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SDR L'AGRICULTURE
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LES INSTITUTIONS AGMGOLES
DS QU-SLQOBS
«Tai visité rapidement une partie de la Suisse occidentale , et j'ai aperça une si grande variété d'abjets dignes de fixer l'attention des agriculteurs^ qu9 je regrette de n'avoir pu consacrer assez de temps à l'excursion que j'y ai faite.
Néanmoins y j'ai crayonné quelques notes que j'ose vous communiquer 9 dans l'espoir qu'elles pourront faire 'naître^ chez des agronomes qui en ont le loisir , la pensée de refaire et de compléter le travail dont je vous présente une ébauche imparfaite.
A chaque {tas^ le sol de FHelvétfe leur 'offrira
(i) Mémoire lu à la Société 'royale d* Agriculture Ô^c Tunti.
des contrastes qui péaètretit Tâme de plaisir^ d'espërances et de jegrets. Près d^un riant paysage^ on troùVe raridité du désert ^ ^ souvent une source impétueuse, en descendant de la montagne y porte autour d'elle la fraîcheur et la fertilité. Toutes les yallées ont des zones de température différentes ; leur élévation au dessus de la mer, leur constitution géologique et le plus ou moins d'ouverture qu'elles donnent aux <u>urans de l'atmosphère y déterminent des nuances remarquables dans les productions du sol , dans la culture des céréales y des pâturages y des vignobles et dans la croissance des forêts. Enfin le voisinage des glaciers, les combats que les vents se livrent et l'irrégularité des saisons tromperaient souvent les voeux des cultivateurs y s'ils ne luttaient contre ces désavantages par un travail opihiâtre, .des moeurs frugales, de sages institutions et un amour inexprimable pour le sol de la pàlrieî /
J'entrai dans la Suisse par le canton de Genève > dont l'état de perfection auquel l'agriculture est arrivée pourrait servir de réponse aux éconoixiistçs, qui croient que les grandes propriétés sont indispensables à l'avancement de cet arV
Un de mes premiers soins fut de visiter le dépôt des machines aratoires , situé à l'entrée da Jardin botanique de Genèye. On j conserve les modèles d'instrumens dont l'application est jugée utile à l'agriculture du pajs^ et on j admet ceux que les constructeurs de macliines vealent y exposer ; on leur accorde a^sez soutent des avances pécuniaires pour encourager leurs travaux. Les murs sont garnis de nombreux diessins tous 'relatifs à diverses branches de Féconomie rurale.
Les artisans trouvent dans ce dépôt des mordèles à imiter , et les cultivateurs des * machines à choisir ; parmi celles-ci , je distinguai les suivantes :
lo. La ckamie^taupe. Elle diffère des charrues ordinaires en ce qu^elle porte à l'extrémité y ou lieu du soc y un cylindre de fer pointu ^ de i5 à 18 pouces de long sur 8 de large ^ disposé de manière à sq. maintenir à une profondeur de 16 à 1 8 pouces dans la terre y où il trace un sillon couvert ^ tandis qu'un contre placé en ftvaiit divine légèrement la'sùpetficie du sol. Ces canaux souterrains y à peu prè% semblables à ceux que ferment les taupes 9 et que l'on &.it aboutir à un fossé commun ^ sortent à l'écoulement dès eaux stagnantes. L'usage de cette charrue serait chez
nous d'une utilité réelle dans beaucoup de tocali* tés pour assainir des prairies humides sans entamer sensiblement leur surface.
2?* Une herse mécanique , de l'invention de M* Machon y pour ameublir le sol et extirper les mauvaises herbes. Cette herse est composée d'un châssis en bois armé de quatre rangs de lames placées dans un ensemble parallèle , de manière à ce que les raies formées par les lames du premier passent entre les lames du deuxième, et ainsi de suite. Ces dents , au nombre de cinquante-trois , ont 6 pouces de longueur et se rapprochent de la forme d'une lamé de couteau. Le diâssis est soutenu par six petites roues, dont quatre d'environ i pied de diamètre aux angles, et â au milieu, de i5 à i6 pouces. Ces roues montent et descendent à volonté sur leurs axes , au moyen des coulisses en fer dont elles sont garnies. Par cette disposition, on peut &ire pénétrer les pointes dans le sol, depuis une ligne jusqu'à 4 À 5 pouces. Deil:x petits chariots, soutenus par deux grandes roues , sont adaptés à la herse , et servent à la transporter facilelnent et à la débarrasser des herbes qu'ell# a entraînées pendant le travail : ce qui s'opère à Taide d'un treuil , au<tour duquel s'enroulent des courroies attachées au châssis.
