‹ Cosmopolis (volume 2)Chapitre 11 sur 13 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

seulement, même quand il se lave les mains comme Ponce Pilate, ce dilettante aussi et qui disait le mot de vos maîtres et le vôtre : « Qu'est-ce que la véa rite?... » La vérité, c'est qu'il y a toujours et partout un devoir à remplir. Le mien était d'empêcher cette criminelle rencontre. Le votre était de ne pas vous occuper de cette jeune fille si vous ne l'aimiez pas, et, si vous l'aimiez, de l'épouser pour la tirer de son abominable milieu. Nous avons manqué à cette consigne l'un et l'autre, et à quel prix?... »

— (.(. Vous êtes bien dur, » dit le jeune homme. « Mais quand vous auriez raison, Alba en serait-elle moins morte? A quoi cela sert-il que je sache ce que j'aurais dû faire quand il est trop tard?... »

— « A ne jamais recommencer d'abord, » fit le marquis, « et puis à vous juger et à juger votre vie... Je vous aime tendrement, Dorsenne, vous le savez, et c'est la dernière fois peut-être que je vous parle à fond, bien à fond, comme Sonis nous disait de charger à Patay. Mais oui, la dernière fois. Je ne durerai sans doute plus bien longtemps, et vous, reviendrez-vous jamais à Rome, maintenant, avec ce fantôme pour vous y attendre?... Quand je vous disais ma haine pour ces Cosmopolites qui vous ravissaient alors, je m'exprimais mal. Un vieux soldat n'est pas un philosophe. Ce que je haïssais, ce ( que je hais en eux, c'est que ces déracinés sont j presque toujours des fins de races, les consommateurs d'une hérédité de forces acquises par d'autres, ^ les dilapidateurs d'un bien dont ils abusent sans \

l'augmenter. Ceux donc ils descendent ont travaillé du vrai travail, celui qui additionne sur une même place l'effort des fils à l'effort des parents. C'est ce travail-là qui fait les familles, et les familles font les pays, puis les races... Vos Cosmopolites, eux, ne fondent rien, ne sèment rien, ne fécondent rien. Ils jouissent... Quand cette jouissance-là s'attaque à la sensation et au sentiment, ce n'est que moitié mal. Mais quand elle s'attaque à la pensée, comme chez vous, comme chez tous les dilettantes de votre école, c'est le grand péché intellectuel, un de ceux dont il est écrit qu'ils ne seront pas pardonnes... Je vous ai bien étudié, allez, à travers mes boutades, et, je peux vous le dire, moi qui prie, j'ai prié pour vous souvent depuis que je vous ai vraiment connu. Vous vous indigniez tout à l'heure, et vous n'aviez pas tort, contre le mot cynique de cette mère inconsciente sur sa fille morte : a Ne lui cassez pas ses (c beaux cils... » Et vous, que faites-vous donc avec l'âme humaine sinon d'en lever continuellement des moulages à reproduire, un peu par vanité d'auteur, pas trop, car vous tenez beaucoup moins à vos succès, il faut vous rendre cette justice, qu'à votre volupté d'intelligence?... Mais cette volupté, c'est pour vous le seul motif, le but unique de votre existence et de toute existence, le terme et l'aboutissement de l'uni vers entier. Des milliers de générations ont souffert, ( ont pleuré, ont lutté, se sont exterminées pour la: joie de ce petit frisson que vous donne votre pensée. A ce petit frisson, à ce spasme cérébral que vous

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