‹ CouleursChapitre 4 sur 50 · CIO UM BUTS · texte numérisé non relu

CIO UM BUTS

fidèle. La déchéance ne commence qu’au jour où l’harmonie de la phrase est toute sacrifiée à la raison, à ce que les hommes sans au-delà dans l’esprit appellent la vérité. Le vrai poète et le vrai savant savent toujours, comme Gœæthe, concilier Poésie et Réalité, et d’autant plus facilement que Poésie est fille de Réalité. J’ai vu Monsieur Quinton admirer que Pasteur eût écrit une tragédie. Sans doute, elle était très mauvaise (pas plus que celles où excelle la régence de Monsieur Claretie), mais cet exercice témoigne d’un sens originaire du rythme. Ses belles expériences furent, dans la suite, rythmées comme les poèmes, comme les marbres de ses compatriotes Hugo, Rude, Clésinger. Le Saryre qui gravit la montagne des mystères, la Bacchante au Thyrse, qui se jette à la volupté, le jeu des cornues qui prouvent que la vie ne sort que de la vie, ce sont là des gestes de gémie

animés d’un même rythme. On aime que Descartes ait composé un ballet pour plaire à la grande Christine ; on aime que Montesquieu ait rythmé les jeux de sa jeune imagination, que Pascal ait composé une symphonie sur les Passions de l'amour, que Nietzsche ait fait résonner dans les forêts le rire surhumain de Zarathoustra, que Flaubert ait rythmé comme des vers homériques les paroles quotidiennes de la Bêtise dont il fut l’Hercule.

Le rythme donne de la beauté à la pauvre ballerine qui ne semble drapée que de sa chemise, Qu'il en donne un peu à ces fem mes qui, en leursrapidesaventures, dansent trop follement peut-être, chacune dans un des rayons de la lumière décomposée par le prisme naïf de leur désir.

30 Juillet 1908.

Page 1