'égurre pendant i|uelv|ue temps. tAi ou tard il faut qu'elle se retrouve et on lu ramenne toute entière; mais si elle se divise, Ton ne peut jamais en ramener qu^unc partie, et, après une certaine rupture, il est rare et presque impossible que la concorde se rétablisse parfaitement : alors le service du Roy souffre toujours, ainsi que celuy du public. Or, comme l'union nécessaire p'kur le bien règne dans ma Compagnie, vous voies qu'il nVst pas possible de laire reprendre les fonctions à une partie de 0:$ messieurs et de garder les démissions des autres, car personne ne voudroit conserver sa charge à pareil prix. Je ssais bien que vous êtes incapable de proposer jamais au Rov un pareil expédient, mais je crois devoir vous man]uer cecy, afin que vous combattiez ceux qui le propK3seroient, si par ha.sard il se irouvoit quelqu'un à qui cette idée passât dans Pesprit.
.\u surplus, je ne vous cacherai pas que j'étois si affligé, au mois d'aoïist dernier, de voir d'un c6ti ma Compagnie passer ce que je croiois eire les bornes de son pouv<)ir, d'un autre côté le Roy force de prendre des mesures aussi vives, sans qu'il ftit en mon pouvoir d'arrêter Tun ny l'autre, que je voulus me retirer. M. le Chancelier me manda que le Rov ne vouloit point que je quittasses son service, et il *h. Heurs je fus mandé à Versailles pir lettre de cachet avec plusieurs de M*» du Parlement et ensuite envoie i^ Ne.iurtc ei à Moret. Je ne crus pas pouvoir, dans une pareille circonstance, insister sur ma retraite, parce que je pensai que je devois subir le même sort t]ue mes confrères. Mais j'avois bien envie de me retirer, lorsque je serois retourné A Rouen ainsi qu*eux. M. Bénin, à qui je n a vois pas cache mon dessein.
léie, et sa parole est sacrée. J'ai proposé en plein Conseil de rappeller Dumesnil, je n'ai pas été seul, mais je n'ai pas eu la pluralité.
Maintenant que ce Parlement (r) viem, fai pris mon parti, et, dans un comité, j'ai fait un discours pour prouver la nécessité de tout terminer d'un trait. J'ai demandé qu'en réponse aux remontrances de Paris, sur l'afTairc de Fils de James, on envoia des lettres patentes, qui assurassent la liberté des magistrats et produisissent non plus un nul et non avenu, maïs un silence éternel avec défenses de poursuivre. J'ai été plus hcufeux ce jour là. On crut que je n'y réussiroispasà Paris et jen (2) m'adoptât. J'ai agi et fait agir. Paris a fait le projet, je ne puis encore vous Tenvoier, je ne l^ai pas reporté au comité, mais fait voir ici à quelq^iins seulement qui l'approuve. Je me suis fait... [?]à ce petit cachepot. Le vicc-Chancelicr n>n est pas, et son fils (3) lui tient rigueur, parce qu'étant devenu chef il veut à son tour avoir la p>aix, pour s^établir, sauf les suites dont je ne réponds pas, mais dont j'espère. Ces cachepots là me feront peut être reprendre les haillons du berger au lieu de valets, chevaux et équipages : tant mieux, j^en serai plus à moi; mais ils m'ont paru nécessaires.
Le diable ce sont les commandans, et mon Languedoc, dont les Etats s'assemblent le 26 de ce mois, et oti on ne veut se passer du Fils de James non plus que de sa chemise. J*y ai fait des efforts incroiables, j'ai remis la canne, on m'a dit que j avois tort et on n'en a pas voulu. Voilà tout ce que j'ai pu tirer d'abord. Paris de son côte a dit
(O (jcUii vie (ficnoblc.
(i) Icrmc «le jeu. ainsi que ptiisieur» autres expressions de cette leiirc.
(i) Le futur chancelier, alors Premier Président de Paris.
que sans cela il ne rcgistrcroit plus ces belles lettres patentes quil avoit faites. Nouveaux mouvcmens, et personne ne s'en doute, car ce pais a l'air bien tranquille. J'ai trouvé des soutiens. Enfin hier on convint qu'on rcroii une réponse où. en disant : i*^ qu'il ne doit pas être inquiété parce qu'il a exécute les ordres, on diroit : 2<* que, quand à la manière dont il s'v est pris, le maitrc se réscrvoit d'en connoitre, et qu'aussitôt après les Ftats il le fcroit venir auprès de lui pour en être plus partîculièrcinent instruit; 3'' ( i ) annonceroii bien ses lettres patentes. Reste A s^javoir si Paris sera content au moien de cela pour donner le branle par Penregistrcmcnt. joint qu^on asseure ici que P^ils de James ne reverra le Languedoc de sa vie. Reste à s^avoir si le cachepoi ne sera pas trindu au grand jour, et on agira pour cela des qu'on sçaura la couleur de Paris. Reste A s^avoir comment on pourra longer en attendant l'époque, tandis que le pauvre Toulouse, dont les i«2tes sont hors des gonds, fera des sottises. Vous voies le joli métier que le mien J'ai le bonheur en un sens de ne haïr personne dans ce monde et j'en enragequelquctois, car dn moins, si j'avois un homme que je haïsse, je me consolerois quelquefois en lui souhaitant ma place et en rêvant qu'il y est.
