‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 148 sur 253 · POUR LE PROCUREUR · texte numérisé non relu

POUR LE PROCUREUR

Monsieur, quoique le rappel de M. le maréchal et de i\L le comte de Broglie doive être aussi utile et aussi né-

1 Le prince Charles de Saxe, duc de Courlande et fils d'Auguste III.

2 M. de Beausset fut envoyé en Russie ainsi que il. Rossignol, l'un comme ambassadeur, l'autre comme consul.

^ Ce fut en vertu de cette résolution que, par ordre du Roi, le 17 mars 1764, l'ambassadeur de France auprès de la république de Pologne remit au Primat une déclaration, où, sans donner l'exclusion à un étranger, la France inclinait à ce qu'on éliit pour roi un Polonais. L'ambassadeur ajouta : » La Pologne compte des grands hommes parmi les rois Piastes. » Le comte de Mercy, envoyé autrichien, fit une déclaration dans le même sens.

* C'est-à-dire pour Tercier. Voyez l'Elude préliminaire, p. 115.

cessaire au service du Roi que favorable à la justice, à la décision de mon affaire, je ne puis pourtant vous dissimuler, Monsieur, tout mon élonncnient sur votre silence absolu, ainsi que sur celui de M. le comte de Broglie dans la position cruelle où m'a plongé la méchanceté, pour ne vous dire plus, du comte de Guerchy, et son inimitié particulière contre la maison de Broglie , qui est la véritable origine de mes malheurs.

Votre silence et ma position sont tels que je renvoie M. Nardin ' à Paris, auprès de son ami la Rozière ; il lui rapportera de vive voix tout ce qui s'est passe ici depuis son départ, et celui-ci vous remettra cette lettre pour vous prier instamment de me faire une réponse catégorique sur l'espérance ou la non-espérance que je dois avoir, afin qu'en conséquence je prenne mon parti. Il est bien triste, après m'ètre sacrifié d'aussi bonne grâce que je l'ai fait pour l'utilité et la dignité du service du Roi, d'en venir à de pareilles explications, ou plutôt à de telles extrémités. Vous sentez toute la force de ce que je veux dire. Je n'abandonnerai jamais le Roi ni ma patrie le premier ; mais si par malheur le Roi et ma patrie jugent à propos de me sacrifier en m'abaudonnant, je serai bien forcé malgré moi d'abandonner le dernier, et, en le faisant, je nie disculperai aux yeux de toute l'Europe, et rien ne me sera plus facile, comme vous devez le sentir. Ce sacrifice sera bien dur pour moi, j'en conviens, mais il coûtera aussi bien cher à la France, et cette idée seule m'arrache des larmes.

Voilà cependant les extrémités et les fatales résolutions que peiivenl engendrer l'ingratitude et l'intrigue qui soutiennent un ambassadeur aussi indigne de ce titre que le comte de Guerchy.

' M. de A''ardir), paront dp d'Eon.

CORRESPONDANCE SECRIiTR. 31»

secret, et je serois à celte extrémilé forcé de justifier ma conduite, autre malheur encore plus grand que le feu mis par le peuple à l'hôtel de France '.

Je suis... D'EoN.

Page 1