CCCWXV. — LOLTS XV AL COMTE DE BROGLIE
[Auloiji'. Arcli. de l'Enip. Iv. 157.] '
A Versailles, ce 21 mars 1770.
M. le prince Charles ^ m'a parlé hier dans son audience. 11 a remis de grands mémoires à M. de Choiseuil. Les secours d'hommes sont impossibles, ceux d'argent bien difficiles, et l'employ un peu doutleux. Quand nous aurons vu les mémoires, nous verrons ce qu'il sera possible de faire pour la Pologne. A l'égard de la Porte, un traité avec cette puissance est bien scabreux. Un secours pouroit amener la guerre, ce que je ne veux pas.
M. Pit est un fol, et fol dangereux''. Ce qu'il a dit de nous mériteroit la corde, et rexéculion seroit dans tout autre pais. Quels cruels voisins nous avons là!
1 11 s'agit de l'abbc de Prado.
2 Les six mille francs dont il est ici qncsiion n'étaient pas destinés, à titre de trailciiunl , an comte de Broglie, mais bien anx différentes dépenses de la correspondance secrète.
•'' Le prince Cliarics de Lorraine, frère de l'cmpcrenr P'rançois.
'' Londres élait alors en combnstion : AL Pilt, qui avait quitté le ministère, atlaqna violemment au Parlement la politique étrangère du ministère, et se répandit en éloquentes invectives contre la France.
CORRESPOND.W'CK SKCRKTK. 409
<:CCX\XVI. — ORDUK I)K LOriS \V HKLAÎ'IK Al, SIKUR GIRAILT.
[Aulo.ir. Aicli. (le lF.m|). K. 157.)
5 tTiiiy 1770.
J'ordonne au sieur Girault", que le comte de IJroglie ni'a proposé pour secrétaire auprès du sieur Durand , (jue j'envoie mon ministre plénipotentiaire à Vienne, de j^arder le plus grand secret sur tous les objets de son travail ainsy que sur ce qu'il jugera à propos de lui confier, et de n'en communiquer avec qui que ce soit sans exception, soit en France, soit à Vienne, en Pologne ou ailleurs, qu'avec les personnes qu'il lui indiquera. Afon intention est qu'il soit paie au sieur Girault la somme de deux mil livres de France, à commencer du 1" janvier de cette année, que le sieur Durand lui remettra de ma part, dont je le l'airay rembourser. Louis.
À \'cr,saillos, ce 5 mai 1770.
CGGXWVII. — LOI IS W AU COMTE Di: BRO(JLIE.
[.lutogr. Aicli. (le l'Eiiip. K. 1Ô7.]
■\ Versailles, ce 6 juin 1770.
Come l'on ne scait ce qui peut arriver, si Durand n'est pas parti, inontres-lui ce billet, sinon envoies-lui-en la copie bien chiffrée. Qu'il examine bien la ligure de la leste aux pieds, sans rien excepter de ce qu'il lui sera possible de voir de l'archiduchesse Elizabeth, et qu'il s'informe de même de son caractère, le tout sous le plus grand secret, et sans trop donner de suspicions à Vienne, et il en rendra compte, sans se presser, par une occasion sûre '.
' Il ne faut pas confondre M. (lirault avec M. Géi-aull. Ge dernier, qni élait aussi aHilié à la correspondance secrète, restait à demeure à V^irsovic, d'où il correspondait avec le comte de Rrojjlie.
- Ge billet est relatif an projet du Roi d'épouser une arcliiducliesse d'Autriche; sur ce projet de mariage, voyez l'I^lude préliminaire, p. iVS.
cccxxxviii. — xoTK m: \i. duiwd a louis xv
SUR L'ARGHIDUCHKSSE ELISABETH'.
fOriy. cliiffré. Arcli. de rKm|). K. 157.]
Juin 1770.
La personne dont il s'ajjil éloit, avanl la pclilc vérole , la plus belle de sa famille; elle n'est ])as grande, mais très bien prise dans sa taille, sans tache ni difformité sur son corps, du moins à ce que dit une femme qui pénètre jusque dans l'intérieur le j>lus intime. Ce n'est que depuis peu que les cils de ses paupières , que la petite vérole avoit lait tomber, commencent à reparoître. Celle maladie a grossi les traits de son visage; le nez et le teint ont souffert, le bas du visage est éfilé, la bouche assez bien garnie sans être à l'intérieur d'une forme parfaite; sa chevelure est blonde tirant sur le châtain, le front n'a rien d'irrégulier, les yeux sont bleus, le regard a de la douceur et delà vivacité. Il n'y a rien de choquant dans cet assemblage, la figure est gracieuse et la démarche est fort noble. Le caractère plaît encore davantage. On y trouve de la dignité sans hauteur, de la gayeté et de l'affabilité. Si qnel(]uefois il échape quelques traits d'humeur et d'impatience, on est la première à en demander des excuses à ses propres domestiques. La répartie chez elle est prompte. Son frère lui disoit un jour qu il éloit fâché de ce qu'on ne pouvoit trouver à la marier. « Que ne m'achète-t-on un mari, reprit-elle, comme on a fait pour ma sœur? » Elle aime un peu trop peut-être à relever les ridicules; c'est la seule chose que j'aye entendu censurer dans son caractère. Sa sœur depuis deux ans lui parle souvent d'un certain établissement, à quoi elle ne répond qu'en marquant
' li s'agii ici de Alaric-Llisabctli-.fo.sèplic-Jcaiine-Antoiiiettc de Lorraine, arcliiduchcssc d'Aulriche, fille de Marie-Thérèse et de François, née le 13 août 17i»-3, morte sans alliance, ahbesse du chapitre noble d'Iiispruck.
COKRESPONDANCE SECRKTM. Mi
la salisfaction qu'il lui causeroit. Des propos tenus par la conilcsso Salnioiil Icroicnl croire qu'elle csl initiée dans une secrète négotialion , ayant rejeté avec vivacité l'idée qu'on en avoit d'un mariage et ayant répondu (ju'on en Iraitoit un d'un genre bien supérieur et que la sœur n'avoit lien mieux à faire que de rejoindre la sœur '. La retraite dans laquelle on vit ici empêche qu'on ne puise dans des sources; quoiqu'on n'ait négligé aucune occasion d'approcher de la personne, ou n'a pu y parvenir que rarement.