‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents (volume 2)Chapitre 198 sur 211 · CCCLI. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV · texte numérisé non relu

CCCLI. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV

[Aatogr. Arch. de l'Emp. R. 157.]

Pans, 25 mai 1771.

J'ay l'honneur d'envoyer cy joints à Voslre Majesté des projets de réponse à M. le chevalier de Sainl-Priesl et au\ sieurs Gérault et Hénin; il m'a paru qu'on ne pouvoit plus différer de leur accuser au moins la réception de leurs lettres. J'ay entré dans un peu plus de détail avec l'ambassadeur à Constantinople , parce que je sens que sa position esloignée exige de luy faire connoitre la marche qu'il a à suivre suivant les différentes circonstances. J'ai adjouté, Sire, à la response qui luy est destinée, un posU scriplum d'après une dernière conversation que j'ay eue mercredy avec M. le comte de Mercy.

L'ambassadeur de Vienne est venu me chercher chez moi pour me faire part de ces nouvelles; il s'est fort étendu sur l'attention de sa cour à exclure l'Angleterre de la négociation de la paix entre les Turcs et les Russes; mais il m'a répété que tout cela ne pouvoit pas aller taut qu'on ne Teutendroit pas d'avantage. Ce ministre est revenu alors à ce qu'il m'avoit dit icbez M. le duc de \oailles à Versailles, il m'a rendu la conversation qu'il avoit eue le lendemain avec M. le duc de LaVrillière, à qui, dit-il, il a demandé une réponse calhé;;orique sur le dépari d'un ambassadeur quelconque pour sa cour. J'ay vu avec plaisir qu'il ne lui avoit pas articulé l'ordre qu'il a reçu de chercher un prétexte pour s'absenter lui-même , s'il n'en reçoit pas, en allant soit à Spa, soit dans le pays de Luxembourg, et je l'ai fort exhorté à suspendre cette déclaration. Sur les affaires, je ne luy ay répondu que des lieux

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cominuDS, et, en conlinuant de^le remercier de la co»« fiance qaMl veut ]mn me marquer, j'ay au^sy conlioué de Tasseurer que je n*estois pas dans le cas de traîtteir avec Uiy aucune affaire de ce genre, à quoy U a répliqué que cela ne Tempéchieroit pas de eoatinuer à me les confier.

Je joins aussy à celte lettre, Sire, les lettres arrivées de Vienne, de Varsovie et de. Londres; la première confirme ce que m'a dit M. de Mercy de la négotûition de M. Thugut à Conslantinople ' ,. mais ce que M. le prince de Kaunita a dit à M. Durand de ses conversations avec M. Oriow n'est pas tout à fait conforme à ce q^oe- mi'en a rapporté M. de Mercy, qui prétend que le chancelier de la cour de Vienne n'a pas caché au «féaér^l russe la résolution de Leurs Majestés Impériales de ne pas permettre l'affaiblis* sèment de l'empire ottomftu ny aucun chang^i^ment senr* sible dans les possessions des puissances du Nord.

La lettre de M. d'Éon détruit les bruîls qui se sont répandus depuis quelques jours sur son enlèvement. U est fâcheux qu'uue épisode aussy extravagaiite vienue encore le remettre sur la scèae. U n'y a au surplus aucune réponse à luy faire puisqu'il est en Irlande, et on ne luy enverra l'argent ^li luy est deub qu'à son retour.

J'ay différé. Sire, d'avoir l'honneur de vous entretenir du sieur Rossignol A mon arrivée de Ruffec, il m'apprit que MM. les ducs de Choiseuil et de Praslin l'avoient l'un et l'autre dépouillé des places de consul et de résident qu'il occupoitàPétersbourg. Le ministre delà marine luy aasseuré en même temps une pension de 2,000 livres, mais M. de Choiseul, en luy accordant aussy uu pareil iraittemeut sur les afllaires étrangères ^ a décidé que la montant de ce traiitement luy seroit retenu jusqu'à ce que M. de Beausset, héritier de celuy qui a esté m.iuisire eu Russie , ait esiè

' Voyex rÉtude ppélimiaaipe , p» ïMei 165.

