MERCURE
Nous terminerons cette longue étude des planètes par le messager de tous les Dieux : Mercure. Nous le connaissons déjà et nous avons vu qu'il est chargé d'unir les choses, de les mélanger, de les élever et de les combiner. C'est le Dieu de l'intelligence apte à toutes les sciences, mais qui excelle dans celles qui réclament l'adresse, la promptitude et l'agilité.
On le dit fils de Jupiter et de la Nymphe Maïa, on
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lui atlribuf encore crnulres parents, certains disent (jiie.lnnon allaitant Mercure pendant (juelque temps .1) ignorant qu'il fut tils d'une concubine, le lait de .1 11 non tomba de sa bouche et traça dans le Ciel cette \\ij;nc blanche que Ton appelle Voie Lactée; on attribue le même fait à Hercule. Ceci veut dire que Mercure est fils de la bonté divine qui est de posséder toutes choses à profusion, contrairement à l'humain (lui est toujours dans le besoin et constamment alUiûfé de maux. C'est chose divine de subvenir aux aflligés, c'est chose humaine défaire toujours à Dieu quehjue demande et supplication ; c'est chose divine de donner et d'user de largesse et de miséricorde, <:'cst affaire aux hommes de recevoir et à Dieu de faire du bien aux humains. C'est pour([uoi il y a trois Mercure : Jupiter, Saturne et Mercure. Junon a nourri Mercure, parce que c'est de la combinaison des éléments que tous les corps célestes ont été composés, et cette voie lactée a été considérée par les anciens pour être le royaume des âmes qui descendent (lu (iiel à la Terre et remontent de la Terre au (^iel. Lucien, au dialogue d'Apollon et de X'ulcain (lit (pn^ ce fui un voleui' expérimenté et qu'a\ant iiiruie d'elle né, il semblait nit-diter les moyens de ses larcins. Ll de fait il ne fui pas plutôt au monde (pj'il se montra le plus habile et le plus rusé des voleurs. Voici une partie du dialogue: Vulcain. As-tu vu le petit Mercure comme il est beau et sourit à tout le monde? Il fait assez voir ce qu'il sera un jour, (pioi(pi'il ne soit encore (ju'un enfant. — Apollon. L'appellcs-lu enfant, lui (jui est plus vieux que Japhet en malice. — Viilcaiii. Quel mal peut-il avoir
commis, il ne fait encore que de naître? — AjJoUon. Demande-le à Neptune dont il a emporté le trident et à Mars dont il a pris l'épée, sans parler de moi dont il a dérobé l'arc et les flèches. — Vulcain. Quoi ! un enfant encore au maillot. — Apollon. Tu verras ce qu'il sait faire s'il t'approche. — Vulcain. Il est déjà venu chez moi. — Apollon. Et ne t'a-t-il rien pris? — Vulcain. Non, que je sache. — Apollon. Reg-arde bien partout. — Vulcain. Je ne vois point mes tenailles. — Apollon. Je g-ag-e qu'on les trouvera dans ses lang-es. — Vulcain. Quoi il est déjà si adroit, ce petit voleur? Je crois qu'il a appris à voler dans le ventre de sa mère.
Mercure lutta avec Cupidon qu'il renversa d'un croc-en-jambe et comme tous les spectateurs riaient et l'applaudissaient, Vénus voulut l'embrasser. Ce fut à ses dépens, car il lui détacha sa ceinture sans qu'elle s'en aperçut. Jupiter qui se moquait de Vénus, toute surprise, donna à son tour l'occasion de rire, car Mercure lui enleva son sceptre. Une autre fois il déroba un très bon cheval et mit à la place un âne mangé par la g"ale, en convainquant si bien ceux à qui appartenait le cheval qu'ils ne s'aperçurent point de la substitution. En même temps, il enleva une très belle femme qu'un homme venait d'épouser et la remplaça par une vieille édentée qui ressemblait plutôt à un masque qu'à une personne. Enfin Mercure enleva les bœufs d'Apollon et lui rendit à la place le nouvel instrument de musique qu'il avait inventé et dont il jouait à la perfection et qui était fait de la carapace d'une tortue. Le titre de Dieu des voleurs lui fut acquis.
