‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 154 sur 253 · CCXII. — LE CHEVALIER D'ÉOX A TERCIER · texte numérisé non relu

CCXII. — LE CHEVALIER D'ÉOX A TERCIER

[Dépôt des affaires étraiijjèies. — Mcm. de d'Eon, t. II, p. 32. J

Londres , le 27 mars 1764.

Monsieur,

J'espère que M. Nardin, que j'ai dépêché le 23 au matin, pour rejoindre son ami La Rozière, et pourrons faire remettre par son canal une lettre de moi très-urgente, «st actuellement bien près de vous, et en état de dire à la Rozière ce qui s'est passé ici depuis quatre mois. Le comte de Guerchy ayant jugé à propos de faire imprimer «ne apologie mensongère de sa conduite, ou plutôt un libelle contre moi rempli de méchanceté et de calomnie ; après avoir bien attendu et patienté, j'ai été forcé d'y répondre par mémoires et lettres sans réplique. J'ai donc publié mon mémoire, et je l'ai fait gros à dessein, et par là il couvre parfaitement bien le projet de notre grande affaire secrète.

Notre pauvre ambassadeur, ne sachant où donner de la tête, n'écoute plus que sa vengeance aveugle. Il a couru chez son ami le duc de Bedford, homme encore plus violent que lui : il a couru chez tous les autres ministres,

* Inc note de Tercier mise sur le registre du dépôt des affaires élraiigèrcs où cette lettre est transcrite, est ainsi conçue : a Cette lettre étoit adressée au R. P. Loris, rue du Regard, et m'a été envoyée par Sa Majesté le 5 avril 1764. i Le P. Loris était une adresse supposée.

pour faire prendre le livre, tuais (oui cela n'a pu réussir qu'à y avoir mis bon ordre, A présent, il remue avec le duc de Bcdford ciel et terre j)our tâcher de me faire arrêter par force ou subtilité, pour me renvoyer en France. J'ai été averti hier au soir par un ami du duc de Bedford que le comte de Guerchy avait employé le vert et le sec pour rendre furieux le duc contre moi. Celte même personne m'a aussi averti hier matin que, dans le conseil de Saint-James, les ministres avoient dû délibérer entre eux pour aviser aux moyens de m'arrèter et de me livrer à la France; mais il n'a pu m'apprendre la décision. Voilà, Monsieur, l'intéressant, et il est de la dernière conséquence que Sa Majesté ait la bonté d'ordonner au comte de Guerchy de me laisser tranquille. Je vous préviens bien sérieusement que le premier qui viendra chez moi ou qui m'attaquera dans la rue sera tué sur-le-champ, n'importe qui, et je n'envisage pas les suites.

Je vous préviens encore que quelques chefs de parti de l'opposition envoient tous les jours chez moi pour voir s'il ne m'est rien arrivé; et, à la première entreprise qui serait faite contre moi, l'hôtel de l'ambassadeur et tout ce qui sera dedans sera mis en pièces par ce qu'on appelle ici les hoh , les matelots et autres canailles de la Cité, qui sont aux ordres de l'opposition. Vous sentez tous les malheurs qui sont sur le point d'arriver. Le comte de Guerchy ignore tout cela ; il n'est pas assez éclairé pour le prévoir, et, quand il le prévoiroit, il ne l'écriroit pas et le déguiseroit au Roi. Vous savez que je ne vous ai jamais trompé : je ne voudrois pas le faire dans un cas si important et si pressant, et je ne dois pas vous dissimuler que si j'élois une fois pris, après vous avoir averti si bien et depuis si longtemps, sans que le Roi ait apporté un remède salutaire, alors je ne me regarderois plus tenu au

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dernières dépesches. Ce sera le pluslost que ma position me le permettera '.

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