Quant à Grcn<ïblc, j'ai repris ce prétendu marqtiis sousrcuiTC. l-cs dix mandés sont venus ici. et je ne lésai pas vuî» étant d'abord à Paris, e: eux n'étant pas revenus ; il n'y a pas grand mal .^ cela. On vient de le«i envoicr aussi a FcHitainebleau, à Nemours et i\ Moret, et j'ai été atassi tondu 1;^ dessus au f'onseil <1eîa m 'arrivera beaucoup dans les Ci>mmcnccmens, parce qu'on se méfie un peu de mes principes. Pourquoi m*a-i-on pris oli j eii»is'
(I t Le maUrc .mnunccrott.
J*ai donc recommencé la charge dans les cachepots, et j'ai proposé, quand Paris au roi t fini, de les faire venir à Versailles, leur dire qu'ils oni eu ion de ne pas déférer à l'ordre de venir en députaiion, que, en remettant au 26 janvier sur la lettre patente et indiquant au 7 pour juger, ils s'exposoient aux voies extraordinaires qu'on a pris pour leur éviter une démarche qui ne pou voit que déplaire, leur répondre de suite comme à Paris, et faire revenir cet homme indécent. Cela n'est pas encore convenu, mais cela n^a pas été rejette tout à fait.
Que vous dirai je de plus? Cesi que je ne puis dtre et ne pas être, comme je le suis actuellement, et que je périrai victime de ma prétendue élévation, si tout cela ne finit pas, parce que j'ai le malheur d'avoir le cœur sensible. Ne voilà-t-il pas que Dijon vient d'arrêter des remontrances sur la déclaration et de m'enregistrer cette lettre patente que vous avcs corrigé^" Ne voilà-i-il pas que Besançon vient d'en faire autant! Ne m'a-t-on pas voulu faire percevoir en Dauphiné, pendant Tabscnce, h quoi j'ai répondu que je ne signerois jamais Tordre de le faire, sans rien dire au delà, afin qu'on ne dise paç que je mets toujours le marché à la main.
Votre idée du terme des démissions ne passera non plus ici dans une lettre patente que la Seine dans un de nos vieux bateaux plats. Mais on pourroit glisser cela dans un discours; vous mander ici, vous le tenir pour le Parlement et vous renvoier avec les lettres de rappel. Qu'en diriés vous? Réfléchisses y.
Kt comment percevra-t-on les vingtièmes en Normandie? le premier, cela ne touche pas à terre; le second, on prétend ici que le Parlement y consent hautement, je n'en ai rien voulu croire. Il faut des rolles cependant, et je ne peux pas plus me passer du premier que du second ;
mais du moins, en attendant, il faut le premier des rolles en janvier, et nous sommes au neuf. Auroi-je tort défaire rendre exécutoire le rolle des deux sur le pied de 1763 et de faire dire aux préposés de ne percevoir que le premier juaqu^à nouvel ordre? Auroi-je tort de faire paier les deux à ceux qui bien le voudront, sans poursuivre que sur le premier, en laissant le second en sursis.
Les parlemens. Monsieur, feront faire la banqueroute un matin, mais je partirai le soir, malgré tous les ordres du monde. Il est vrai qu*on les a malmenés. Mais est ce quVn province ils n'ont pas d'esprit de patriotisme comme à Paris? Je le croiois. Seroit-il possible que je me fusse trompé? Et la Normandie est plus en état de supporter la charge que les autres, quoique dure, quoique j'en gémisse moi-même, quoique je désire et travaille déjà à m^industrier pour pouvoir y remédier dans les suites. Si on ne se prête pas au moment, indépendamment de ce que je ne pourrai pas travailler, tout sera culbuté.
Je n'ai pas dit un mot à M. de la Michodière hier de notre relation; il est vrai que je ne Tavois vu qu'en maisons et il y a très longtemps.
En voilà bien long aussi. Monsieur, mais j*ai déchargé mon cœur dans le sein d'un honnête homme, et il en devinera par ces lignes plus encore que je ne lui en ai dit.
Ce 9 janvier 1764.