‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 16 sur 37 · MADAME NECKER"' A MERCY · texte numérisé non relu

MADAME NECKER"' A MERCY

Ce (limmiche [a 4 août], à minuit. — Il est de la plus grande importance. Monsieur l'Ambassadeur, que M. Necker vous voie avant votre départ pour Versailles; il n'est arrivé qu'à onze heures et demie du soir, mais il se rendra chez vous à sept heures précises, à moins que vous ne préfériez de passer chez lui. Les détails qu'il a à vous faire ne peuvent s'écrire, et c'est entre vos mains, dans ces mains si pures et si chéries, que le sort de la France, comme le nôtre, va se trouver désormais. Recevez, Monsieur l'Ambassadeur, mes plus tendres hommages et les vœux que je fais pour le succès d'une entreprise dont la bonté m'est prouvée par votre approbation.

5. il. [a5 août ij88]. — L'Archevêque est parti. Je ne saurais

''• Ce billcl n'pst pas signé, mais récriture fl le coiiloxle ne permeUenl pas de ilonler qu'il ne soit de M""' Necker.

vous dire, Monsieur, combien la journée d'aujourd'hui m'alTccte'". Je crois que ce parli était nécessaire, mais je crains en mémo temps qu'il n'entraîne dans bien des malheius vis-à-vis des parlements. Je viens d'écrire trois lignes à M. Necker pour le faire venir demain à dix heures chez moi ici. 11 n'y a plus à hésiter; si demain il peut se mettre à la besogne, c'est le mieux. Elle est bien urgente. Je tremble, passez-moi celte faiblesse, de ce que c'est moi qui le fais revenir. Mon sort est de porter malheur; et si des machinations infernales le font encore manquer ou qu'il fasse reculer l'autorité du Roi, on m'en détestera davantage. Je crains qu'on ne soit obligé à nommer un principal ministre. Il est bien essentiel que M. Necker y compte et ne croie pas devoir le donner'-'. Adieu; si vous ne voyez pas d'inconvénient, je serai bien aise de vous voir mercredi matin; sinon, mandezmoi seulement, demain au soir, l'efïet qu'aura produit la journée. J'ai bien besoin qu'un aussi bon et fidèle ami que vous me soutienne dans ce moment.

Paris, le 26 août ij88. — Il me paraît nécessaire (|ue j'aillr

C La Reine, s'il l'aiil en croire M"" de Slaël, qui éci'ivail. Iiien longtemps après ces événenienis, n'aurait pas su caclier les vifs regrets que lui causait la retraite du principal ministre : tt J'allai, dit M"" de Slael, chez la Reine, selon l'usage, le jour de la Saint-Louis; la nièce de l'archevêque de Sens, disgracié le malin, faisait sa cour en même temps que moi. La Reine manifesta clairement, par sa manière de nous accueillir toutes les deu\, qu'elle préférait de beaucoup le ministre renvoyé à son successeur. Les courtisans ne lirent pas de niêmo, car jamais tant île personnes ne s'on'riient pour me reconduire jusqu'à ma voiture.

Toutefois les dispositions de la Reine furent alors un des grands obstacles que M. Necker rencontra dans sa carrière politique; elle l'avait protégé pendant son premier minis-

tère; mais, quoi (ju'il lit pour lui plaii'c dans le second, elle le considéia toujours comme nommé par l'opinion publique, et les princes, dans les gouvernements arbitraires, s'accoutument malheureusement à regarder l'opinion comme leur ennemie, n (M"" de Staol, ùmsidéralions sur lu [iévolulion française , i" partie, cbap. XII, in fine. — Œuvres complètes, édit. de Paris, 1820, in-8", t. XII, p. i65.)

'-' L'archevêque de Sens, dans le fragment de ses mémoires cité plus haut, p. 206, n. 1, rapporte que le Roi et la Reine le consultèrent sur le choix d'un principal ministre et qu'il leur avait conseillé de faire appeler le duc du Chàtelet (voir plus haut, p. 198, n. 1) qui aurait refusé. ( Mémoires de Brienne , loco supra cilalo, p. 2 53.)

212 NEf.KEP. À MEIU.Y.

demain n V^prsaillcs pour y rendre compte à V. M. de plusieurs particularités intéressantes, ainsi ([ue de quel(|ues mesures |)rises relativement au service de la Reine. Hier soir, dans le (|uarlier et en toute l'enceinte du Palais-Royal, il y a eu un prodigieux mouvement, et au son d'une trompette, que le hasard a fait trouver là, les déclamations ont retenti toute la soirée; chacun cherchait à deviner à qui était dû l'événement du jour, et quelques personnes apostées à cet effet insinuaient que la Reine avait décidé cet arrangement. Dans les cafés, il y a eu des négociations de papiers à une hausse considérahie, et ce malin, à la Bourse, les effets ont monté d'une manière si exagérée qu'on ne peut pas s'attendre que cela se soutiendra sans variations '''. La Bourse, où se trouvait une grande foule, a commencé par des battements de mains et a fini par des cris de : Vive le Bni! Virr la Reine !

Je renverrai demain au soir le courrier de Bruxelles, à moins que V. M. n'en dispose autrement. Ce sera vers dix heures que j'irai prendre ses ordres.

Page 1