Les cultivateurs qui ont fait Fessai de cette herse diffèrent d'opinion : les und en trouvent les dents trop courtes et trop rapprochées^ ce qui con^ trarie sa marche et entraîne beaucoup de mottes de terre; les autres se iiélicitent de l'emploi de cette machine y et entre ceux-d je mentionnerai M. Bellamy-Aubert ^ qui a essayé l'iastru* ment sur un sol léger semé en luzerne. Cette planté avait presque été étouffée par les mauvaises lierbes ; la herse y passa deux fois, et enleva plus d'un tombereau d'herbes traçantes sans endommager la luzerne^ qui reprit une nouvelle vigueur. Il parait que si cette herse présente des inconvéniens à l'égard des terres fertes et humides y elle offre des avantages réels sur les terres sèches et légères.
3^. En£n , je mettrai sous vos jeux un semoir que je dois à la complaisance du Comité d'agriculture, chargé de la direction de ce dépôt. Cet instrument, qu'un seul homme, peut conduire comme une brouette , est composé d'une boîte de ferblanc , formée de deux cônes évasés , qui se réunissent à leur base et qui ont |o pouces de diamètrot La boîte, dam laquelle on introduit la graine, est percée, sur sa plus grande circonférence , de dou2ie trous , de 7 lignes en carré , recouverts d'un tiroir percé , au moyen duquel
(lo)
on forme une ouverture proportionnée à la grosseur de la graine que Ton sème. Ces trous laissent échapper les graines y par une trémie , dans un tube qui les yerse dans le trait formé par un petit soc attaché a.u tube ; une seconde roue , large de 4 pouces et placée derrière , les recouvre en passant légèrement sur le sol. La boite est mise en mouvement par une chaînette tendue entre deux poulies ^ l'une fixée aur Taxe de la boite , et l'autre ^ deux fois plus grande ^ sur celui de la roue de devant.
Pour espacer à volonté les graines ^ il suf&t d'ouvrir ou de fermer plus ou moins de trous; et lorsqu'on veut semer à plus ou moins de profondeur^ il faut élever ou baisser le soc^ ou seulement hausser ou baisser la roue de derrière^ dont les supporta en fer sont percés de trois trous pour obtenir cet effet.
Des crampons , qui sont fixés devant , servent à attacher une corde ^ au mcjei^ de laquelle un homme ou un cheval traîne le semoir lorsque la terre est trop forte pour qu'un seul homme puisse le pousser» Tel est le semoir qae j'expose aujourd'hui à votre attention^ en me^ réservant de vous faire connaître plus tard de que l'expérience m'aura enseigné snr son emploi*
Le Conservatoire de Genève possède aussi
l'araire de Rovilie> la charrue américaine y i'extirpateur anglais , febriqué par M. Molard^ à Paria , le sarcloir âe Durand et la plupart des znachines imaginées ou adoptées par M. de Fellenberg; mais comme je me proposais de les examiner à Hofwyl 9 je ne fixai point alors mon at^ tention sur elles*
M. Fazj, agronome et économiste distingué , secrétaire de la classe d'agriculture de la Société dés arts , et M. Bertrand ^ l'un de ses collègues^ me conduisirent dans deux établissemens doAt le but se rattache d'une manière spéciale aux progrès de l'économie rurale du canton* Leur influence sur le bonheur des campagnes et le service que Toua rendriez à notre agriculture en provoquant chez nous des fondations de cette espèce me déterminent à entrer dans quelr ques détails sur ces deux institutions ; l'une est connue acRis le nom d^ École rurale de Carra, et l'autre y . sous celui à!JScole rurale de VUletie.
On doit sans doute aux succès de l'École des. pauvres ^ que M. de Fellenberg a instituée à Hùiwjly la pensée d'en ibnder une pareille à Genève; celle*ci fut d'abord destinée à rece^ voir lesen&ns dont l'hâphal se' trouvait aur* chargé. .On était auparavant dans l'usage de le&
placer à la campagne, et l'on exigeait des maîtres de ces enfans qu'ils leur fissent fréquenter les écoles et suivre les instructions religieuses du pasteur de la paroisse ; mais quelque assidue et paternelle que fdt leur surveillance , elle ne pouvait les préserver de tous les inconvéniens attachés à leur position* En réunir un certain nombre dans une école organisée sur le plan de celle d'Hofwyl était lé moyen , tout à la fois , de leur donner une éducation meilleure qu'ils ne pouvaient la recevoir isolément^ et d'en for-- •mer des domestiques instruits et honnêtes , des fermiers capables et des économes habitués à l'ordre .
