‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 149 sur 229 · A M. LE RÉDACTEUR EN CHEF DU JOURNAL · texte numérisé non relu

A M. LE RÉDACTEUR EN CHEF DU JOURNAL

Les Jardies, 1840.

Monsieur,

Comme j'ignore le nom du critique auquel je dois l'article qui a été fait sur mon livre dans votre journal, voulez-vous avoir la complaisance de vous charger vous-même de lui exprimer ma reconnaissance. Il a si bien dégagé la pensée fondamentale du livre, dédaigneusement traité par ceux qui en ont déjà parlé, que je lui dois un sincère. et cordial remercîment.

Plus tard, monsieur, cette pensée, qui est réellement de présenter une formule abstraite de la vie humaine sans acception d'individualité, ressortira plus ferme, lorsque dans la deuxième édition j'expliquerai le plan de cette entreprise, en commençant à grouper les existences individuelles depuis les plus pauvres, et de nuance en nuance, jusqu'au 7'oi, jusqu'au prêtre, en suivant l'effet de la pensée dans la vie. Puis, après avoir dessiné une vue générale de r humanité sociale en la poétisant, si je puis, j'essayerai d'empoigner (passez-moi le mot), dans la dernière raillerie humaine qui reste à la littérature moderne, les gouvernements eux-mêmes, en en flagellant (si je puis) l'imbécillité continue, et en montrant qu'il ne s'agit que de hiérarchiser la capacité et mettre le despotisme dans la forme sociale et non dans les individus.

Puisque vous m'avez indirectement encouragé, par une rare intelligence de mon livre, permettez-moi de vous exprimer ma gratitude en vous montrant l'œuvre difficile pour laquelle vous m'avez rendu quelque courage. Les critiques de bonne foi sont si faciles à compter par le temps de haine et d'envie où nous sommes, que ce serait un devoir pour un écrivain de sympathiser avec les âmes généreuses dont il est compris, si ce n'était déjà un plaisir.

Agréez l'expression de ma haute considération et mes compliments empressés.

xxiv. Sli

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