‹ Correspondance secrète de l'abbé de Salamon chargé des affaires du Saint-Siège pendant la révolution avec le cardinal de ZeladaChapitre 34 sur 41 · L'ABBÉ MAURY AU CARDINAL DE ZELADA · texte numérisé non relu

L'ABBÉ MAURY AU CARDINAL DE ZELADA

^»— OKOBii***^

Goblentx, 7 novembre 1791.

MoNfiEIONCUR,

Lm deux lettre que j'ai eu l'hoiiDeurd'adreiaerà Votre Êminence, de Jtaixelles et de Liè§e, doivent lui être à présent psnrenues. J'éprouve l'un des'plus doux treisaillements de cœur que j'aie jamais ressentis, en lui annonçant définitivement aujourd'hui que je pars demain pour Rome. Je suis obligé de m'arréter un jour cbea M. l'Éleeteur de Mayenee qui m'a envoyé son ministre pour m'y inviter, un jour à Worms avec le prince de Gondé qui m'attend, uii jour A Bfanheim ou à Augibourg, et je ne compte me reposer ensuite qu'à Bologne. Les chemins sont si mauvais, les jours sont si courts et si firoîds et les postes si mal servies que je ne me flatte guère d'arriver à Rom» avant la fin de ce mob. On me persécute de tous les c6tés pour m'arrêter sur ma roule, et je ne puis pas me défendre contre de si obligeantes importunâtes; mais j 'approche peu à peu d'un pays où je ne trouverai ^us de Français et où le peuple est assez heureux pour ne pas savoir mon nom. Cet 4}tat d* incognito, si nouveau pour moi, me consolera de l'ennui et des fiitigues du voyage.

En passant à Cologne, je soupai chez M. le nonce qui avait en la bonté d'inviter toute la colonie françabe qui habite cette ville. Le prélat, d'un esprit sage et mûr, me combla d'honnêtetés, et j'en rends les plus vives actions de grâce à Votre Ëminence. Il m'ouvrit sa bourse et me pressa d'y puiser tout l'argent qui me serait nécessaire. Je le remerciai avec toute la sensibilité que m'inspirait un procédé si noble, et je lui dis avec vérité que j'avais sauvé des débris de mon ancienne fortune des fonds suffisants pour contiuuer ma route et pour n'être A «barge à personne dans ces premiers moments. Les^ princes m'ont fait ici les mêmes instances, et je leur ai fait la même réponse.

Mais ce qui me combla de joie chez M. le nonce de Cologne, ce fut surtout la lettre de Votre Éminence, qu'il eut la bonté de me remettre.

518 LETTRE DE L'ABBÉ MAUttY AU CAKDINAL DE ZELADA.

Je n'ai point d'expression pour Lui retracer l'agitation de ma reconnaissance. Vous allez me connaître, Monseigneur, vous saurez alors combien vos bontés paternelles me pénètrent de la plus vive et de la plus respectueuse tendresse. Dès que j'ai un moment de liberté, mon cœur ne s'occupe que du Pape et de son ministre : c'est bien là sa pensée la plus habituelle, et, quand je trouve l'occasion de la manifester, le sentiment coule de source. .Te ne me piquerai donc point de discrétion avec Sa Sainteté ou avec Votre Éminence. J'accepte avec transports le logement qui m'est destiné à Rome; mais il m'est bien impossible de le désigner, et je vous prie de fixer vous-même ce choix, en sollicitant simplement la préférence pour l'appartement qui me mettra le plus à portée de vous faire ma cour. Il ne me faut pas un grand espace. Je n'amène avec moi que mon fidèle valet de chambre, et je n'ajouterai tout au plus à cette simple et convenable représentation qu'un laquais italien et un carrosse de remise. Les Romains ne doivent exiger d'un ci-devant bénéficier français que la plus stricte décence. Je ne connais rien de si ignoble que de faire des dettes^ quand on a perdu sa fortune. D'après ce plan d'économie, que Votre Éminence approuvera sans doute, je la prie de m'écrire ms ordres à Bologne, en poste restante, ou aux Célestins chez lesquels on m'in* vite à descendre. En arrivant dans cette ville, je me conformerai littéralement à l'itinéraire que vous aurez la bonté de me tracer.

J'ai été reçu ici par les princes, par l'Électeur et par tous les Français avec une bonté qui a bouleversé mon cœur, quoiqu'il dût être préparé à tous ces honneurs et à tous ces témoignages de bienveillance. Si une juste modestie me permet de raconter de vive voix ces détails à Votre Éminence, Elle en sera sûrement touchée. On me reçoit partout comme un souverain, pardon de ce mot qui échappe beaucoup plus à ma reconnaissance qu'à ma vanité. Je sais tout, je rendrai compte de tout. Les princes écrivent au Pape, je leur annonçai en arrivant que j'allais à Rome. Ils ont approuvé ce voyage, mais ils m'ont déclaré qu'ils demanderaient incessamment à Sa Sainteté de me renvoyer auprès d'eux. Je ne puis entrer ici dans aucun détail; je dois dire pourtant qu'ils ont beaucoup de répugnance pour un Congrès ; mais j'ignore s'ils parviendront à l'empêcher. J'ai dit avec courage et respect des vérités sévères qui ont été fort bien accueillies, j'en dirai encore aujourd'hui et je souhaite qu'on ne se contente pas de m'approuver. J'ai fait tous les derniers efforts pour réunir Goblentz et les Tuileries; il faut espérer que ce rapprochement si nécessaire aura lieu. J'ai pris toutes les mesures que mon zèle m'a suggérées auprès de toutes les parties, je dis les parties, car il serait affreux de dire les partis.

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