CCCXXII. — LE COMTE DE BROGUE A LOLIS XV
[Autogr. Arcb. del'Emp. K. 157.}
11 juillet 1768.
Sire,
J'ay l'honneur d'addresser cy joint à Vostre Majesté l'expédition des instructions pour M. le chevalier de Saint- Priest , qu'elle a daigné approuver. Cet ambassadeur a reçu une lettre de M. le chevalier de Vergennes, quiluy marque que tous ses secrétaires veulent repasser en France avec luy, ce qui oblige, Sire, à en donner un à son successeur pour * la correspondancQ secrett^. J'aurois esté assez embarrassé pour faire ce choix dans le peu de temps qui reste avant le départ de M. de Saint-Priest, si par hasard un des meilleurs secrétaires que mon frère eut à l'armée, ne fusl venu heureusement me demander de le placer ; c'est un garçon très-sage et dont je crois pouvoir répondre pour la sagesse et la discrétion. Ainsy, si Votre Majesté l'approuve, je Tatlacheray au nouvel ambassadeur, et je la suplie de permettre qu'il luy soit fixé quinze cents livres d'appointements sur la caisse secrelte. Si elle daigne approuver cet .arrangement, j'auray l'honneur de lui addresser un projet d'ordre pour eslre remis à ce nouveau secrétaire à son arrivée à Constanlinople.
Je joins aussy icy. Sire, la réponse que j'ay reçue ce matin de M. le duc de Choiseuil à la lettre dont j'ay eu l'honneur d'addresser il y a quelques jours la copie à Vostre Majesté; elle m'a paru exiger une réplique de ma part, que je prends encore la liberté de mettre sous ses yeux, et j'ose me flalter qu'elle daignera y reconnoitre la passion
GORRESPOND/WGR SKCRKTE. '^97
extrême q'pe j^auray toujours de lui obéir et de luy plaire. Je suis, etc. Le comte de Broglie.
(De ta main du Roi. )
Puisque vous répondes de ce secrétaire, j\npprouvc son choix.
CCCWIII. — lîCSTRLCTIOMS SECRÈTES DE LOUIS XV A M. DE BRETEUIL, AMBASSADEUR EX HOLLA.VDE <.
[Pltasân, HiiL de la diplomatie, t. VII. p. 14.]
Ce 24 juillet 1768.^
Le haron de Breteuil ayant été honoré de la confiance particulière de Sa Majesté pendant le séjour qu'il a fait en qualité de son ministre et de son ambassadeur dans les cours de Pétersbourg et de Stockholm , il est déjà instruit de la manière dont il doit diriger la correspondance qu'il lui est permis d'entretenir avec elle en se servant des nouveaux chiffres et des adresses qui lui seront remis par le comte de Broglie avant son départ. Il sait aussi la fidélité avec laquelle il doit garder le secret que le Roi a bien voulu lui confier et l'attention qu'il doit apporter à le conserver et à prévenir les événements qui pourraient le déceler. Il sera donc suffisant de lui faire connoitre par la présente instruction les objets^ sur lesquels Sa Majesté désire qu'il fixe principalement son attention.
Il seroit inutile d'entrer avec le baron de Breteuil dans les détails purement relatifs à la Hollande. Il recevra sur cet objet des instructions directes par le ministre des , affaires étrangères; le Roi se réserve seulement d'y ajouter ce qu'il jugera convenable lorsqu'elles lui auront été adressées par le comte de Broglie, à qui le baron de Bre-
1 Rédigées par M. de Broglie.
teuil les communiqdiera dès qu'elles lui aaront été remises et en donnera copie, ainsi que de tout ce qu'il .pourra rece* voir par le canal du duc de Choîseul qui seroit relatif à sa mission.
Le séjour que le baron de Dreleuil a fait en Suède et en Russie, ainsi que ses différents voyages en Pologne et en Danemark , lui ont donné une ^MUBoissance plus parfaite qu'à aucun des ministres du Roi ile la situation politique de toutes les puissances dn Nord. 11 doit être également instruit du plus ou moins d'influence que nous avons conservé dans chacune de ces cours, des causes qui y ont produit et produisent peut-être encore la décadence de notre crédit, des moyens qu'il y auroit de le relever, des obstacles qui peuvent s'y opposer et de l'intérêt que nous aurions d'y parvenir.
Sa Majesté désire qu'il se serve de ses lumières et de l'expérience qu'il a acquise pour pouvoir spéculer de la Haye sur ces différents objets, et elle lui permet d'entretenir pour cet effet une exacte correspondance avec ses ministres employés dans toutes les cours pour se tenir éclairé sur ce qui s'y passe,* et particulièrement en Suède et en Russie. De toutes ces relations réunies le baron de Breteuil doit faire un ensemble, et, sans se contenter d'exposer tous les faits dont on Paura informé, il y joindra des raisonnements et des réflexions particulières propres à faire counoitre à Sa Majesté le jugement qu'il en porte. Elle lui permet même d'y ajouter ce qu'il croiroit à propos de prescrire à ses ministres dans les cours dont il sera question pour qu'après l'avoir examiné, elle puisse donner ses ordres en conséquence.