On fut bientôt d'accord sur les bases de l'institution projetée y le point essentiel consistait à trouver un maître capable de la diriger. M. de Fellenberg y consulté à cet égard y désigna ^ comme susceptible de se former pour cette place difiGicile, le jeune Eberhardt^ né au village de Céligny y dans le canton de Genève , et alors en apprentissage de charron à Ho^yL U dirigea , dès ce moment y l'éducation d'£beiha,rdt dans un sens conforme à «a destination; âl consentit à recevoir deux enfans.de l'hôpital de Genève, afin de les accoutumer au régime de l'école , et en faire , pour ainsi dire , le noyau dô l'éta-
blissement genevois. On songea ensuite au choix d'un local , et celui sur lequel on avait d abord jeté les yeux n^ajant pu convenir , M. Vernet- Pîctet mît à la disposition des fondateurs une maison contiguë au domaine qu'il possède dans le village de Carra, situé au delà de Chesnes, dans la commune de JBessinges : cette maison se trouve indépendante àé l'habitation principale ; elle a une cour fermée et des bâtimens qui peu-, vent servir à loger le bétail et à recevoir les ré* coites. Ce citoyen généreux oôrit.de faire travailler les élèves sur son domaine, et.d'afibrmer à l'école quelques portions de terrain. Ses ofi'res furçnt acceptées y et , au fuintemps de 18:20 , on fit venir à Carra le jeune Eberhart, ainsi que . les deux élèves qui avaient séjourné à Hofwyl, et on les réunit dès lors à plusieurs autres enfans de l'hôpital.
Afin de ne pas trop multiplier les premières difficultés 9 .on n'augmenta leur nombre que peu à peu 9 en y^admetUnt aussi des enfans présentés par le bureau de <bie/ifaisauce ou recommandés par des particuliers ; il s'élève aujourd'hui à vingt-cinq, et l'étendue du local ne permettrait pas de le porter au deU.
Les soins et la capacité d'Eberhardt répondirent à Tattente des fondateurs} il règle lui-même
et distribue l'ouvrage, accompagne les enfkns au travail ] leur donne des leçons à la portée de leur intelligence et. ne les perd jamais de vue. Les détails de ménage sont soignés par la femme d'Eberhardt, qui le seconde dans ses efforts pour imprimer aux élèves des habitudes de docilité^ d'ordre et de propreté. La culture de la terre &rme leur principale occupation. Ils travaillent tous ensemble y le maître à leur téte^ ou divisés en deux ou trois bandes; et, dans ce cas, celui qui, dans chaque division, a pluJs de droit à la confiance du. maître, surveille ses camarades et rend compte de ce qui s'est fait. Les travaux ont lieu d'abord sur une étendue de i5 poses (i) affermées à l'école. Le reste du temps, ces jeunes cultivateurs travaillent sur le domaine de M .Vernet -Pictet, en prenant des ouvrages à prix«fails ou à. la journée : celle-ci est fixée à raison de neuf heures pour toute l'année , et le travail se paie sur le nombre d'heures qu'ils ont employées j ce qui laisse à Eberhardt la faculté de régler l'ouvrage comme il le juge convenable, et de le proportionner à leurs forces. Ils soignent de plus trois vaches, deux porcs et quelques mou-
(i) La pose de Genève est d'environ 27 ares.
toDs. Les vaches, accoutumées au trait , servent aussi au labourage.
Lorsque le travail de la terre manque , ou que la saison empêche d'j vaquer> on occupe les élèves dans un atelier decharronnage, au battage du bfé, à des 4>uvrages de vannerie; ils tressent des chapeaux de paille 9 tricotent, filent 9 aident le tailleur, le cordonnier et le sabotier qu'on em«ploie dans la maison à confectionner les vét^* menset le s chaussures des élèves. On leur apprend à lire, à écrire et à compter; on leur enseigne le chant sacré , un peu de dessin ; on leur fait aussi connaître les noms, les caractères et les propriétés des plantes les plus usuelles , qu'ils vont recueillir et dessèchent eu^->mémes.
Parmi les livres qu'on leur donne à lire ou à extraire, je remarquai les Annales agricoles de RoviUe, par M. Mathieu de Dombasle > dont Ëberhardt leur explique les passages au dessus de leur portée; les Secrets de^ Jean-Nicolas Benoît j ouvrage élémentaire du même auteur, écrit dans le goût du Bon homme Richard ^ de Franklin ; V Abrégé d'agriculture par deman«^ des et par réponses, de M« Lullin , espèce de catéchisme appliqué à l'agriculture locale; et en* fiin les Bulletins que la Classe d'agriculture de la Société âes arts de Genève publie dans le but
d'appeler l'attention des cultivatears sur toutes les améliorations dont l'économie rurale du canton est susceptible.
