CXXXVII. — LOUIS XV AU RAROiV DE RRETEUIL
[Flassan , Hist. de la diplomalie , t. VI, p. 328.]
9 février 1762.
Monsieur de Breteuil , la mort de l'Impératrice de Russie m'a fait une véritable peine par les sentiments de l'amitié qui m'unissoità elle. Cette union, fondée autant sur des principes que sur des intérêts communs dans la circon-
' Cette observation prouve l'attention minutieuse de Louis XV. ■- Lettre rédigée par Tercier, mais revue et approuvée par le Roi.
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slancc actuelle, me devenoit de plus en plus chère el nie donnoit lieu d'espérer, par nos efforts réunis, à la paix qui fait l'objet de tous nos soins.
Il est inutile d'entrer aujourd'hui dans ce qu'il auroit j)cut-ètre été convenable de faire pour engager cette ))rincesse il changer, selon le dessein qu'on lui supposoit, les dispositions qu'elle ai oit faites pour sa succession. La tranquillité avec laquelle le nouvel Empereur est monté sur le trône ne nous laisse plus que le soin de nous occuper à le maintenir dans les mêmes principes que l'Impératrice défunte a suivis, el à veiller sur toutes ses démarches, pour n'être pas surpris s'il en adopte d'autres, malgré ce qu'il doit à la mémoire de cette princesse ; mais son goût pour la guerre et l'admiration qu'il a toujours marquée pour le Roi de Prusse pouvant faire craindre du changement dans les opérations des armées russes , vous devez être extrêmement attentif à cet objet , ainsi qu'à découvrir ce que ce prince peut penser par rapport à la paix de l'Allemagne.
Je sens que dans ces premiers moments il n'a pu encore se déclarer et qu'on n'a pu rien pénétrer; mais lorsqu'il aura donné ses soins les plus pressants à l'intérieur de son empire , il s'occupera des affaires extérieures. La connoissance que vous avez de tout ce qui peut intéresser mon service me dispense d'entrer aujourd'hui dans des détails, me proposant d'ailleurs de vous envoyer de plus amples instructions sur ce qui fait l'objet de celles qui vous ont été remises particulièrement.
II est heureux que ce prince ait conservé le chancelier Woronzow en place. Vous direz à ce ministre que je ne doute pas qu'il ne continue à me donner sous ce nouveau règne les mêmes preuves d'attachement qu'il m'a données sous le précédent, et qu'il doit être sûr que non-seiilc-
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ment je lui en saurai le même gré, mais que même clans toutes les occasions il pourra compter sur les bons oflices que mes ministres en Russie et ailleurs pourroient lui rendre.
Quoique l'Impératrice ne paroisse pas avoir du crédit, vous devez cependant, autant que vous pourrez, tout concilier avec ce qui est dû à l'Empereur et tâcher de mériter la continuation de la confiance qu'elle vous a marquée n'étant que grande-duchesse.
Je ne sais si les Czatoriski, connoissant les raisons que le grand-duc avoit d'éloigner Poniatowski , oseront proposer au Roi de Pologne de le renvoyer à Pétersbourg pour complimenter l'Empereur, et si l'Impératrice le reverroit avec le même plaisir qu'autrefois. Vous pourriez vous entendre sur cet article avec mon ambassadeur en Pologne, qui feroitsentir au couile deBriihl que ce qui a pu blesser le grand-duc, qui pendant la vie de l'Impératrice n'avcit aucune autorité, ne pourroit plus ne pas lui être aussi sensible aujourdhui qu'il est empereur, et que ce seroit le blesser que de lui envoyer quelqu'un qui a pu l'offenser sur un point aussi délicat ; mais ce seroit une chose à traiter avec toute l'adresse possible pour ne point déplaire à l'Impératrice, si vivement peinée lors du départ de Poniatowski.
Quoique les Czatoriski aient fait vers moi quelques avances, je ne crois cependant pas qu'on doive y compter dans ce moment-ci, où ils pourront renouer leur ancienne liaison avec la Russie et l'Angleterre. Ainsi , le meilleur seroit toujours d'éloigner de Pétersbourg un agent aussi dangereux que Poniatowski. C'est à quoi vous devez, ainsi que AI. de Paulmy, employer tout votre art, par rapport à l'Empereur, à l'Impératrice , à la maison des Czatoriski et au comte de Briihl en particulier. Vous devez observer I. 18
aussi soigneusement si tous n'iuliigueul pas à Pélersbourg.
Ali bas , (Je la main du Roi :
Approuvé.
CXWVIII. — LoriS W A TERCIER.
fAutugr. Arcli. di- IKnii). Iv. 1Ô7.J
A \ (Tsiiillcs, ce 27 mars 1762.
Je vous envoicray le |)lus tosl (|u'il me sera possible i'argent que vous désires; ce ne sera pourtant pas avant le mois d'avril ny en un seul paiement.