EN PANTHÉON
On trouve dans le Dictionnaire des hommes célèbres (édition d'An- Vers, 1783), au mot Soufflot, architecte de l'église Sainte-Geneviève, la prédiction suivante; celui qui la fit ne croyait peut-être pas que ce superbe édifice consacré à la patronne de Paris fût destiné à recevoir les cendres des monstres qui ont renversé le trône et l'autel.
Templum augustum, ingenSy regina assurgit in urbe^
Urbe et patrona virgine digna domus.
Tarda nimis pietas vanos molirit honores :
iVb/t sunt hœc cœptis tempora digna tuis, ÀHte Deo in summa quant templum erexeris urbe,
Impietas templis tollet et urbe Deum.
Traduction. — La capitale de la France élève à Geneviève un édifice immense, piété trop tardive, inutiles honneurs! Avant qu'il soit
fini, dans ce siècle d'horreurs, l'athéisme, ennemi de tout pouvoir suprême, du temple et de la ville, aura chassé Dieu même.
n- NOTE CONCERNANT LE PRÊTRE GASSNER (1)
Un homme a paru, qui pendant plusieurs années a tenu dans l'-ad- •miration et la stupeur diverses provinces de l'Allemagne qu'il a parcourues en thaumaturge; sa réputation, son mérite, le véritable agent de ses opérations, sont encore un problème presqu'insoluble : je veux parler du prêtre Gassner. Les maladies les plus désespérées cédaient le plus promptément à l'empire de sa volonté. La manière dont il guérissait ajoute encore au merveilleux et épaissit le voile qui nous dérobe les lumières nécessaires pour asseoir un jugement certain, non sur l'existence des faits — elle est constatée — mais sur les principes et la cause des prodiges. Gassner, avant de guérir son malade, le faisait quelquefois passer par un grand nombre de maladies qu'il donnait et qu'il ôtait comme par enchantement. Les sujets soumis à sa puissance étaient tour à tour muets et insupportables par leur loquacité, d'une mélancolie profonde et concentrée et dans l'instant suivant d'une gaieté turbulente. Le rire et les pleurs, l'aménité et la brusquerie, la douceur et la colère agitaient alternativement leur ârae. Gassner paraissait maître du moral comme du physique. Il excitait, il apaisait toutes les passions. L'âme de ses malades était purement passive sous l'impression de son pouvoir. Ce pouvoir était aussi actif, aussi prompt, aussi étendu sur leurs facultés physiques, sur toute leur économie animale, la fièvre et ses diverses périodes, ses caractères combinés ou séparés. Les convulsions tantôt partielles, tantôt agitant tous les membres, les douleurs de la goutte, les douleurs aigties de la colique, le sommeil et les symptômes de la catalepsie, ces maux semblaient n'attendre que le commandement de sa voix pour assaillir ou quitter les malades sur lesquels il opérait.
Ce n'était point en présence de témoins choisis dans le secret et à l'ombre du mystère que Gassner faisait ses opérations. Jamais il ne marquait pliis de confiance dans l'infaillibilité de ses procédés que quand il opérait en public. Des hommes éminents par leur dignité,
(1) Je Tai rédigée lur lei originaux <|lii «ont en mes mains.
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imposants par leur réputation de science et de génie, considérables par leur naissance, se rassemblaient pour s'éclairer mutnellement c^ se mettre plus sûrement en garde contre le prestige ou l'illusion. Ils se faisaient accompagner des gens de l'art, qui n'avaient d'autre intérêt que celui de trouver le thaumaturge en défaut, et c'est alors que Gassner, sans mettre plus d'apprêt à sa manière, environné de malades de toute espèce et de toutes les provinces, accourus vers lui sans en être connus, indifférent sur le choix, opérant sur ceux qui avaient été d'abord examinés par les médecins eux-mêmes, déconcertait toutes les précautions employées contre lui et subjuguait l'admiration. Pendant ses opérations, les malades, souvent assez éloignés de lui et entre les mains des médecins, subissaient tontes les révolutions qn'il comr mandait. Une des expériences les plus familières à Gassner était de retarder, d'accélérer à volonté le mouvement dn pouls de ses malades, de l'arrêter à un nombre de pulsations qu'il déterminait lui-même ou que les médecins eux-mêmes lui indiquaient^ Chacune de ses séances mémorables ont été suivies de procès-verbaux rédigés sur le lieu même de l'expérience, signés des témoins et scellés des sceaux des spectateurs, dont le nom, la qualité et le nombre devaient porter à l'évidence morale la certitude des fiiits; les procès-verbaux existent et sont consultés par les voyageurs curieux de vérifier cestémoignages. Plus de quatre-vingts ouvrages publiés A l'époque même des fiaiits ont établi des systèmes pour en expliquer la cause, et tous rendent hommage à l'authenticité de ceux qui sont les plus extraordinaires. Gassner était aussi empressé à découvrir sa doctrine çt son art qu'à rendre publics ses procédés et ses moyens; il croyait que l'homme est soumis à des puissances intermédiaires entre Dieu et lui, que le pécheur tombe sous la puissance du démon, que cet être mauvais et envieux l'afflige souvent de maladies dont il est l'auteur; il croyait que le moyen le plus efficace de guérir les maladies se trouvait dans les exorcismes et dans l'invocation de Dieu rédempteur, et Gassner, revêtu des habits ecclésiastiques propres aux fiductions d'exorciste, ne faisait autre chose que de prononcer le nom adoré et d'exciter à la foi le malade ; c'était tout l'art de Gassner.
Il ne lui est jamais venu dans la pensée de faire une secte, il est mort sans avoir rassemblé aucun disciple, mais il a encore en AUe^ magne plusieurs émules qui continuent à publier ses merveilles et attestent qu'eux-mêmes éprouvent le pouvoir dont tontxhnétien plein de foi peut être dépositaire. Un médecin allemand s'est donné à l'Allemagne pour ppss^eur du secret de Gassner^ ou d'un secret qui pouvait lui obtenir des résultats aussi prodigieux ; obligé de fuir sa patrie, il a trouvé la France ou pbis crédule ou plus docile, ILattri-
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buaà la connaissance et au pouvoir de la nature les effets que Cassner attribuait à uiie cause surnaturelle; il fallait au médecin des années pour obtenir une guérison, et un court espace de Temps suffisait à l'exorciste pour produire un grand nombre d'opérations merveilleuses ; des relations (au lieu de procès-verbaux) de: là nature de leurs produits, en fiiveur de Gassner, établissent encore des différences remarquables. Si l'on voulait chercher en France des pièces de comparaison, on les trouverait plutôt dans celles qui nous oAt transmis les opérations du tombeau de saint Médard et celles qui en perpétuent les exemples et la tradition, que di^ns les gùérisons de Gassner, lesquelles cependant offrent des traits de ressemblance. L'histoire du magnétisme de France est, comme celle du somnambulisme, faite pour occuper les esprits d'une sorte de merveilleux qui s'accroît de plus en plus. Les disciples du docteur allemand se sont divisés en un grand nombre d'écoles, dont la doctrine est opposée par les bases les plus essentielles^ Ce qu'il importe d'observer, c'est qu'il est des écoles qui sont à proprement parler des sectes religieuses, qui ont leurs systèmes, leur corps de doctrine, leurs prophètes et leurs inspirés ; elles rentrent dans la classe générale des illuminés.