Un des principaux moyens d'encouragement employés par Ëberhardt consiste dans de bonnes notes accordées comme récompenses* Chacune d'elles représente un demi-sou. La possession d'un peu d'argent a permis d'établir de légères amendes ' dont le produit est employé à l'achat de quelque objet d'un usage général, au choix de$ enfans. Quant aux sommes qui, à la fin de l'année, restent entre leurs mains, on leur enseigne à en ménager l'emploi ; oa on les place, sous leur nom, à la Caisse d'épargnes de la ville de Genève : elles servent à leur acheter un petit trousseau à l'époque où ils sortent de l'établissement.
L'école de Carra, fondée par le professeur Pictet, le conseiller Piclet de Rochemont, et M. Boissier-Lefort, doit son maintien à leur contribution annuelle, et aux dons volontaires de quelques autres personnes qui désirent coopérer à la stabilité d'une institution aussi utile. Parmi les causer qui influent sur son succès y il en est -une que je dois vous révéler : c'est la douce et ingénieuse vigilance que madame Vernet- Pictet exerce sur l'école } les soins et le dé*
vouement de cette excellente femme lui ont valu des titres à rattachement de tous les élèves , à la reconnaissance des familles et à Festime de la société.
L'école rurale de Villette a un but plus louable encore que celui de Fécole de Carra. Cellelà^ établie une année plus tard^ doit sa fondation à quelques dames genevoises qui y alarmées du progrès de l'immoralité chez les. jeunes filles du canton 9 et croyant en apercevoir la causé dans le contact de parens vicieux avec des en- &ns livrés à leurs penchans naturels, se réunirent pour arrêter la marche du mal en formant un établissement à la campagne, afin de les soustraire aux mauvais exemples et en 'faire de simples et laborieuses ménagères. Dès les premiers pas , ces dames se virent embarrassées soit pour la localité , soit pour trouver des gouvernantes qui pussent répdhdre à leur projet. Elles- furent bientôt soulagées d'une partie de leur sollicitude par la proposition généreuse d'un propriétaire du canton , qui leur offrit une ferme attenante à son domaine , situé à Villette y et en même temps leur promit une surveillance journalière* Cette circonstance facilita l'exécution du plan y et deux gouvernantes y choisies dans la classe des agriculteurs et distinguées par l'habi-
tude du travail 9 de l'ordre et des vertus pratiques ^ iur^t jni3es à la tête des jeunes filles comme exemple à suivre et comme modèle à imiter.
Les directrices y au nombre de treize > surveillent toutes les occupations ; elLes se sont par^ tagé les soins qu^exige l'établissement ; et, outre ces soin9 spéciaux, elles exercent îine surveil-* lanôe exacte , dont, elles rendent compte par écrit. Les bases qu'elles ont posées comme règles fondamentales sont celles-ci :
Pour qu'une fille soit admise , elle doit être née dans le canton, et avoir des parens incapables de lui donner une éducation morale; il faut encore une déclaration par laquelle ils s'en-^ gagent à confier, pour un temps déterminé , l'enfant qu'ils présentent^ aux Conditions dont on leur a donné connaissance. Cet acte décide de son admission. D'autres conditions nécessaires aussi, mais qui varient selon les cas particuliers , sont convenues mutuellement avani l'entrée de l'enfant.
Depuis six ans , cet établissement prospère : il Contient maintenant vingt élèves , et des considérations de salubrité ne permettant pas d'accumuler les lits dans les dortoirs , on ne peut guère dépasser ce nombre. En été, elles vont,
toujours accojiipagnéeiB d'une gouvernante , tra-« vailler chez dififérens propriétaires , aux ouvrages' de la campagne; à la ferme ^ elles apprennent ^ suivant la méthode lancastërienne (1)^ à lire, écrire^ compter 9 et iont .toutes sortes d'ouvrages d'aiguille; on hiver ^ plus renfermées dans leur demeure 9 elles sont exercées avec plus de soihs dans ces diiïërentes études ; elles teillent y filenr le chanvre , tressent des pailles y etc.
