LA TORTURE
Le magistrat, vu la faculté qui lui est accordée par les ordres du très illustre et révérendissime prélat, voulant pousser plus loin la recherche de la vérité, fît dépouiller le Calcina de ses vêtemens et le fit attacher à la corde avec les poids de fer et les crochets aux pieds. Celui-ci étant dans cet état, le magistrat le somma de nouveau de dire la vérité, et n’ajant obtenu aucune réponse satisfaisante, il ordonna de tirer la corde. Le patient étant élevé en l’air, commença à crier : ahi ! ahi! Sainte Vierge aidez moi! miséricorde ! je suis assassiné! Seigneur, je ne sais rien , je suis innocent! Sainte Madonne, aidez-moi; miséricorde! Sainte Vierge secourez-rnoi ! Sainte Vierge secourez-moi, et il répéta plusieurs fois je suis innocent ; sainte Vierge aidez-moi, je suis innocent, ahi ! ahi! ahi ! aide-toi mon innocence que je ne suis souillé de rien ! ahi , ahi ! ahi ! miséricorde.
D. Avez-vous eu quelqu’entretien avec Jean-Pierre? — R. Seigneur Gérard, faites-moi délier, et je vous dirai la vérité sur tout ce que je sais. — D. Laissez ces subterfuges et dites la vérité. — R. Faites-moi délier et je vous dirai la vérité , faites-moi délier! de grâce faites-moi délier pour l’amour de Dieu ! Et comme il continuait à dire toujours les mêmes paroles, il fut averti de se désister de ces sortes de prières , et de dire la vérité, ou au moins de commencer à la dire et qu’on le détacherait ensuite. — R. Faites-moi la grâce de me faire délier et je vous dirai la vérité du commencement à la fin sur tout ce que je sais. — D. Commencez à dire quelque chose. — R. Si vous ne voulez pas me faire délier je ne puis vous dire autre chose. — D. Répondez sur la déposition de Jean-Pierre. — R. Faites-moi délier et vous entendrez alors ce IT. ■ 24
que j’ai à vous dire pour la vérité. — D. Commencez par dire de quelle manière vous avez eu un colloque avec Jean-Pierre. — R. Faites-moi délier et je vous dirai la vérité ! failes-le , seigneur Gérard , par l’amour de Christ ! faites-le j que si je ne dis pas la vérité vous me ferez attacher de nouveau ! Je vous dirai la vérité ! ahi ! ahi ! miséricorde ! Sainte Vierge , secourezmoi ! etc. , etc. (i).
La scène de torture qui fait le sujet de la planche suivante a été extraite des miniatures du Tite-Live delà bibliothèque Ambroisienne à Milan. Quoique les couleurs n’y soient pas décrites , il est facile d’y suppléer par l’analogie que ces costumes ont avec ceux qui figurent déjà dans ce volume.
(i) Procès verbal, extrait d’une procédure criminelle du XV* siècle.
TTo I[Jl.
MCCC. - N® 94.
JEU DE PEAUME.
Il est extrêmement rare de rencontrer parmi les monumens des XIII" et XIV® siècles des peintures qui représentent quelques scènes de la vie privée, et qui aient été entièrement consacrées à l’expression des moeurs et des usages. Il semblerait cependant que le goût général pour les nouvelles et les divertissemens aurait dû introduire, dans la décoration des appartemens, des peintures en harmonie avec les goûts de cette époque. La figure suivante a été extraite des tableaux à fresque qui décorent une salle du rez-de-chaussée du Palais Borromée à Milan, et dont la date remonte au XIV" siècle.
Dans cette peinture à laquelle j’ai emprunté la figure qui lance la peaume, il y a quatre autres femmes occupées à ce jeu. Elles sont dans la partie et tendent avec les deux mains un pan de leur robe pour y recevoir la peaume. Celle qui la lance est coiffée d’un turban blanc. La simarre est blanche ainsi que la ceinture, et elle est garnie aux épaules de longues bandes de la même étoffe, ornées d’une broderie découpée. Les manches de dessous sont noires. La chaussure est pointue et rouge.
Toutes ces femmes sont vêtues de simarres dont les queues sont d’une ampleur et d’une longueur qui semblent tout à fait incompatibles avec le jeu auquel elles se livrent.
DES XIll% XIV® ET XV® SIECLES. 189
MCCCC. — N" 95.
COSTUME MILITAIRE
Le costume suivant est extrait du tombeau de Guillaume de Bibra dans l’église de St. Anastase à Vérone. Ce militaire fut ambassadeur de Frédéric III à Innocent VIII, et appartient par conséquent au XV® siècle. J’ai retrouvé dans cette église d’anciennes peintures qui m’ont offert de nombreuses répétitions des costumes militaires que j’ai donnés précédemment. Quelques uns portent par dessus la cuirasse une soubreveste blanche avec une croix rouge J d’autres un manteau ouvert sur les côtés, de drap écarlate, doublé d’hermine.
L’armure et les armes offensives de Guillaume de Bibra offrent de nouveaux détails sur les guerriers du XV® siècle. Les couleurs ne sont pas indiquées, mais il sera très facile d’y suppléer en le comparant aux autres costumes militaires avec lesquels cette figure a de l’analogie.
r.Mo