‹ CorrespondanceChapitre 19 sur 50 · A CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

A CHARLES NODIER

changer à cet égard. J'avais demandé que ma pièce fût jouée; je ne demande rien autre chose.

Veuillez donc, Monseigneur, dire au roi que je le supplie de permettre que je reste dans la position où ses nouvelles bontés sont venues me chercher. Quoi qu'il advienne, il est inutile que je vous en renouvelle l'assurance, rien d'hostile ne peut venir de moi. Le roi ne doit attendre de Victor Hugo que des preuves de fidélité, de loyauté et de dévouement.

Je désire, Monseigneur, que Votre Excellence veuille bien mettre cette lettre sous les yeux du roi, avec l'hommage de ma vive gratitude et de mon profond respect.

J'ai l'honneur d'être. Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,

Victor Hugo.

A Charles Nodier.

2 novombn; 1829.

Et VOUS aussi, Charles!

Je voudrais pour beaucoup n'avoir pas lu la Quotidienne d'hier. Car c'est une des plus violentes secousses de la vie que celle qui déracine du cœur une vieille et profonde amitié.

J'avais perdu depuis longtemps l'habitucU^ de icncontrer votre appui pour mes ouvrages. Je ne m'en

plaignais pas. Pourquoi donc auriez-vous continué de vous compromettre dans une amitié publique avec un homme qui n'apporte à ses amis qu'une contagion de haines, de calomnies et de persécutions? J'ai vu que vous vous retiriez de cette mêlée, et, vous aimant pour vous-même, j'ai trouvé cela bien.

Peu à peu, du silence et de l'indifférence pour moi je vous ai vu passer à l'éloge, à l'enthousiasme, à l'acclamation pour mes ennemis, même pour les plus ardents, les plus amers, les plus odieux. Rien que de simple encore en cela; car, après tout, ce n'est qu'une chose personnelle à moi, et mes ennemis peuvent fort bien avoir de l'esprit, du talent et du génie. Cela est tout simple, dis-je, et loin de moi l'idée de m'en plaindre un seul instant. Je ne vous en aimais pas moins, et (vous auriez tort de ne pas me croire, Charles) du fond du cœur.

Je n'avais pas prévu, de là ma tranquillité parfaite, que c'était une transition naturelle, irrésistible peutêtre pour vous-même, à une guerre contre moi. Vous en voilà donc aussi. L'attaque d'hier est sourde, obscure, ambiguë, j'en conviens, mais elle ne m'en a pas moins frappé au cœur, elle n'en a pas moins éveillé brusquement, comme une secousse électrique, plus de vingt personnes qui sont venues s'en affliger avec moi.

Et quel moment avez-vous pris pour cela? Celui où mes ennemis se ralUent de toutes parts plus nombreux et plus acharnés que jamais, où les voilà ourdissant sans relâche et de toutes mains un réseau de haines

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et de calomnies autour de moi, le moment où je suis placé seul entre deux animosités également furieuses, le pouvoir qui me persécute, et cette cabale déterminée qui a pris poste dans presque tous les journaux. Ah! Charles! dans un instant pareil j'avais droit du moins de compter sur votre silence.

Ou bien, est-ce que je vous ai fait quelque chose? pourquoi ne me l'avez-vous pas dit?

Ce n'est pas que je réclame contre votre critique. Elle est juste, serrée et vraie. Il y a singuUèrement loin des Orientales à lord Byron! Mais, Charles, n'y avait-il pas assez d'ennemis pour le dire en ce moment?

Vous vous étonnerez sans doute, vous me trouverez bien susceptible. Que voulez-vous? une amitié comme la mienne pour vous est franche, cordiale, profonde, et ne se brise pas sans cri et sans douleur. Puis, je suis fait comme cela. Je ne m'occupe pas des coups de stylet de mes ennemis; je sens le coup d'épingle d'un ami.

Après tout, je ne vous en veux pas, déchirez cette lettre, et n'y pensez plus. Ce que vous avez voulu rompre est rompu, j'en souffrirai toujours, mais qu'importe! Si quelqu'un m'en reparle, je vous défendrai comme je vous ai défendu hier. Mais, croyez-moi, c'est une chose bien triste pour moi, et pour vous aussi, car de votre vie, Charles, jamais vous n'avez perdu d'ami plus profondément et plus tendrement et plus absolument dévoué.

Vir.TOii.

A M. le baron Taijlor.

3 novembre 1829.

Sur ma réclamation, M. de La Bourdonnaye m'écrit, mon cher Taylor, que Heriiani a été rendu au théâtre le Si octobre. Est-ce que cela est vrai et possible? Et comment n'en saurais-je rien? Vous seriez bien bon de m'écrire un mot qui me dît oui ou non, ou mieux encore, de me venir voir cinq minutes un de ces matins.

Votre ami,

A Adolphe de Saint-Valry.

Taris. 18 décembre 1829.

Que vous êtes bon, mon ami, de vous souvenir toujours un peu de moi, qui ai l'air de vous oublier tous! C'est que vous savez bien que je n'en ai que

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