Les élèves les plus âgées surveillent les plus jeunes et en sont responsables. On échange ^ dexxsi fois par année y les bcmnes notes contre de Vaxgent| gui est placé à la Caisse d'épargnes sous le nom de l'eniant. Telle est l'école de Villette que je ne quittai point sans faire des vœux pour en voir former de semblables dans nos campagnes^ où les moyens- d'opérer le bien ^nt trop rarement proportionnés au désir de lé &iré. '*
De li^ nous nous rendîmes au village de( Lancy 9 dans lequel la mémoire de Charles Pià-
i»t»— i>»*^^i»»y**wi** * Il I * * > . nu - I I f • ■ I I ? • I ■ I T
(i) Lancaster ne fut point l'inventeur de èette méthodei comme otf le croit communément^ elle 'était j^ràtîquéë dans rinde, depuis des siècles. ^ ioi8()u^ttn vi>yàg6ui«it«L<' lien, Pierre délia ya]Je., qui ^ trouyait ^r^n z6jbd«.daiia Pliidoustan , fut le prentiei: klf faire go^^i^ît)^. iXfiy^ Viaggi dl Pietro délia Falkj ,Rpfna . 1662, 4 Aol» inr4**0
(ao)
tel excitera long -temps la reconnaissance âe» cultivateurs qui recaeilient aujourd'hui le fruit de» améliorations dont il leur a légué Texemple. Le fils de cet agronome ^ héritier de son domaine et de sea connaissances rurales ^ y en* tretient un troupeau de cinq cents viéruos environ, dont le noyau 9 sorti de Rambouillet^ il y a trente ans ^ a transmis aux animaux qui eut sont issus les qualités propres à la toison espagnole la plus pure. Non seulen^nt il n'y a pas eu y par le changement de pâturages et de climat ^ la plus légère trace de dégénératiou^ mais encore l'abondance ^ la longueur , la douceur du brin , le nerf ^ l'élasticité et l'absence du jarre se retrouvent au plus haut degré après tant d'années révolues. Un tel exemple ^ disait M. Pictet, peut répondre à ceux qui s'imaginent que les toisons dégénèrent par le dimat et la nourriture. Le secret de cet agronome consiste dans sa persévérance à choisir des étalons dignes* de soutenir la vieille réputation du troupeau de Lancy. Ou pprte à quatre mille le nombre des mérinos qui existent dans le canton de Genève^ c'est à dire . sur un espace de huit lieues car— réesy tandis queceiai des bêtes à laine commune ne s'élève pas à pins de mille»
M. Fazyy au^si obligeant que profondément
iastruît^ iii« ramena à la ville ^ en me montrànt^ dans le hameau de Cartigny, une machine écossaise noavellement établie pour le battage des céréales. La construction de cette machine^ connue de toutes lés personnes qui s'occupent de mécanique agricole , consiste principalement en un gros tambour ibrmé de barres de bois fixées parallèlement sur deux cercles de fer. Ce tambour, tournant rapidement sur son axe, a l'aide. d'un manège, frappe le blé, qui lui est amené dan^ le sens de sa longueur par une paire de cylindres cannelés. Le grain, détaché de l'épi, passe à travers un crible^ et le chaume se trouve entraîné parla vitesse imprimée ^u tambour. Le blé tombe ensuite dans une trémie, qui le conduit dans un tarare ^ où il reçoit une par&ite épuratien^
Au moyen d'une modique rétribution , tous les cultivateurs des alentours sont appelés a jouir des avantages qu'elle présente : ces avantages sont de ne laisser aucun grain dans la paille , de rendre celle-ci plus propre à la nourriture des chevaux , d'éviter, dans les pays où l'on ne bat point en grange , les inconvéniens de la pluie, qui endommage les gerbes , ou en fait retarder lè battage, et enfin de Étire autant d'ouvrage que trente batteurs au fléau. On compte déjà plu-
sieurs machines du même genre dan^ le canton ^ et l'on en distîague une^ entre autres ^ établie À Carouge , qui est mue par une petite chute d'eau.
En revenant à la ville ^ mon attention se p^rta alternativement sur là culture soignée des préa mtificiels et dès champs de pommes de teite ou de sarxadn ; sur la bonne tenue des vignes et des haies ; sur la propreté des fossés dVcoulement qui bordent les routes ; sur le bon état des chemins vicinaux et la perfection des labours, exécutés la plupart au moyen de la charrue belge , à la* quelle M* Machet, mécanicien de Lancy^ a fait plusieui's changemenJsqui ont ëté adoptés ou ma^ difiés.
Cette charrue ^ telle que je l'ai observée, paraît plus forte que la charrue belge proprement dite (i),. L'âge est un peu plus long, pour avoif* plus de solidité dans la raie* L'oreille ]est plus haute et plus courbée à sa partie supé* rieure • afin de mieux retourner la terre. Le coutre est fi^é ydLH devant du soc et s'appuie contre lui, pour éviterque'la terre ne se place entre le contre et le soc ; ce qui arrivait lorsqu'ils étaient rappro-
(j) Celle-ci est figurée et décrite dans le 1V«. vol. du Z)icliormgiré<l'agncuÙure* pB.ris^ Détervilie, 1821.
chës sans |tre adhérens. Une plaque de fer couvre tout l'espace opposé à l'oreille , à gtiuche de la eharrue , afin que la terre glisse contre la plaque^ au lieu de s'introduire sur le talon « Ces charrues portent indifiënemment^ à l'extrémiïë de Tage^ ou un sabot ou une roue qui se hausse ou s'abaisse à yolontë et ne touche le sol que ' dans le cas de secousses.
