CXII. — LOriS X\ A TRRGIER
[Autour. Aich. (If rEnip. K. 15".]
Ce 29 juillet 1700.
J'ay lu un peu lard votre mémoire sur r.^nfjleterre. Je trouve boM que vous écrivies ])0ur en vérifier les faits et suivre cette nouvelle secte dont j'avois déjà entendu parler pour l'Allemagne, M. de Sinzendorf étant de ce pais là".
* V^oycz l'extrait des instructions de AI. de Clioiseul aii.xqnelles le Roi fait allusion, ii" Cl, 16 mars 1760.
- V oyez sur AL Sinzendorf et sur les faits au.xquels celle lettre fait allusion, l'Ktude préliminaire, p. 105 et 106. — Il pourrait être fait allusion dans cette lettre à la scclc des îllélliodistes.
CORRESFOMDAMCK SKCRKTE. 2r)7
OXIII. — LOUIS XV A M. I)K nRETELHI, «.
(riassan , Hisl. de la diplomatie , t. \I. p. 229.]
16 août 1760.
Monsieur de Breteuil, la copie ci-jointe de ce que l'Impératrice de Russie m'a fait parvenir par le canal de M. Woronzow vous fera connoître combien cette princesse est peinée de la déclaration que M. le duc de Choiseul a donné ordre au sieur Durand de faire au sujet du comte Poniatowski. On étoit, il est vrai, persuadé que le séjour de ce ministre à Pétersbourg étoit contraire aux intérêts de l'alliance par ses liaisons avec l'Angleterre, les préventions favorables qu'il inspiroit à la grande-duchesse, les intrigues que cette princesse pouvoit entretenir par son moyen avec le comte de Briihl, et la jalousie du grandduc, ainsi que les tracasseries qui dévoient en résulter.
Vos instructions secrètes ont prévu tout ce qu'on pouvoit craindre de son retour à Pétersbourg, et vous avez eu ordre de l'empêcher, autant qu'il dépendoit de vous, sans choquer ouvertement la grande duchesse. Le duc de Choiseul, ignorant mes instructions secrètes, s'est conduit sur un autre principe : il a pensé que la facilité que l'on apporteroit au retour du comte Poniatowski ralentiroit l'amour de la grande-duchesse, irrité jusqu'à présent par les obstacles, et que, perdant insensiblement le goût qu'elle a pour ce ministre, elle pourroit même passera des sentiments opposés : qu'en évitant de lui donner un motif si puissant d'être contraire aux vues communes , on ne courroit pas les risques de ses liaisons avec le comte Poniatowski, que le dépit ou la jalousie pourroient aussi ramener aux vrais principes. Le duc de Choiseul a cru de plus qu'il ne convenoit pas que mes ministres à Varsovie parussent entrer dans des intrigues si familières au
' Celte lettre est de Tciticr, revue et approuvée par Louis W. I. 17
comte de liriilil. En conséquence, il a ordonne au sieur Durand de déclarer que je ne m'opposerois point au retour du comte Poniatowski. Peut-èlro le comte de lîruhl a-t-il lait valoir cette déclaration au|)rès du Roi son maître pour l'engager à cette nomination. L'Impératrice de Russie s'en plaint, et demande que j'ordonne au sieur Durand de se rétracter. Il n'est pas possible de dire à cette princesse quelle a été la manière de penser du duc de Choiseul en donnant cet ordre : il convient cependant de la satisfaire. Vous direz donc à M. de VVoronzow que l'intention de mon ministre n'a jamais été de contribuer à quelque chose qui put être désagréable à l'Impératrice ;. qu'il a toujours supposé que si le lloi de Pologne honoroit une seconde fois le comte Poniatowski du caractère de son ministre à la cour de cette princesse, ce ne seroit qu'avec la certitude qu'elle y consenliroit ; qu'il n'étoit pas à présumer que les personnes qui désiroient le retour du comte Poniatowski le sollicitassent à l'insu et sans la mutuelle approbation de l'Impératrice; que, dans celte supposition si vraisemblable, il ne convenoit pas que je parusse gêner le Roi de Pologne sur une chose déjà concertée entre les deux cours ; qu'ainsi la déclaration du sieur Durand n'est censée avoir lieu que dans le cas d'un consentement réciproque ; que cette condition manquant de la part de l'Impératrice, loin que mes ministres parlent en faveur du comte Poniatowski, ils auront ordre de se conformer à ce que celte princesse fera exposer à ce sujet. D'après cet exposé, M. de Woronzow^ doit sentir que c'est à l'Impératrice elle-même à faire connoître ses intentions. On ne peut douter que le Roi de Pologne, aussitôt qu'il en sera instruit, n'abandonne, malgré les sollicitations qu'on pourra lui faire, toute idée de renvoyer le comte Poniatowski à Pétersbourg. On ne sera
