PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Ainsi que l’auteur du Cosmos en avait annoncé le dessein, il à traité dans ce volume toutes les questions littéraires ou historiques qui se rattachent à son sujet. Le volume déjà publié comprenait Pétude de la nature en elle-même; dans celui-ci, M. A. de Humboldt introduit sur la scène un personnage qui en renouvelle l'intérêt. Spectateur ému du magnifique tableau qui se déroulé à ses regards, l’homme en reflète les beautés dans son imagination et leur donne une seconde existence, en fixant par la plume ou par le pinceau les grands traits qui ont frappé. Mais la nature n’est pas seulement pour l'homme
re une source de jouissances esthétiques ou morales ; elle est aussi un problème dont son intelligence pénètre peu à peu les mystères. L'auteur a conservé celte distinction de la poésie, de Part et de la science. Il a voulu revoir encore la nature à travers les émotions qu’elle a causées aux ames tendres de tous Îles pays et de tous les temps. Il à cherché la trace du sentiment de la nature chez les poètes, chez les peintres et chez les voyageurs, qui ont été au loin contempler les constellations australes et la végétation des tropiques, ou même chez les observateurs moins heureux, qui doivent se borner aux collections de plantes entretenues artificiellement dans les serres. Puis après avoir appliqué à la contemplation du monde des procédés pour ainsi dire psychologiques. M. de Humboldt a fait l'histoire de la connaissance humaine. Il a raconté et apprécié avee l'autorité de son expérience les efforts tentés par les anciens et par les modernes pour s'élever à l’idée du Cosmos; il a passé en revue tous les événements qui ont pu avoir des conséquences pour le progrès des sciences physiques ou pour étude plus générale de la nature. Ainsi une part est faite à chacune de nos facultés, et nous pouvons suivre l'éducation du genre humain, en voyant, à côté des images gracieuses ou sublimes de la poésie de la nature, les traits mieux arrêtés de la science se graver dans la raison de l’homme.
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Quelques mois plus tôt, le succès de ce livre n'eut été douteux pour personne. Friomphera-t-11 aujourd'hui des préoccupations qui assiégent tous les esprits? Si dans ce grand naufrage qui, il y a peu de jours encore, menaçait de tout engloutir, c'est un devoir pour chaque homme, en droit de compter sur l'efficacité de ses efforts, de se vouer sans réserve à la chose publique: jamais aussi le grand nombre de ceux dont tout le rôle se borne à gémir, n’ont dû sentir plus vivement le besoin de fortifier leur ame par la contemplation des grandes choses, et de se réfugier dans ces femples sereins, bâtis à l'abri des orages, suivant la magnifique expression de Eucrèce :
Edita doctrina sapientum templa serena.
De ces refuges, le mieux assuré peut-être est Fobservation de la nature dont lordre inaltérable fait honte à nos éternels déchirements, ou, pour ceux qui ne peuvent interroger la nature elle-même, létude des livres où elle est le mieux représentée dans son ensemble majestueux. La littérature frivole, qui n'a d'autre but qu’elle-même et a long-temps rempli nos loisirs, tend chaque jour à se discréditer davantage. Il semble que la poésie, pour satisfaire aux besoins des intelligences, doive subir une transformation nouvelle, qu’en se gardant soigneusement de la sécheresse didactique , elle doive. comme au temps
des antiques cosmogonies, pénétrer de plus en plus la philosophie et la science, à mesure que la science elle-même s'élève à la hauteur de la poésie, que, par la grandeur de ses découvertes, elle nous révèle des sources d'inspiration ignorées. Et, s'il en est ainsi, avec quelle reconnaissance n’accueilierons-nous pas l’œuvre d’un homme dans lequel se fondent harmonieusement ces deux éléments divers, d’un vieillard dont le temps semble avoir conservé la jeunesse, qui sait si bien faire parler à la science, sans lui rien enlever de sa dignité ni de sa certitude, le langage de l’imagination.
M. Faye a jugé que le sujet de ce volume s’écarte trop de ses études habituelles, pour entreprendre de le traduire. Il a résisté aux prières de M. de Humboldt, en réservant son zèle pour la dernière partie, qui doit être purement scientifique, et en nroffrant d’ailleurs ses conseils avec une grande bienveillance. Je m'applaudis d’avoir été chargé de le remplacer. Ma tâche a été rendue plus facile par les secours que j'ai trouvés auprès de M. Letronne et de M. Guieniaut. L'intérêt actif que M. Guigniaut avait pris à la traduction du premier volume était un engagement auquel il est resté fidèle. Il à bien voulu accepter, de concert avec M. Letronne, la haute direction de ce travail. C’est de la part de tous deux une marque de dévouement pour lauteur, un témoionage de l'estime profonde que son ouvrage leur ins-
A — pire; en reconnaissant ce que Je leur dois, j'ose à peine les en remercier pour moi-même. Il m'est doux d'autre part de pouvoir rapporter à un sentiment personnel d'amitié les avis qu'a bien voulu me donner M. E. Egger et qui m'ont souvent profité.
Juillet 1848.