Depuis plusieurs années^ quelques propriétaijres font labourer leurs vaches sans qu'elles ëproilvent une diminution sensible dans la production du lait^ mais la plupart emploient aussi des .boeufs^ et s'appliquent à en améliorer l'espèce. Pour cela ^ ils croisent la race du pays avec celle du cauton de Schwitz, qu'ils préfèrentà la race fribourgeoise ^ en ce qu'elle résiste mieux au chanf> gement de climat et k l'infériorité du .fourrage» On porte à huit mille le nombre des bétes à cornes du canton de Genève*
S'il fallait maintenant déterËriinëi' lés causes de l'esprit d'anJélioration que j'ai remarqué dans lés diverses branches de l'éconoi^aië Rurale de ce canton^ noue les attribuerions i^. h l'instruction que l'on réparld dans les campagnes ^sonree pre^iièi^'de toute améliotation; a°. à la culture des sciences naturelles /que des savans d'un ordre supérieur professent avec suc-
ces; 3*^. et à Tixifluence d'une Société consacrée à l'avancement de Tagriculturey qui ne publie que des instructions à là portée des simples cultivateurs ; elle leur accorde des Honneurs où des primes en argent ^ des instrumens utiles ou des graines de plantes économiques; elle expose à leur attention les meilleures machines et provoque entre eux de fréquentes réunions ^ où chacun s'éclaire par le récit de leurs expériences et de leurs procédés.
Je quittai Genève^ et en suivant la rive septen*^ trionale du lac Léman , je me dirigeai sur Lausanne. A peine touçhe-t-on le canton de Vaud^ dont cette ancienne cité est le che£-lieu ^ que l'on rencontre une institution agronomique qui ap^ pelle sur elle toute l'attention des cultivateurs; je veux parler d'une ferme expérimentale que M. Auguste de Staël a établie à Coppet dans les terres dépendantes du château où Necker, son aïeul maternel y s'était retiré après avoir été ministre d^État de Louis XVI.
Cette ferme se compose de trois domaines peu éloignés les uns des autres. M. de Staël f a introduit tou$ les genres d'améliorations admissibles ^ par l'établissement des prairies artificielles et des cultures sarclées j. mais c'est vers le perfec*
tionnement des bêtes à laine et des chevaux qu'il a surtout dirigé ses soins.
Dans ce but^ il a converti en prairies ses terres arables d'une nature froide et argileuse, ainsi que celles qui ne servaient que de parcours. Tout ce qui n'a pas été susceptible d'irrigations a ëté couvert de sainfoin ou de trèfle. Les prairies marécageuses ont été assainies au mqjen de la charrue- taupe 9 et par l'emploi de diilérens genres de composts ou mélanges de terre ^ de fumier et de chaux en proportions diverses. Ayant ensuite recherché qi^elle était la race de moutons la plus avantageuse à introduire en Suisse^ ce propriétaire éclairé reconnut, dans un voyage qu'il fit en Angleterre, en 1823, que celle que l'on doit au célèbre Backwell avait une charpente délicate et demandait de trop riches pâturages pour pouvoir réussir sur ceux de la Suisse j tandis que la race cottswold, plus robuste ^ habituée sur les collines à des herbes moins succulentes, présentait plus de chances de succès. Il choisit donc quatre bélier^ et six l^rebi» de cette race, et joignit à ce petit troupeau quoi* ques individus de la race southdown, qui a remplacé toutes les autres à courte laine dans les comtés du midi et du centre de l'Angleterre.
La race cottswold se distingue par l'absence des cornes j une lête Wgèreinent busquée chez le mâle , presque droite chez la femelle, et moins fine que dans la race de Leicester j les oreilles petites et dressées, l'épine dorsale droite , le rein large et carré , la poitrine ouverte , les jambes courtes et fortes, la peau d'une couleur rosre très prononcée et une laine abondante et tassée, égale , très nerveuse et de la longueur de près tl'unpied.
La race soiithdown tire son nom des collines méridionales de l'Angleterre, où elle est fort répandue. Moins grosse que la précédente, plus agile et aussi robuste , on la reconnaît à l'absence des cornes et à ses oreilles droites , .à sa tête et à ses jambes d'un brun grisâtre , à une large poitrine, au train de derrièi'e un peu plus élevé que celui de devant 5 la laine ordinairement est blanche, fortement tassée , très égale, moins fine que les belles laines mérines, très supérieure pourtant à celle des races indigènes ou métîsees. Son élasticité là fait préférer chez les Anglais aux toisons espagnoles pouf la fabrication des draps forts destinés à résister' à la pluie j mais à ces qualités les animaux de cette race joignent l'avantage de s'engraisser facilement de très bonne
( 27 ) keure et à peu 'de frais; c'est principatemeiit sous cette dernière considération que M . de Staël l'a introduite dans son pajs y afin de commo^ niquér aux mérinos les qualités qui leur manquent pour tirer de leur chair un revenu avantageux toutes les folk que Ià laine se vend mal.
