‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de NormandieChapitre 16 sur 127 · CXLIV. — 3 août · texte numérisé non relu

CXLIV. — 3 août

B. de M. Lormier. — Autographe (2).

MIROMESNIL A LAMOIGNON

Monseigneur,

L'arresié du Parlement, que je vous envoie dans un pacquei séparé, vous fera voir que je n'ai pas eu tort de

(i) Le Parlement refusa d'enregistrer la déclaration du 16 juin, vu l'épuisement de la province, augmenté de jour en jour par la multiplicité des impôts, et l'anéantissement du commerce, et décida que S. M. seroit suppliée de retirer sa déclaration. V. le Sommaire.

(2) En tête, Lamoignon a écrit : « Rép[ondul 4 aoust 1761. »

vous marquer qu'il n^étoit pas possible d^espérer un enregistrement volontaire. Au surplus, rassemblée a été très décente, sans aucune chaleur, sans la moindre aigreur, et je me suis bien gardé de rien dire qui pût faire changer cette disposition.

De deux maux/dont Tun ou l'autre doit nécessairement être inévitable, il £Eiut toujours s^attacher à éloigner le plus dangereux. Je ne pouvois pas me flatter sagement que ma Compagnie procédât à Tenregistrement de la déclaration du i6 juin ; je me suis uniquement applicqué à faire en sorte que Tarresté fût conçu en termes convenables et qui ne pussent pas offenser le Roy.

Il y a eu quelques avis pour nommer des commissaires, un petit nombre pour renvoier après la. Saint- Martin, quelques-uns pour enregistrer avec modification à TefiTet de restraindre à un an seulement Inexécution de la déclaration. Mais la grande pluralité a été pour arrester que le Roy seroit suplié de retirer sa déclaration.

Je me suis rangé à Pavis d'enregistrer pour un an seulement, et j^ai fondé mon sentiment sur la nécessité des secours que le Roy demande, et qui est connue de tout le monde, de laquelle même nous sommes touts convenus dès Tannée dernière, malgré les difficultés que nous opposâmes à l'enregistrement de la déclaration du mois de février 1760 (i).

Mais je me suis bien gardé de mettre la moindre chaleur dans tout ce que j^ai dit, et en effet ma modération a réussi en quelque chose, puisque ceux mêmes qui sont les plus opposés à toutte espèce d'imposition ont été les premiers à proposer de suplier le Roy d^être persuadé de la soumission et du zèle de son Parlement, et de ne point

(i) V. 1. 1, p. xI) et 200.

imputer à désobéissance un refus qui n^est fondé que sur le mailieur de la province.

Au surplus, je vois que la seule crainte de paroltre abandonner le Parlement de Paris est k motif principal de la résistance du plus grand nombre, et les entretiens que j'ai eus avec plusieurs de messieurs du Parlement me donnent lieu de penser, et même avec certitude, qu^ils s^auendent à Tenregistrement forcé, qulls le verront sons s^échauffer et qu'ils sVn tiendront à une simple protes*. tation.

Cela étant ainsi, je crois qu'il .feut éviter tout ce qui pourroit aigrir les esprits, et j^espère que vous voudrés bien appuier auprès du Roy et du Conseil, la prière que je fais pour que M. le duc d'Harcoun ne force pas ma Compagnie à être présente à Tenr^istrement forcée

Je vous réitère aujourd'hui cette prière, et je le fais avtc d'autant plus d'ardeur que cela me paroît plus essentiel que jamais.

Je suis, ....

MiROMBKIL.

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