‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 167 sur 229 · A M. AMÉDÉE POMMIER, HOMME DE LETTRES, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. AMÉDÉE POMMIER, HOMME DE LETTRES, A PARIS

23 avril 1842.

Monsieur, Je vous remercie et de votre recueil * et de ce que vous y dites

i. Crâneri'iS et Dettes de cœur.

de flatteur pour moi; malgré la modestie de votre lettre d'envoi, j'ai lu tout, et je vous trouve trop de talent et d'avenir pour ne pas vous dire d'écouter ce que vous vous êtes adressé à vous-même par la bouche de Boileau.

J'aurais, en qualité d'admirateur presque enthousiaste des poètes, beaucoup d'observations à vous faire, dans votre intérêt; mais je n'ai point le temps de les écrire, hâté que je suis de tracer, comme un pauvre bœuf de prosateur, mon sillon tous les jours; mais, si je me trouve un matin de bonne heure vers le quartier où vous demeurez, j'irai frapper à votre porte et vous soumettre de vive voix mes critiques amicales.

Agréez, monsieur, mes compliments et mes vœux pour de nouveaux succès.

CGL.

A. M. d'apponyi, ambassadeur d'autriche, a paris.

Paris, 1 7 août 18 42.

Si j'ai pris la liberté de vous offrir la. Comédie humaine pour votre belle bibliothèque, c'est moins à titre d'ornement littéraire que comme curiosité bibliographique. Ce livre a cela de curieux qu'il est le premier où l'on ait pu réunir le luxe et la perfection qui distinguent les livres tirés à la presse à bras, tout en exécutant le tirage à la presse mécanique. Cette espèce de triomphe qui consiste à faire tomber juste les lignes les unes sur les autres dans la retiration, c'est-à-dire en tirant le second côté de la feuille au revers du côté déjà noirci, s'est constamment bien accompli. Cela, de même que l'égalité de la couleur et du foulage, n'avait jamais été obtenu ni en Angleterre ni à Paris, et n^a pu être réalisé à Paris que dans une seule imprimerie où Ton a spécialement étudié la presse mécanique.

Sous le rapport du bas prix, c'est aussi l'un des effets de notre librairie, qui, malgré le défaut de protection, tâche de lutter contre la Belgique, laquelle n'a pas de droits d'auteur à payer sur ses publications. Dans tout autre pays que la France, le prix du papier de ce livre coûterait ce que coûte tout le livre.

A part la curiosité typographique, les gracieusetés de Votre Excellence et de madame la comtesse d'Apponyi m'auraient donné

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le droit de vous Toffrir comme un remercîment. Nous serons encore deux années à terminer cette longue entreprise, car la Comédie HUMAINE aura près de vingt volumes; mais j'espère que Votre Excellence restera plus longtemps encore à un poste où elle a si justetement conquis tant de sympathies dans la société parisienne.

Veuillez, monsieur l'ambassadeur, présenter mes hommages à madame la comtesse d'Apponyi, que mes occupations si exigeantes m'ont privé de voir depuis quelque temps, et agréer l'expression de ma considération la plus respectueuse.

Je suis de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur.

GCLI.

A M. DAVID (d' ANGERS) \ STATUAIRE, A PARIS.

Monsieur,

Je suis naturellement bien flatté de la proposition que vous m'avez faite. Mais, s'il n'existe ni lithographie ni portrait, ni quoi que ce soit de moi, c'est que je suis lié par une promesse à cet égard. Cette promesse est, d'ailleurs, en harmonie avec mes goûts. Nous ne savons pas si nos gloriettes ne sont pas des affaires de mode, et il n*y a rien de plus affreux que de se voir le revenant de sa propre gloire.

• Plus tard, si je suis quelque chose, et si l'interdiction se lève, je serai tout à vous. Mais je sais qu'une médaille, quelque honorable que soit cette distinction, affligerait la personne qui est derrière le rideau.

Si je vous donne ces explications, c'est pour vous convaincre qu'il n*y a ni mauvaise grâce ni fatuité dans ma réponse négative.

Agréez, monsieur, mes remercîments pour votre offre gracieuse, et l'expression d'une admiration sincère, à laquelle je voudrais donner une tournure qui ne fût pas banale; mais vous devez être trop gâté pour que j'essaye de vous offrir autre chose que mes sentiments de sympathie pour le talent.

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