CGCXXVII. — LE COMTE DE BROGLIE A AI. DE BI5ETELIL
[rlassan , Hisl. de la diplomatie , 1. \ II , ]). 12.]
[Août 1768.]
Le sieur Dubois m'a envoyé ici, Monsieur le baron, la
< Celte pièce est par erreur tlaléc de l'an 1767 dans Y Histoire de la diplonuflie de AI. de Flassan.
CORRESPO\'DA\Cr SKCRMTK. VO?,
copie clos niomoircs dont vous lui avez donné conimiinicalion cl qui vous ont été remis par le ministre des affaires étrangères pour vous servir d'instruction dans le poste oii vous venez de vous rendre '.
J'ai remarqué en les lisant que les mémoires 1, 3 et 4, qui sojît annoncés dans l'instruction, ne s'y trouvent pas joints et qu'il n'y a seulement que le n" 2 relatif à l'espèce de négociation que vous devez entamer avec M. de Tliulemeyer. Je crois que les n"' 3 et 4, qui, selon ce qui est indiqué, n'ont de rapport qu'an cérémonial à observer avec les différents ministres, seroient assez inutiles à mettre sous les yeux de Sa Majesté, mais il n'en est pas ■de même du n" 1 , que l'on dit contenir le système politique adopté par le Roi vis-à-vis des Provinces-Unies; je vous prierai de me l'adresser. Quant à ce qui regarde le renouvellement des liaisons avec Sa Majesté Prussienne, auquel vous avez ordre de travailler, vous êtes trop éclairé pour ne pas sentir la conséquence d'une pareille démarche, surtout dans une circonstance aussi critique que celle oii se trouve l'Europe aujouid'hui.
Vous vous doutez aussi certainement que votre correspondance avec M. de Thulemeyer excitera l'attention du ministre de Vienne à la Haye, et vous n'ignorez pas l'importance dont il est de ne faire naître aucun soupçon à la cour de Vienne. 11 seroit donc inutile que je cherchasse à vous rappeler la prudence et la dextérité dont vous avez besoin pour que vos liaisons avec le ministre de Prusse ne causent aucun ombrage à M. de Reischack. Je compte que vous ne laisserez ignorer à Sa Majesté aucun détail de vos entrevues et que vous redoublerez de soin pour tâcher de pénétrer quelle est la véritable façon de penser du roi de Prusse sur tout ce qui se passera en Pologne. Vous
' Voyez dans Flassan ces insfruclions, en tlalc d'août 1768.
savez combien il scroit avanla'jenx de pouvoir en êlre instruit avant le départ du ministre qu'on se propose d'envoyer à Berlin, aiin d'être en état de lui donner des instructions en conséipience.
J'imagine, Monsieur le baron, que depuis votre arrivée en Hollande, vous y aurez déjà entendu parler de la Corse. M. le général York elierclie certainement à grossir les obstacles que nos troupes y éprouvent et à donner à cette entreprise le vernis le |)lus désagréable. Cette conduite ordinaire de la part des ambassadeurs anglais doit j)eU nous affecter; mais ce qui est intéressant, c'est de savoir s'il insinue au\ Klats généraux que sa cour prend assez d'intérètau sort des Corses |)Oui- leur destiner des secours, et si elle ne leur en donne pas déjà de cachés, en attendant qu'elle veuille agir ouvertement. Il faut convenir qu'il y a lieu de le soupçonner en voyant la manière dont Paoli reçoit et nos déclarations et nos attaques. Si l'Angleterre se mêle de cette querelle, quel degré d'importance cela n'y ajoute-l-il pas! J'espère que vous démêlerez mieux et |)lutôt qu'un autre le jugement qu'on doit en poiter.
Ouoique je vous adresse cette lettre de lluffec, où je serai encore quelque temps, elle ne partira cependant pas sans avoir reçu, comme toutes celles que j'aurai riionneur de vous écrire, l'approbation de Sa Majesté.
Le comte de Broglie.
De la main du Roi.
' Vienne est instruit de toutes nos démarches avec le Roi de Prusse.