Telles sont les deux races anglaises impor-*tées à Ooppet> l'une à longue laine > destinée à £mtm aux manufacturiers du ConUnent un lainage qui leur manque , et l'autre , à laine courte f qui réunit à ^élasticité de la toison Va^ vantage d'un prompt et Êicile engraissement.
^on seulement il les maintient dans toute leur pureté , mais encore il les allie avec ia race espagnole , avec la wurtembergeoise^ avec celtes de -la vallée de Frutigen dans le canton de Berne , et notre grande race de la Lomeliine ( i ) , dont mon estimable confrère, M. de Cavour, a le premier cherclié à affiner la longue laine en -alliant plusieurs brebis arec ses beaux béliers de Leicester. En un m^ot , H persévérance et les lumières de M^ de -Staël font espëver qu'il parviendra à obtenir des laines longues qui seront en
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(i) Cette race vient d^être introduite par madame Laurent aux environs de Lyon.
même temps fioes et tassées^ ainsi que de pra- .duire de$ animaux d'un volume supérieur à celui des mérinos.
M. de Staël, en établissant un haras^ s'est proposé le même but que dans l'éducation des bêtes à laine : celui de créer des types de nouvelies races de cbevaux supérieures à celles de la contrée qu'il habite .Convaincu que les pays de grande culture peuvent élever des chevaux communs à un prix beaucoup plus bas que ceux où la petite culture porte très jiaut la valeur du sol , il a pensé qu'il convenait de n'élever dans la Suisse que des animaux supérieurs , et il a fait choix , en conséquence, des individus les pluis distingués* Ainsi, k l'aide de plusieurs animaux de pur sang arabe ^ habitués depuis plusieurs géoérations aux pâturages , et au climat de la .Grande-^ Bretagne , et conservés par une longue suite de ^oins bien entendus, cet agronome a pris à tâche d'affiner les chevaux suisses , qui ont générale* ment les pieds trop gros, les jambes charjgées de poils, et n'ont ni l'aplomb ni le degré de vi«vacité désirables*
Il élève d'abord ses poulains jusqu'.au sevrage dans une écurie ouverte, entourée d'un parc où ils ont la liberté de se promener. Pour les sevrer, on les envoie dans une autre ferme ^
(«9) où ils jouissent d'un parcours plus spacieux, et clés ce moment on leur donne de Tavoine concassée. A la seconde année , et vers le mois de juin^ on les mène à la montagne , sur la chaîne du Jura, qui entoure le pays de Vaud ; livrés a eux-mêmes , ils se familiarisent à une température plus rude ; ils acquièrent cette allure plus libre et plus assurée que donnent les mouyemens d'un terrain montueux, et en automne ils des-, cendent dans la vallée, où ils profitent encore des pâturages qui succèdent aux regains.
. Tous les résultats de leur éducation, toutes les circonstances dignes d'être observées' sont consignés sur un registre que l'on communique aux agriculteurs, invités^ cbaque année, «à assister \k une réunion consacrée à la vente d'un certain nombre de chevaux et de bétes à laine améliorés. La première de ces réunions agricoles oi&it surtout un grand intérêt par la présence de plusieurs savans étrangers, au nombre desquels on distinguait M. Huzard, inspecteur général des écoles vétérinaires de France.
Mais à peine ai* je tracé ces lignes, qu'on m'annonce qu'une mort prématurée est- venue arracher M. de Staël ksçB doctes expériences (i).
^ (i) H est décédé le 17 no?embre 1827.
Hklio (l'un nom oélèbre dans les fastes de la lillc* rature, il en eût augmenté- l'éclat en Tassociant à celui des Daubenton, des Tessler et des Pictel, dont les bienjlaits pénètrent tous les jours sous le toit de l'opulence et dans la chaumière du pauvre «
Les cultivateurs du canton de Vaud, un des plus productif de la Suisse, donnent une si grande extension à leur industrie pastorale ^ qu'ils ne peuvent cultiver tout le blé nécessaire à leur oon^ sommation. Mais il n'en est pas de même par rapport à la vigne : le pays de Vaud produit y à lui seul^ autant de vin que tout le reste de l'Helvétie.
Depuis Coppet jusqu'à Lausanne 9 je suivis une cbaine de montagnes calcaires ^ élevée à i|5oo pieds au dessus d\i lac, couverte de vi-* gnoblef^ qui produisent un vin blanc analogue i celui du Rhin , et connu sous le nom de vin de la Cote» C'est surtout entre Laustinne et Vevey^ sur les rochers du Jorat, dans le territoire de La vaux I que la culture de la vigne paraît portée à son plus haut degré dç perfection : il existe même près de Saint^Saphprin des vignobles tellement privilégiés par leur exposition et la nature du sol , que la valeur d'uft arpent j d'environ 40|00O pieds, s'élève jusqu'à ]i 5, 000. francs.