Sa Majesté lui recommande une singulière attention sur tout ce qui se passera en Russie, et surtout en Suède : son intention est qu'il lie une correspondance très-suivie avec
le comte de Modène dès qu'il siera arrivé à Stockiicilni , et qu'il lui fasse passer par la voie secrète ia copie des lettres qu'il écrira à oe oiifiistre on qu'il en recevra, afin de OMtLinuer à être iasiniite 4e toulcequt se passe «a Saèée'avee autant d'exaciitnde qu'il est possible de l'être, dès qu'elle n'a pas jugé, par des raisons particulières, devoir honorer le successeur du baron de Breteuil de la même confiance qu'elle avoii bien voulu lui accorder.
La position où cet ambassadeur va être en Hollande le œel for4 à portée d'avoir comioissaoce de ce qui se passe en Aagleterre, et la parenté ainsi que l'attitié qui le lient au comte du Chàteiet lui en Awrnissent m souireatt moyeii. Le baron de Bretevil a pa connoitre, par les ordres qu'il a reçus du Roi à son départ pour Lmidres, avec quelle attenticm et quel inlérêi Sa Majesté s'occupe de tout ce qui a rapport à l'Angleterre ; elle ne veut négliger aucun moyen d'en être instruite, G'éioit principalement pour remplir cet objet qu'elle avoit ordonné au sieur des Rivaux de lui envoyer copie de sa correspondance avec le sieur Durand, et sans le retour prochain de son chargé d'affaires , il auroit reco l'ordre d'en user de même avec le comte du Chàteiet \
Le baron de Breteuil prendra, dès son s^ur ici^ les moyens de former avec cet ambassadeur la correspond dance la plus intime, et il aura attention d'en faire passer exactement la copie à Sa Majesté, eu observant , s'il arrivoit des événements dont il lui parut intéressant qu'elle fut promptement instruite, d'en faire parvenir le rapport à Sa Aiajeslé avec le plus de célérité possible.
Le détail des objets qui peuvent principalement attirer l'attention du Roi en Angleterre seroit ici superflu. Sa Majesté a douné trop de preuves du gont qu'elle a pour
1 II. du ClUttaH «Ion «nbusadeur à Londres.
contribuer au bonheur non-seulement des peuples qui ont celui d'être ses sujets, mais de toute l'Europe, en perpétuant la paix autant que cela dépendra d'elle, pour qu'on ne puisse douter que ce ne soit principalement à la conserver que toutes ses vues tendent. Les Anglois ont prouvé que les leurs ctoient dirigés par d'autres motifs, et on peut sans injustice les accuser de n'être pas également attachés à la tranquillité générale et de n'écouter que la voi\ d'une ambition immodérée.
Il est très-important de pénétrer les mesures que cette ambition pourroit leur faire prendre, et il n'est pas sans exemple que des ministres résidant dans des cours voisines aient été plus à portée de découvrir de pareils préparatifs que ceux mêmes qui sont sur les lieux. La dextérité du baron de Breteuil peut lui faire espérer de saisir une circonstance aussi heureuse surtout dans un pays qui a tant d'intérêt à connoitre les projets de ses voisins et auquel ses voisins mêmes peuvent s'adresser pour lui inspirer des dispositions analogues aux leurs. Sa Majesté se repose entièrement sur le zèle avec lequel il s'occupera de l'exé* cution de ses ordres , et les preuves qu'elle a de la prudence et de la sagesse de sa conduite , tant en Russie qu'en Suède, lui sont un sûr garant qu'il justifiera, partout où elle jugera à propos de l'employer, le degré de confiance qu'elle daigne lui accorder.
Il sera joint à celte instruction un ordre du Roi pour recevoir du sieur des Rivai/x tous les papiers, chifires et autres pièces généralement quelconques que le marquis d'Havrincourt ou ce chargé d'afiaires pouvoient avoir entre leurs mains, et qui sont relatifs à la correspondance secrète avec Sa Majesté. Le baron de Breteuil en donnera son reçu au sieur des Rivaux au bas de l'inventaire qui en a été dressé et qu'il vérifiera, et il les conservera jusqu'à
ce qu'il reçoive l'ordre de les rapporler ou de les faire passer à Sa Majesté. Louis.
Fait à Versailles , le 24 de juillet 1768.
CCCXXIV. — LOUIS XV A M. DE BRETEUIL». [Flassan . Hi»t. de la diplomate, t VII. p. 3.]
Versailles , le tJSt juillet 1768.
Le baron de Breteuil recevra du sieur des Rivaux à la Haye lous les chiffres, papiers, ordres et pièces généralement quelconques, que le marquis d'Havrincourt ou ledit sieur des Rivaux ont eus entre leurs mains et qui ont le moindre rapport à la correspondance secrète que feu cet ambassadeur ou le chargé d'affaires ont entretenue par mes ordres avec moi pendant leur séjour en Suède et en Hollande. Il vérifiera avec ledit sieur des Rivaux l'inventaire qu'il a eu ordre d'en- faire, dont il sera dressé deux copies; et il mettra son vu au bas de celles que ledit des Rivaux doit rapporter ici pour sa décharge et qu'il conservera pour me la faire passer à son arrivée à Paris par le comte deBroglie à qui il la remettra. Le baron de Breteuil lui renouvellera en mon nom l'ordre le plus précis de ne parler à qui que ce soit qu'audit comte de Broglie du secret dont il a connoissance et qu'il m'avoit plu de lui confier. Louis.