RÉCONCILIATION
La nomination d’Horace Greeley a été adoptée par les démocrates assemblés en convention, un événement que les partisans de Grant déclaraient impossible. Je ne vois pas comment on peut l’envisager autrement que comme un gage de réconciliation.
C’est un fait d’une grande importance. Le passé est répudié, et l’avenir s’ouvre sous les auspices de la concorde. Ce n’est pas un incident ordinaire : c’est une révolution, et le progrès de pacifier le pays sera en proportion de nos efforts pour la faire accepter. Je n’ose pas négliger l’occasion de faire entendre ma voix et ne peux rester à l’écart. En agissant ainsi, je suis conséquent avec mon passé, ayant toujours placé la paix au dessus de tout, excepté les droits de l'homme. Jusqu’à présent, dans mes efforts en faveur de la race noire, j’ai sincèrement combattu pour le bien général, qui ne pouvait mieux etre assuré, j'en avais la conviction, qu'en remplissant les promesses de la déclara-
tion d’Independance, reconnaissant l’égalité de tous les hommes. Le sentiment qui m’a guidé se manifeste dans un discours prononcé à une date déjà éloignée, et dans lequel je disais. “Rien par la haine, rien par vengeance.” Le but que je cherchais à atteindre était le triomphe des droits de l'homme. J’ai attendu avec anxiété le moment, qui maintenant parait proche, où il y aura réconciliation non seulement entre le Nord et le Sud, mais encore entre les deux races, de manière que les deux sections du pays et les deux races puissent etre débarrasées des entraves qui arrêtent leur progrès; et, au lieu d’un antagonisme irritant et interminable, que nous puissions voir une union sympatique et efficace. Les différents qui existent encore, doivent disparaître. Il y a un temps pour toutes choses; et nous voyons par l’explosion du sentiment populaire, brisant tous les liens des partis, que l’heure a sonné ou tout désaccord doit cesser entre des hommes qui, de par la volonté divine, sont destinés à vivre côte à côte.
J’en accueille avec joie le présagé : Mais je ne peux m’empécher de voir avec regret que des gens de couleur, dans des réunions publiques, résistent aux ouvertures amicales qui leur sont faites, et vont jusqu’à vouloir user d’intimidation à l’égard de ceux qui sont d'une opinion contraire à la leur. C’est à eux de considérer attentivement s’ils ne doivent pas accepter les ouvertures qui leur sont faites et le gage de paix offert à Baltimore, et s’unir à moi pour faire observer le* condition du traité proposé par les partis, ayant pour base la reconnaissance de leurs droits. Il ne peut être de l’avantage de gens de couleur de faire bande à part, de provoquer un antagonisme, de prolonger la division de races. Surtout, il ne faut pas qu’ils aient recours à des moyens d’intimidation: toute vote doit être donné librement: tout électeur doit agir avec son libre arbitre. Il est bon que les deux partis opposés briguent vos votes, que l’un et l’autre recherchent votre appui. C’est par là que •les droits de citoyen dont vous êtes investis porteront tous leurs fruits; et que l’harmonie, essentielle à toute civilisation, commencera à régner. La position actuelle des gens de couleur est pleine de périls. Ils sont exposés à une pression injurieuse, au moment où ils ont besoin qu’on les éclaire. Mais le seul moyen pour eux de se tirer des difficultés de cette position est de faire ce qui leur est maintenant proposé. Qu’ils se séparent des manipulateurs politiques, qui ne veulent s’en servir que comme d’un instrument, sans se soucier de leur bien être, et qu’ils soutiennent le candidat qui les a toujours soutenus. Si les démocrates s’unissent aux gens de couleur, tant mieux pour
ces derniers, l’alliance portera des fruits: elle engendrera l'amitié et la confiance mutuelles. Je suis pour la paix, de fait comme de nom. Du fond de mon cœur, je suis pour la paix, et j’accueille tout ce qui contribue à la produire.
Je me rappelle avec la plus profonde satisfaction qu’aucun citoyen qui a tiié l’épée contre nous n’a souffert la mort des irai ns du bourreau. Couronnant cet éxemple d’humanité, je place le /triomphe des droits égaux, et l’heureux moment où les promesses de la grande Déclaration d’Indépendence seront accomplies, où tous nos citoyens seront unis par des liens fraternels et indissolubles. Pour atteindre un pareil résultat, il faut qu’il y ait réconciliation. Je ne peux refuser de tendre la main à qui m’offre la sienne, à qui presse la mienne dans une étreinte amicale. Je suis opposé à une politique de haine; je m’oppose à ce qu’on souffle constamment la flamme d’un feu qui brûle depuis trop longtemps; je m’oppose à ce qu’on l’attise, qu’on l’alimente avec les cendres du passé. Au contraire, amoncelez les cendres, éteignez la flamme, abolissez la haine. D’un autre côté, m’adressant au parti démocratique, je déclare que je le regarde comme lié par les articles du programme républicain, avec Horace Greley comme candidat présidentiel. Il ne peut pas y avoir de retraite.
J’observe avec satisfaction et une profonde sympathie que Mr. Hendricks, un démocrate influent que j’ai connu dans le Sénat et que j’estime, a récemment annoncé qu’il acceptait les amendements introduits dans la Constitution, et leurs conséquences logiques. Il propose comme mot d’ordre du mouvement populaire, présage sûr du triomphe : des lois équitables et la vertu chez nos hommes 'publics. Voilà, certes, une aspiration louable et que les circonstances justifient. Mon mot d’ordre, à moi, est : “ L’unité de la République, Dr' its égaux pour tous, et Réconciliation.” Voilà le cri que pousse mon cœur ; et partout où ma voix peut atteindre, je désire que ces paroles soient entendues ; et j’invoque, en terminant, les bénéditions de la divine Providence, qui descendront, je l’espère, sur une juste cause.
Veuillez accepter mes meilleurs vœux pour vous mêmes personnellement et la race que vous ré présentez, et croyez-moi votre fidèle ami.
CIIARLE SUMNER.
A Messieurs Augusta, Wm. H. A. Wormley et autres.