ADMISSION A L'ÉCOLE ROYALE POLYTECHNIQUE
J)iscours prononcés a V ouverture des%xamens.deï Ecole Polytechnique j en 1814 et en iSi 5 y par M. le Comte de Chabrol ^ Préfet de la Seine.
Paris, 3 août 1814.
tt Messieurs ,
T) La circonstaDce qiii rassemble ici la majeure partie des candidaU à TEcoIe Polytechnique , réveille chaque année chez moi le même intérêt et les même» souvenirs. .
D C'est a vous, messieurs, à maintenir, par vos études, une Ecole célèbre 1 estimée, chez tous les peuples de l'Europe autant qu'elle Test en France. Plusieurs aentr • vous contribueront sans doute à Tillustration de cet établissement destiné à traverser toutes les époques de nos révolutions sans en éprouver aucune atteinte.
. n Tel est le sort des institutions libérales et utiles , on y relent toujours avec empressement, et elles s'adaptent d'ellesmêmes à toutes les circonstances politiques ; celle-ci , dès son principe, eut pour but de former des sujets que l'on pût employer avec confiance dans toutes les carrières. Elle est propre à Êûre germer et à développer de erandes vues, à élever les pensées et à faire entrevoir le grand ensemble qui lie entr'eux tous les arts qui concourent a la splendeur des Etats, et à établir entre tous les services cette harmonie et cet accord qui contribuent au succès des erandes entreprises.
n L'examinateur distingue ( M. Labey) , qui doit juger de vos talens , nous est cher à plus d'un titre. Sa longue expérierxs vous garantit , messieurs , que rien de ce qui peut déterminer son suffrage en votre faveur n'échappera à sa sagacité. Sa douceur vous permet d'user de tous vos moyens : elle doit borner cette timidité qui pourrait en restreindre le développement. Si tous les candidats ne peuvent être admis , un retard ne fera que les fortifier dans des études utiles.
y> Félicitez-vous, messieurs ,. d'être arrivés au degré d'instruction nécessaire pour soutenir l'examen de l'Çcole Pol3rtech ni que. Ce que vous avez acquis de connaissances pour y parvenir indique déjà que vous avez employé utilement le tems de votre jeune âge.
« Vous n'êtes pas étrangers à la littérature, et les sciences, exactes ne doivent pas vous la faire négliger \ elles doivent ser-
à vous mettre à même cPy porter une lo^gique plus forte , des. vérités plus exactes et mieux démontrées.
T) L'éloquence n*est puissante que par la force des raisonnetnens, par l'ordre des idées et l'enchainement des conséquences. Loin de nous l'idée de ceux qui croient que l'étude des sciences étouffe dans leur naissance l'élan des sentimens du cœur et les fleurs de la littérature : plusieurs génies ont prouvé qu'elles pouvaient se concilier; et si ces exemples sont rares, c'est qu'il est donné à peu d'hommes d'exceller à la fois dans plusieurs genres dilTérens.
î> Les carrières qui vont s'ouvrir devant vous seront désormais plus variées , et n'en seront pas moins importantes. Jusqu'ici la guerre réclamait le plus crand nombre des élèves de l'Ecole Polytechnique; plusieurs ont été moissonnés de bonne heure; une foule de jeunes talens ont disparu avant d'avoir acquitté toute leur dette à l'Etat ; mais du moins ont-ils tous laissé les exemples les plus nobles de leur dévouement à la Patrie.
r) Des faits biens récens encore , applaudis par tous les mi^ litaires , admirés par un ennemi généreux , ont montré sous lea murs de Paris , ce qu'on pouvait attendre d'élan , de sang-froid et de bravoure d'une jeunesse élevée dans la contemplation continuelle du service de l'Etat; auiourd'hui, messieurs, la paix e.-t donnée au monde , une famille auguste et révérée vient faire tesser une lutte qui a ensanglanté l'Europe et qui la menaçait d'une décadence rapide , suite nécessaire de la dépopulation causée par tant de Datailles meurtrières.