On a voulu peindre dans toutes ces fables d'abord le mouvement de la i)lanèle Mercure dont la qualité est sèche et chaude; ses mouvements sont tantôt en avant, tantôt en arrière; tantôt elle est haute, tantôt elle est basse, tantôt exaltée et tantôt semble immobile. C'est pourquoi ceux qui sont sous cette influence ont une inclination particulière au volet à toutes sortes de ruses. Pour expliquer la vitesse de cette planète et la promptitude des esprits sur lesquels elle domine, les anciens représentèrent Mercure avec une sandale ailée. Cette agilité est la qualité des orateurs et des hommes expérimentés, des ambassadeurs et des diplomates, emplois qui nécessitent l'esprit subtil, la réplique immédiate et
claire.
Mercure s'accommode toujours avec les planètes avec lesquelles il se trouve parce que la prudence ne change ni dans la prospérité ni dans l'adversité, mais demeure toujours ferme devant toutes les situations, et donne une nouvelle et favorable force aux facultés ou aux sentiments sur lesquels elle s'applique. Mercure, c'est la sagesse qui en nous apaise les mouvements violents de colère, c'est la raison (M le règlement de l'esprit, aussi est-il pris comme l'avocat (jui s'interpose entre deux partis et c'est d«' son éhxiuenre que dépendra le jugement. C'est pourcjuoi il règne sur la magistrature et on lui attribue aussi la puissance d'apaiser les tempêtes de la mer. 11 inventa les Lettres, l'Astronomie, donna (les lois aux hommes j)our diriger leurs actions et Inir donner des habitudes |)lus courtoises. Il nomma les choses du nom qu'elles portent encore aujour-
d'hui(l) ; il inventa les instruments de musique et tout ce qui concerne les doctrines et l'érudition humaine. On le représente quelquefois avec trois têtes ou le visage moitié noir et moitié blanc pour exprimer qu'il est tantôt dans le Gief et tantôt sur la Terre. Enfin c'est avec son caducée dont nous avons déjà parlé, qu'il terminait les querelles et réconciliait les partis ennemis.
Les Mercuriens, dit Ledos (2), ont une taille audessus de la moyenne ; c'est l'avis contraire de Desbarrolles (3) qui dit que les hommes dominés par l'influence de Mercure sont petits ; cette différence d'opinion tient à ce que Desbarrolles n'a voulu voir que le mauvais Mercure, tandis que Ledos l'a aperçu dans son complet développement.
Il est vrai que Mercure est rarement bon dans la masse des hommes; s'il règ-ne au sommet de l'intellig-ence, il règ-ne aussi dans les bas-fonds de la société. C'est toujours le même symbole: la nature est propice à l'évolution du Bien comme à celle du Mal, cette dualité étant la seule raison de notre vie matérielle. Ledos écrit: Les Mercuriens sont sveltes et bien faits, avec de fines attaches, par le contour g-racieux de leurs formes, ils ont comme les Vénusiens des allures féminines, mais plus martiales. Leurs reins sont très cambrés ainsi que leurs pieds, ils ont les qualités, l'adrtesse et la finesse que la
(1) Thoth-Hermes. Inventeur des lettres et des chiffres
(2) Ledos. Traité de Physionomie hutnaine, excellent ouvrage dont nous aurons l'occasion de parler, et auquel nous avons emprunté quelques significations concernant les types planétaires.
(3) Desbarrolles. Révélations complètes. (Vigot éd.).
fable accorde à ce Dieu. La pliysioiiomie est expressive, agréable, le visage long el ovale, le front est élevé et la tête un peu élargie sur les côtés, Fenseuible des traits respire l'intelligence; les yeux sont beaux, très expressifs, d'un brun vif, scintillants et mobiles, enfoncés sous l'arcade sourcilière ; la paupière supérieure est peu apparente; le regard est inconstant, inquisiteur et pénétrant.
