‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 153 sur 229 · A M. DUJARIER, GÉRANT DU JOURNAL LA PRESSE, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. DUJARIER, GÉRANT DU JOURNAL LA PRESSE, A PARIS

Aux Jardies, Sèvres, 2 3 mai 18 40.

Il y a bien longtemps que j'ai de prêts les Paysans, qui serviront près d'un mois le feuilleton de la Presse; il ne faut pas quinze jours pour les mettre en état de paraître, mais il faut savoir à qui s'adresser, où aller pour les faire composer. L'ouvrier qui se chargeait de cela a disparu.

MM. Béthune et Pion font des corrections une bouteille à l'encre, et il faudrait pouvoir composer mon ouvrage en vieux caractère quelque part. Ces difficultés ne peuvent être résolues par correspondance. Si vous voulez me venir voir à la campagne, nous nous entendrons. Les Paysans peuvent paraître en juillet, du l*'" au 10.

Agréez, monsieur, mes compliments.

J'ai besoin d'examiner aussi mon compte, afin de voir s'il n'y a pas confusion entre deux traités; ceci sans aucun soupçon d'inexactitude.

A M. HIPPOLYTE SOUVERAIN, A PARIS

Les Jardies, lundi matin, 1840.

Voici trois fois, mon cher monsieur Souverain, que j'envoie aux Gondoles*, et qu'il ne s'y trouve pas de paquet pour moi. Je ne puis vous en dire davantage : nos relations, relativement à l'exécution de conventions presque impossibles à rempUr de mon côté,

1. Diligences qui faisaient alors le service de Paris à Versailles.

CORRESPONDANCn:. 341

oni été un leurre du vôtre. Vous avez voulu m'y faire manquer, et je comprends très-bien que vous ne viendrez me voir que le 16 juin. Vous imprimez Pierrette sans que je puisse vérifier les épreuves, et il y aura des fautes horribles; vous trouvez inutile ou nuisible l'intervention de l'auteur dans l'impression de son œuvre!

Je n'ai point mon premier volume du Curé complet, et, s'il était tiré, je devrais l'avoir.

Ma copie est prête; mais vous savez bien que je ne la confie jamais à des tiers.

Enfin, vous mettez, je le vois, des entraves à tout par système, et c'est à dégoûter du travail. Vous savez qu'il m'est souvent impossible d'aller et de venir, et il n'y a pas eu, de votre part, la moindre complaisance pour tout ceci. Il aurait fallu que j'allasse aux imprimeries. Avec ce système, en deux ans, on ne ferait pas deux volumes.

Je vous ai attendu, avant-hier et hier, toute la journée ; et attendre quelqu'un, c'est ne rien faire. Vous ne savez pas tout ce que cela me cause d'ennuis, de pertes, de peines, maintenant et dans l'avenir!

Vous ne voulez pas faire paraître le Curé ; il aurait pu être fini le 15 mai. Le 15 mai, il n'y avait pas six feuilles composées sur la copie !

iMille compliments.

CGXXV.

A M. ARiMAND DUTACQ, A PARIS.

Paris. 17 juillet 18 40.

Mon cher Dutacq,

Aujourd'hui vendredi 17 juillet, à midi, après avoir donné depuis huit jours* la lettre sur la littérature, et depuis quatre jours la lettre sur la politique, je n'ai pas les épreuves! H m'est impossible d'aller comme cela. Il ne faut pas compter sur moi, si vous n'avez pas les moyens d'exécution. Je suis incapable de demeurer trente heures, trois jours, à attendre. Les pensées s'en vont, la faculté de

i. A la Bévue parisienne.

travail aussi. Si cela se renouvelle, je renonce franchement. Je m'userais inutilement dans des attentes stériles. 11 n'en est pas de ces travaux-là comme de ceux des peintres, qui, en attendant un modèle, font une esquisse. Avoir mes épreuves huit jours après, c'est faire un autre travail plus considérable que le premier.

Ce n'est pas à la pensée de se mettre au service des instruments; c'est aux instruments. à servir la pensée. Aller ainsi, c'est se consumer en pure perte. Voilà comme les libraires nous font manquer des travaux, puis se plaignent de nos retards.

Votre imprimeur se moque de vous et de moi, mon vieux.

Page 1