pas surpris alors de voir mes ministres parler, s'il est nécessaire, contre ce retour, cl ce qu'ils diront sera regardé comme l'effet de l'union (jui doit régner entre de fidèles alliés ; mais on seroit étonné si les ministres de l'Impératrice ne se plaignant point, le sieur Durand alloit faire une rétractation qui paraîtroit déplacée, personne ne la demandant, puisque l'Impératrice n'y paroîtroit pas. Cette démarche donneroit lieu à des conjectures suivies de tracasseries qu'il faut éviter. Je ne doute pas que l'Impératrice, lorsque AI. deWoronzow lui fera rapport de ce que vous lui aurez dit, ne soit satisfaite, et qu'elle n'insiste plus sur cette rétractation. C'est à sa cour que l'on veut envoyer un ministre qui ne lui seroit pas agréable, et c'est à elle de le faire connoître. Vous ne pouvez trop appuyer sur ce principe auprès de M. de Woronzow, afin qu'il inspire à celte princesse la fermeté qu'elle doit avoir dans cette occasion. La connoissance que vous avez de mes motifs secrets doit vous engager à vous servir auprès de ce ministre de toutes les raisons que vous pourrez employer pour lui donner aussi le courage nécessaire. Quanta la grande-Juchesse, quelle que puisse être sa vivacité sur cet article, vous pourrez lui faire entendre, si elle vous en donne l'occasion, qu'il n'est pas possible de la favoriser dans une affaire à laquelle l'Impératrice est si opposée. Vous tirerez même avantage de la déclaration du sieur Durand pour faire observer h cette princesse, cependant avec beaucoup de ménagements, que le retour du comte Poniatowski n'auroit point trouvé d'obstacle de ma part, mais qu'on ne peut aujourd'hui prendre parti en sa faveur ; que ce seroit même exposer cette princesse à des désagréments qu'elle doit lâcher d'éviter. La manière dont celle princesse recevra ce que vous lui direz vous fera connoître ses intentions, et vous en profi-
lercz pour régler votre conduite en conséquence, soit en la ramenant à des principes plus convenables à ce qu'elle se doit à elle-même, soit en se précautionnant contre ce que sa passion pourroit lui conseiller.
CXIV. — TKRCIKH , AL .\()M 1)1 HOI , A M. DE WOROXZOF, l'OLR (:OMMi:XI(,)l KU A L'IMI'KHATIUŒ DE RUSSIE.
[Flassaii, Hist. de la diplomatie, t. VI, p. 2-28. ]
(16 août 1760.)
AI. de Breleuil a dû communiquer à Votre Excellence la confiance dont Sa Majesté l'a honoré, en l'instruisant de la corresj)ondanco établie entre elle et Tlmpératrice de Russie par le canal de Votre Excellence. Ce ministre ne peut, monseifpieur, commencer à exécuter les ordres secrets de Sa Majesté d'une manière plus conforme à leur objet qu'en exposant à l'otre Excellence les intentions du Roi sur ce qu'elle me marque par rapport à M. Poniatoviski. M. de Breteuil, informé avant son départ du désir que Sa Majesté aura toujours de concourir à ce qui peut être agréable à cette princesse, vous dira, monseigneur, ce qui a donné lieu à la déclaration de M. Durand, et le peu d'effet qu'elle doit avoir, depuis que Sa Majesté sait précisément que le retour de M. Poniatowski à Pétersbourg déplairoit à l'Impératrice. Sa Majesté, en conséquence, m'a ordonné de faire passer ses ordres à M. de Breteuil. Elle ne doute pas que l'Impératrice ne soit satisfaite lorsque Votre Excellence lui fera le rapport de ce que ce ministre lui aura dit.