D Le commerce, les arts, les manufactures, la navigation réclameront particulièrement votre application et vos services. Vous vous y livrerez avec d'autant plus de joie que vous sentirez tout l'avantage de contribuer au bonheur des peuples, objet constant de la méditation d'un souverain, dont tous les désirs tendent à fermer les plaies de l'Etat. Contribuez , messieurs , de tout votre pouvoir, dans les carrières que voua devez parcourir , à le faire bénir par ses peuples ; c'est le sentiment qu'il réclame d'eux, et il doit principalement l'obtenir, à l'aide de ceux qui sont destinés à suivre l'exécution des sages projets de non administration paternelle, n
Parif , ler sep^emlïce i8i5.
u Messieurs ^
fi Vous allez entz^ dans la lice qui tous est cmyerte pour être admis i servir un jour votre pays par vos lumières et par votre courage. Cette noble destination vous impose des de-« voirs > comme elle tous promet de l'honneur. Pins les hommea
•ont éclaWa , plus fls doivent conraître et pratîqner les principes d* ordre et de soumission à rautorité. Si Tignoraoce est . une excuse pour la multitude aveugle qui marcbe sous la bannière des factions , il n'en est pas ainsi de l'homme instruit qui ]eur prête son appui. Il doit savoir que la prospérité publique et le bonheur privé dépendent de la stabilité du pouvoir su-" prême, et qu*il nest rien de stable sans un dévouement sincère , sans une fidélité inviolable enver» le prince légitiiae > revêtu de Tautorité et chargé du maintien des lois.
n Jeunes gens , espoir du Monarque et dô la Patrie , croyez aux conseils de celui qui vous a devancés dans la carrière que vous allez parcourir, et qui ne peut se rappeler cette époque sans la plus vive émotion. Au muieu des vicissitudes que j'ai pu éprouver, je nai jamais perdu le souvenir de ces heureux ins^ tans de la première jeunesse, où des principes, des goûts, des «tudes semblables forment des liens indissolubles pour le reste de la vie^ et fondent l'amitié sur l'estime.
I» C'est à ce titre > autant qu'à celui de magistrat , que j'ai droit de m*adrèsser à votre cœur, et j'ai l'orgueil de penser que ma voix ne sera pas comme un vain bruit qui résonne et se perd sans laisser de traces après lui.
n La Patrie et le Roi , le Roi et la Patrie I Ces noms sont inséparables ; telle est la maxime qu'un illustre prince proférait dernièrement au milieu de l'élite de nos concitoyens.. Placé le plus près du trône,, il considérait comme la première gloire celU d'être le premier et le plus fidèle sujet du Roi.
7) Puissent ces paroles mémorables., qui firent une si forte impression sur nous , produire le même effet sur vos esprits l Qu'elles vous servent constamment d'exemple et de leçon ; qu'elles soient toujours la règlje de votre conduite.
v> Si vous abandonniez jamais ces principes pour suivie les écarts des factions , en vain vous feriez des procurés dans les arts et dans les sciences, vos succès mên^e et vos taleus seraient un malheur pour l'Etat. Ils ne peuvent avoir de prix qu'autant qu!ils. serviront à consolider le trône et à l'environner du respect et de la vénération des peuple».
n Votre carrière , messieurs , peut être plus ou moins brillajite ^ €lle ne sera jamais véritablement honorée et embellie par la considération publique, sans la pratique des devoirs de sujet dans toute leur étendue , et le sentiment d'un ardent amour pour la Patrie et le Souverain.
n Ces vertus furent de tout tems familières aux Français; eltet doivent l'être plus que jamais , sous un Prince que l'Europe place avec justice au rang des Monarques les plus^ renommés j par ses. lamières et par ses vertus, p-
(4«SÎ CONCOURS DE i8i5.