remboursé d'une somme de 30^000 livres que le sieur Rossignol^a touché du produit de la vente des efTects dece ministre, et qu'il a employé à des affaires secrettes sur les ordres que j'ay vu de M. de Choiseuil, mais qu'if n'a jamais voulu reconnoistre. C'est une tracasserie dusieur Gérard qu'il est impossible de laisser supporter au sieur Rossignol. Je l'avois toujours asseuré depuis cinq* mois qu'on pourroit arranger son affaire avec le nouveau ministre des affaires étrangères, et que je demanderoisr après cette décision à Vostre Majesté de vouloir bien luy continuer le traittement dont il jouit sur l'affaire secrette; et comme il est extrêmement tourmenté de l'incertitude* de son sort, je me suis déterminé à mettre à vos pieds, Sire, ses très-humbles prières. C'est un ancien serviteur qui est depuis vingt-cinq ans* dans les affaires et qui a toujours esté chargé de la correspondance secrette avec M. d'Havrincourt, jusqu'au moment qu'il a été placé comme consul et résident à Saint-Pétersbourg; il me paroit digne de recevoir des marques de la bonté et de la générosité de Vostre Majesté, et la médiocrité de sa fortune le met dans le cas d'en avoir le plus grand besoin. Je suis, etc. Le comte de Broglie^

GCGLII. — LE œMTE DE BROGLIE A LOUIS \V.

[Aalogr. Arch. de l'Emp. K. 157.]

'Paris, 25 juin 1771,

J'ay l'honneur d'envoyer cy-jointes à Vostre Majesté Iroi? expéditions de Vienne et trois de Varsovie qui sont arrivées presque en même temps; quoyque les unes et les autres contiennent des détails intéressants, elles n'annoncent encore rien de décidé sur la tournure que les affaires doivent prendre incessamment tant en Pologne que du . costé de la Hongrie. J'y ai seulement veu avec peine la

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confirmation des désastres arrivés aux pauvres confédérés, dont je soupçonne que Tardeur du sieur Dumourier aura bien pu estre la véritable cause. Cet échec arrive bien mal à propos dans le début du ministère de M. le duc d'Aiguillon, qui m'en a paru un peu efiarouciié; et j'ai bien peur qu*il n'en résulte l'abandon total de ces malheureux Polonois. J'ose cependant suplier Vostre Majesté de considérer les efforls qu'ils ont fait depuis trois ans sans estre secourus de personne, et le bon usuf^e qu'ils avoient fait du peu de secours qu'ils ont reçu. Le sieur Dumourier cherche à . rejeter son imprudence sur leur lâcheté, même, dit-il, sur la trahison de quelques-uns des chefs Quelqu'un qui connoitrolt mieux et les hommes et les affaires se seroit attendu à trouver de tout cela dans une multitude rassemblée au hasard, et en conséquence, il ne se seroit pas commis vis-à-vis une milice nationale et enrégimentée. Le remède à tout cela ne seroit peut-être pas si difficile, si la cour de Vienne désiroit le bien de cette malheureuse nation, mais je soupçonne qu'elle l'aime mieux debellée que victorieuse; elle sera plus dans le cas de subir la loi qu'on voudra luy faire, et c'est là l'altitude oii ses ambibitieux voisins la désirent. C'est dans Vostre Majesté, Sire, qu'est leur unique ressource. Le nouveau ministère ne sauroit connoitre encore combien le sort de cette république est politiquement intéressant pour la France, et le nouvel ambassadeur qu'on nomme pour Vienne le connoitra encore bien moins; c'est ainsi que la Providence réunit touttes les circonstances pour la destruction de nos intérests et de nosire sistème dans cette partie de l'Europe , etc. Le comte de Broglie.

J'ay eu Thonneur, Sire, de demander il y a quelque temps les ordres de Vostre Majesté au sujet du sieur Rossignol et de luy proposer de luy continuer le traittement

qu'il a sur la caisse sccrette en considération des malheurs qu'il a éprouvés lorsque \L le doc de Choiseul Ta retiré de Russie, et à condition d'aider au travail de la correspondance lorsque les circonstances l'exigeront; je la suplie de vouloir bien me faire connoitre sa volonté à cet égard, affin que je Ten instruise et qu'il puisse former son establissement à Paris si sa présence y est nécessaire. Je suis, etc. Le comte de Brogue.

Au bas de la lettre^ de la main du Roi. J'approuve ce que vous proposes pour le sieur Rossignol.

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