A M. AMÉDÉE PICHOT, DIRECTEUR DE LA REVUE DE PARIS
Paris, mars 1833.
D'après la mise en pages que je reçois ce matin avec la Revue, le paragraphe 3 de Ferragus fait vingt-cinq pages ; le paragraphe h en doit faire autant; je vous en préviens, parce que, alors, il ne peut plus guère y avoir dans le numéro prochain que quatorze pages avec ces cinquante-là, s'il est possible d'arriver.
Dans l'intérêt de la Revue, je vais me mettre à faire le dernier paragraphe. C'est de ma part un immense sacrifice; mais, si je quitte la Revue, je ne veux lui donner aucun motif de plainte.
Ma copie, sauf les hasards, sera donnée mardi. Que Timprimerie soit digne de l'imprimerie, et il n'y aura rien d'impossible : surtout lorsque — si vous donnez un article de tête — il peut y avoir, le mardi soir ou le mercredi matin, deux feuilles bonnes à tirer sur quatre.
Maintenant, pour parler affaires, je désire que nous nous trouvions tous les deux lundi à trois heures à la Revue, afin de régler le compte des six mois. Je devais à peine soixante pages ; d'après mes calculs, j'en ai donné cent. Le mois de mars (sauf les comptes d'abonnement et de ports d'épreuves, qui sont peu de chose) me serait dû. Je désire que vous soyez là pour résoudre les diflicultés assez honteuses qu'il y a quelquefois sur des lignes, sur des blancs, etc., et qui me trouvent toujours facile; mais, la dernière fois que je réglai, en décembre 1831, j'ai été odieusement traité. Gela posé, il ne serait pas extraordinaire à la Revue de joindre mars et avril, et de me donner mille francs ; car, si je reste cette semaine occupé de la Revue, il faut que mes affaires se fassent avec quelque facilité.
Je ne demande pas grande grâce, puisque l'article composé sur la Théorie de la démarche a trente-deux pages, et je les ai corrigées presque en entier, sauf quelques ajoutés scientifiques qui manquent.
Eli outre, j'aurai, pour le U avril, les vingt pages sur le Salon ^ et la Thhrie de la démarche aura un second article.
Nous réglerons le compte de cette queue d'articles lorsque la Théorie aura entièrement paru , ce qui nous mène en mai. Alors, la Bévue sera ma débitrice ; elle et moi serons libres, moi de demander beaucoup, car je reviendrai sur le passé, elle de me refuser; et nous nous quitterons, moi avec la certitude d'y avoir mis les procédés les plus accorts et les plus courtois, et il ne lui sera pas permis d'être mal en paroles ou en articles à mon endroit.
Ayez la complaisance de me répondre un mot sur notre rendezvous de demain à trois heures ^ car j'aurai à quitter votre copie, qui sera donnée, je l'espère, tout entière lundi.
Agréez mes compliments.
cm.
A MADAME ZULMA CARRAUD, A ANGOULEME
Paris, mars 183 3.
Mon Dieu! je voudrais bien être à la Poudrerie! Mais le moyen? Je n'ai pas encore un volume de réimprimé des Chouans, j'ai encore douze à treize feuilles du Médecin de campagne à terminer, j'ai cent pages à fournir ce mois-ci à la Revue. Pour achever tout cela, ne suis-je pas forcé de rester à Paris? Puis les affaires d'argent, dont les diflicultés vont croissant, parce que les besoins sont fixes et les recettes frappées d'anomalie autant que les comètes!
Mais, certes, j'espère que le 10 de mars je serai à la Poudrerie: car il me faut un grand mois de solitude pour achever cette Bataille, qui me tracasse beaucoup. J'oubliais le second dizain des Drolatiques, pour lequel j'ai encore deux contes à faire, dont Tun est le majeur du volume.
Je vous assure que je vis dans une atmosphère de pensées, d'idées, de plans, de travaux, de conceptions, qui se croisent, bouillent, pétillent dans ma tête à me rendre fou! Néanmoins, rien