‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravésChapitre 9 sur 78 · NOBLE ALLEMAND · texte numérisé non relu

NOBLE ALLEMAND

Il y a des peuples qui semblent aussi stationnaires pour ce qui tient .n leurs costumes , qu’ils le sont eflfectivement de mœurs et de caractère. Le costume de ce gentilhomme allemand, de la cour de Sigismond, peut enf ourmr uns preuve évidente. Il est facile de se convaincre que la plupart des costumes civils sont dérivés de ceux qui ont été adoptés par les gens de guerre : or, si l’on compare le costume moderne d’un soldat autrichien avec celui du noble allemand qui figure ici, on -y retrouvera une analogie frappante. Mêmes chausses, mêmes brodequins lacés; et le chapeau du XV** siècle offre même beaucoup de rapport avec le shakos du soldat moderne.

Lorsque Eugène IV orna la basilique de Saint-Pierre de deux portes de bronze, il y fit représenter les principaux événemens de son pontificat. J’ai extrait la figure suivante du groupe de gentilshommes allemands qui assistent au couronnement de l’empereur Sigismond. Antoine Filarete et Simon ^ sculpteurs florentins, ne correspondirent que faiblement aux espérances du pontife qui leur avait confié un si noble ouvrage ; mais, malgré la bizarrerie des ornemens qu’ils y ont entassés , et malgré leur chétive exécution , ces portes n’en sont pas moins un monument précieux. On y retrouve cette exactitude de costumes qui est l’un des caractères distinctifs des ouvrages d’art des XIV* et XV* siècles.

Les soubrevestes dans le genre de ce gentilhomme étaient ordinairement de brocart ou de velours. Celle-ci pourrait être blanche et doublée et garnie de petit gris; les chausses bleu de ciel, ainsi que les portent encore aujourd’hui les soldats hongrois. Le pourpoint , dont les manches sont traversées par des bandes de broderies d’or, pourrait être, ainsi qu’on en trouve des exemples dans les anciennes miniatures, de couleur minium. J’ai remar-

qué aussi des chapeaux couleur de plomb , avec des ornemens dorés. Le bord relevé en était ordinairement ou noir, ou d’une couleur différente du chapeau. La bourse d’où sort la poignée d’un poignard , et la ceinture , étaient assez souvent vertes , avec des ornemens en or. Les brodequins sont fioirs.

J’observerai encore que les moustaches ont été particulièrement en usage en Angleterre et en Allemagne.

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MCCC. — IV° il*

NOBLE ITALIENNE

Peut-Être aurais-je hésité à introduire ce costume dans ce recueil, si, malgré les rapports qu’il a avec plusieurs de ceux que j’ai déjà donnés, il ne servait à préciser davantage la forme du manteau des femmes, et la manière de le porter. Jean Musso, dans son histoire de Plaisance , après avoir décrit les riches vêtemens en usage vers l’an 1 388 , ajoute que les matrones portaient un manteau noble, ou manteau large et long jusqu’à terre, rond dans le bas et entièrement ouvert sur le devant. Ce manteau était retenu par des boutons dorés ou des agrafes enrichies de perles. Chaque dame en avait ordinairement trois pour son usage, et tous les trois d’étoffes diverses doublées de soie ou de fourrures , et ornés de broderies d’or. Lorsqu’elles ne portaient pas le capuchon , elles se couvraient la tête d’un léger voile transparent de soie ou de coton.

Les veuves portaient des vêtemens entièrement semblables , mais de couleur noire, sans perles ni broderies d’or. Elles y joignaient un capuchon noir ou un léger voile blanc de coton ou de lin *.

En France , en Angleterre et en Allemagne , où la noblesse se faisait reconnaître dans les assemblées par ses titres et par la richesse des vêtemens , les femmes des seigneurs et des barons faisaient broder sur leurs manteaux leurs armoiries de famille, unies à celles de leurs époux. C’est ce qui peut servir le mieux à distinguer les costumes de ces diverses contrées, car la forme des vêtemens était , à cette époque , à peu près la même partout.

Cette noble Italienne figure dans le même tableau conservé à l’académie des Beaux-Arts à Sienne, auquel j’ai emprunté le n® i8 de la

* Muralor. Rer. Italie. Script, t. XVI, pag.

première partie. Elle est coiffée d’un voile blanc mêlé de filets noirs et or. Le manteau est couleur de laque changeante en or, et enrichi de broderies d’or. La robe de dessous est verte , et la chaussure est noire.

MCCCC. — 6.

JEUNE ITALIEN

Ce jeune Italien porte un chapeau violet enrichi de broderies d’or. Le bord relevé en est de tissu d’or. Le pourpoint est de velours cramoisi et brodé au poignet. La partie sur la poitrine est de tissu d’or , et les ouvertures laissent entrevoir le pourpoint de velours. La soubreveste est de damas vert, avec une ceinture et des broderies d’or. Elle a les manches garnies d’une fourrure brune au-dessus des coudes. Les chausses sont couleur de laque, avec des broderies d’or au-dessous du genou. Les bottines sont de cuir jaunâtre. On trouve très-fréquemment des répétitions de ce chapeau ; j’en ai remarquées dans les peintures de Giotto , des Orcagna et de Berna de Sienne , ainsi que dans un très-grand nombre de monumens de la Lombardie. Il paraît avoir été d’un usage général. La manière de saluer était , à cette époque , la même que de nos jours. On soulevait son chapeau j ou , si l’on était coiffé d’un capuchon, on le rejetait en arrière, ainsi que j’en ai vu plusieurs exemples dans le manuscrit de Tite Livc du XIV® siècle de la bibliothèque Ambroisienne , à Milan.

J’ai extrait ce costume des miniatures de la grande bible du duc d’Urbin, qui m’a déjà fourni les numéros 3 et 4- H a beaucoup de rapports avec quelques-uns de ceux du premier volume, mais j’ai cependant cru utile de le donner pour compléter ce que les autres peuvent laisser à désirer. L’usage des bottines paraît avoir appartenu particulièrement aux habitans du nord de l’Italie.

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MCCCC. - IVI® 7.

JEUNE ITALIENNE

Ce costume est encore extrait des mêmes miniatures que le précédent. Il est extrêmement simple, et sert à confirmer toujours davantage la grande analogie que présentent entre eux les costumes de cette époque. On pourrait même le faire remonter au siècle précédent, car on en trouve en tous lieux de nombreux exemples. Il diffère très-peu du costume n° 8 du premier volume. Une chapelle entièrement peinte à fresque vers le XV® siècle , dans la cathédrale de Monza, en présente aussi 'des répétitions; mais j’ai donné la préférence à la jeune Italienne que j’ai choisie pour la faire figurer ici, à cause de la diversité qu’offre sa coiffure. C’est en général la manière de disposer ce voile sur la tête qui constitue seule une différence sensible dans les costumes de ce genre , des XIV® et XV® siècles.

Cette jeune Italienne est coiffée d’un voile blanc. Son manteau est d’une étoffe rouge; la robe est bleue, ornée de filets d’or, et retenue par une ceinture dorée. La chaussure est noire.

Plusieurs bas-reliefs enlevés à d’anciens monumens de la famille Visconti , et conservés dans l’Académie de Brèra , à Milan , prouvent également que ce costume fut généralement en usage en Lombardie pendant tout le XIV® siècle. 11 n’y a pas de ville où l’on n’en retrouve quelque répétition. La galerie seule de Brèra en offre un grand nombre.

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