Le Mercure de Desbarrolles, celui qu'on rencontre le plus couramment mêlé à l'influence de Jupiter ou à cello de la Lune, à celle de Mars ou à celle de Vénus est petit, car la qualité sèche et chaude de Mercure est de diminuer l'étendue des corps, de les ciseler, de les retrousser, de leur donner de la finesse et de les rendre plus vifs, plus fluides. En somme, il mélange et fait accorder les influences bonnes ou mauvaises qui sont chez les individus ; aussi le type Mercurien est le plus variable, mobile et cliang-eanl. Dans l'aclion, sa physionomie sera loule diiférenLe (ju'à l'état de repos. Son teint qui est jaune clair sera également changeant; toutes ces modiHcations s'explitjut'iil très bien par ce qui a été dit précédemment sur Mercure.
Mercure (jui est la propriété active des manifestations naturelles représente au suprême degré le don (le la connaissance et ilc 1 intuition, ce (jui fait qu'il est le Dieu favori des inventeurs, autant qu'il est celui dt-is j)liilosophes et des mélaphvsicienj.
11 (luniiiic sur les gens thniésdiiu lion Icmpéramrnl, ceux qui apprennent facilement toutes sortes de sciences el souvent sans maitic, (|tii j)ensent et raisonnent bien, foiil des découvertes nouvelles, (jui
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sont subtils dans les controverses, pruderils, de mœurs tempérées et s'accommodent avec tout le monde, parce qu'ils comprennent tout le monde.
Sa mauvaise influence domine sur les gens instables, les fous, les hallucinés, les bavards, les entêtés, les flatteurs, les trompeurs, les faux monnayeurs, les falsificateurs d'écritures, etc., etc.
Son influence favorable facilite les négociations et les contrats heureux et fait obtenir la charge de hautes dignités ; dans le cas contraire, il entraîne à s'occuper de choses nuisibles aux intérêts.
Dans la nature son influence occasionne les grands mouvements géologiques et cause souvent la mort des végétaux.
Mercure préside aux cuisses, aux pieds, aux bras, aux mains, aux doigts, à la langue, aux nerfs etaux ligaments dont il peut occasionner les maladies, telles que fièvre intermittente, manies, folie, frénésie, convulsions, balbutiement, catarrhe, toux et abondance d'expectoration. Sous sa bonne influence on meurt des maladies qu'il domine, mais sa njauvaise influence occasionne la mort violente soit par le meurtre ou par poison, par ensorcellement^ souvent pour faux témoignage, complicité et fabrication de fausse monnaie.
Nous avons enfin terminé l'exposition de la mécanique céleste et terrestre qui nous servira pour connaître notre avenir ou celui de nos semblables. Nous avons pourtant omis d'indiquer les plantes, les animaux, les métaux et les pierres précieuses qui sont sous l'influence des signes du Zodiaque et sous celle des Planètes. Pour les magistes et les
exploiteurs cela a beaucoup d'importance, car avec les métaux et les pierres on fabrique des talismans tjui paraît-il font réussir en toutes choses... Il est parfaitement évident que chaque chose comme chaque être correspond dans la nature à un signe du Zodia(iue ou à une ou plusieurs Planètes et que tous les médicaments conviennent pour notre corps et pour chacune de ses parties. L'histoire du Centaure Ghiron ou du Sagittaire symbolise justement cette application du physique terrestre au physique humain.
Mars préside au feu, comme le Soleil mais il n'est que le feu dévorant, tandis que le Soleil, stable en lui-même est l'or ou le feu céleste; Mars préside au fer ou à la force de pénétration car c'est la puissance de ce feu qui rend les métaux liquides.
Physiquement les produits de la terre nous sont utiles pour accomplir le dur chemin de la vie, soit pour le bien, soit pour le mal, mais la vie spirituelle n'a que faire deces influences. Un morceau de plomb n'exagérera pas l'influence de Saturne pas plus qu'un poison porté sur soi dans un flacon de cristal ne vous empoisonne, il faut l'absorber pour en sentir les efl'ets ; et l'absorberiez-vous que le hasard n'y serait pour rien, car le hasard est un vain mot, la porte de sortie des esprits nuls.
Contentez-vous des explications que nous avons données; dites-vous: Voilà un morceau de fer, ce n'est certes pas de la ouate, je puis me blesser avec; il est dur et n'est malléable qu'au feu, or je ne suis pas le feu ; il faut donc un autre que moi pour se servir de ce morceau de fer. Voilà Mars pour vous si vous êtes faible et chétif.
L'or demande la fortune, le succès, la chance. Etes-vous marqué de toutes les influences qui puissent vous mettre en possession de ce précieux métal ?
Le Mercure est fluide, il faut un froid intense, \^ pour le solidifier. Étes-vous assez résistant, assez froid pour y parvenir; avez-vous assez de calme et assez de sagesse pour rester indifférent devant les événements multiples de la vie et toutes sollicitalions des passions et ne pas succomber surtout aux mauvais conseils?
Vénus c'est l'amour et la vie. Qui donc ne s'attache pas à elle et qui donc n'a jamais aimé? C'est le cuivre ou l'or du pauvre, l'or de tous, car tous nous vivons et sortons de ce mélange que la fécondité a reproduit en nous, reflet d'or d'en haut.
Jupiter est l'étain, aussi est-il moins précieux pour l'homme, il n'est qu'un métal très doux qui se plie facilement à la forme et sert à souder les objets ; il est terne, car sa belle couleur brillante s'altère très vite sous l'influence de l'air; c'est l'argent céleste ou l'argent du pauvre, c'est l'abandon de l'ambition, la bonté et la douceur dans l'acceptation du Destin, c'est l'amour de Dieu et la Foi qui nous unit à l'Eternité.
La Lune est la vie même, hélas qui ne s'y attache? C'est le cerveau, et qui voudrait ne plus penser? C'est la maternité, c'est aussi l'illusion, et qui ne voudrait ne plus aimer à caresser ses projets d'avenir, quelle mère ayant un cœur, ne voudrait plus aimer l'enfant sorti de son sein?
Mercure méditant ses forfaits dans le sein de sa
mère sig-nifie que c'est la raison de noire naissance dans ce monde, la destinée que nous apportons avec nous, car déjà sont accomplis en principe les actes de notre vie puisque nous ne sommes ici-bas que le résultai des causes qui nous ont donné la vie. Nous venons nous opposer à quelque puissance contraire, ou nous venons pour équilibrer des opposés. Oui, dans cet enfant qui est encore dans ses lang:es, tous les actes sont en puissance d'être, c'est pourquoi il a déjà volé avant d'avoir cffectiveineat volé. C'est là la vérité de toute l'intuition, de toute la divination. Mais il ne faut pas confondre ce destin avec la doctrine delà réincarnation. Mercure est aussi Tinterniédiaire de nos demandes, de nos prières; il est le lien qui nous unit au Ciel et du Ciel à l'Absolu. Nous élever vers le Créateur au milieu des conflits de cette vie, c'est ce que tout esprit est conduit à faire malg-ré loutes ses révoltes ; aussi le dit-on maître du sacerdoce, initiateur suprême, régnant sur les vivants et les morts et conduisant les âmes en ce monde et dans raulrr.
Mercure enfin nous enseigne d'être bon et d'avoir j)ilié (lu malheureux, de l'infirme, du misérable et du mérliaut, car il nous fait comprendre toutes nos infirmités morales et plivsiques elles liens qui nous attachent à tous les êtres tjuels (ju'ils soient.