Les vignes, le plus ordinairement , sont plantées en quinconce à un pied et demi de distance ;
leur cep ne s*élève qu'à 7 pouces à peu près et produit trois ou quatre sârmens , qu'on taille en général sur deux yeux et qu'on lie à des échâias en bois de sapin ou de mélèze de 4 ^ 5 pieds d'élévation : par là^ les raisins sont assez éleVés pour ne pas traîner sur la terre et assez rapprochés du sol pour recevoir en même temps l'action réfléchie et directe du soleil.
On laboure le sol trois ou quatre fois par année avec le fossoir^ sorte de houe à fer court et étroit^ à manche long et légèrement recourbé y et on le fume plus ou moins souvent selon la nature du terrain , on l'âge de la vigne- Le plant que l'on préfère porte des grains blancs et peu serrés; il est connu des vignerons du pays sous le nom de fendant, et se multiplie ou par des provignemens, ou par la greffe. On regarde cette variété comme moins sujette à couler, et l'on dit que son raisin se vide moins facilement lorsqu'il est frappé par la grêle.
Je fis une station de plusieurs jours dans la ville de Lausanne, située entre le lac de Genève et une antique forêt de chênes qui la domine. Les campagnes qui l'environnent présentent une culture pittoresque et très variée. Parmi les plantes qu'on y a récemment introduites, je remarquai une vai-iété de chou-colza que je crois
préférable à celle que nous culliyons, en ce que ses rameaux ne partant généralement de la tige qu'à un pied de terre, au lieu de sortir du col* let de la racine , ses graines se dispersent moins facilement, lors de la récolte, et leur maturité est plus simultanée. On ne sème ordinairement cette crucifère qu'après les céréales; et au lieu de répandre la graine avec la main , quelques cultivateurs se servent d'une bouteille dont le bouchon est traversé par un tuyau de plume d'un calibre proportionné à la semence.
A Tépoque de mon séjour à Lausanne , on paraissait alarmé d'une épizootie dans l'espèce bovine, attribuée gratuitement par quelques personnes à la feuille des noisetiers , que les vaches broutent contre les haies. J'appris aussi que plusieurs propriétaires essayaient de nourrir leur bétail avec du foin cuit à la vapeur et saupoudré de sel. Ils espèrent trouver dans cette innovation le double avantage de l'économie et de la salubrité. Le procédé consiste à renfermer les herbes dans des caisses de bois hermétiquement jointes , dont le fond est percé de trous , à travers lesquels s'introduit la vapeur d'une chaudière placée au dessous.
Je pris ensuite la route de Neufchâtel en pas--
sant par plusieurs villages, enti>e autres celui de Cossonay, où une plantation de yieux mûriers qui ombragent le chemin atteste encore les tentatives que l'un des propriétaires, M. Gaulis, avait faites pour élever des vers à soie* Déjà) en 1780^ il avait nourri une couvée àe dix onces et demie avec la feuille de ces mûriers , qui lui produisi*^ rent huit cents livres de bons cocons • Un succes aussi remarquable doit faire regretter que M* Gaulis n'ait point mis dans ses travaux la persévérance nécessaire, et qu'aujourd'hui la dépouille de ces arbres ne serve qu'à la nourriture des bestiaux.
J'arrivai le même jour àYverdun(i), jolie petite ville, que je ne mentionne ici qu'afin de parler d'une association rurale qu'on y a formée pour la vente et l'emploi du lait. A cet eji'et, plusieurs |A:opriétaires ont choisi un local peu éloigné die la ville , dans lequel ils ont établi un berger et sa Êimille ; chaque jour, ils y envoient le lait de leurs vaches; arrivé au dépôt, on le mesure, on l'enregistre et on l'examine scrupuleusement* S'il s'en trouve de malpropre ou de trop clair, qui ne Soutienne pas les épreuve^ auxquelles on le
<i) Pestàlozzi n^y était plûs) il ^^t mort à Bi^augg, danfi le caizton ^^Argovié ,^ le 27' fétrî^ 182^. ^
soininel^ on le jette» eK l'on ne met en' Tonte <| «e celui qui a sautenu Tei^men. On envpie ce lail à la yille çhm les abonnés ^ et l'excédant est tran^fprméy dans. la laiterie^ ea crênste^ beurre^ laitécr^ë^ fromages et. petîtlaît. Chaque se*> xnaine^ un d^s a$30Gifés e^t chargé de rinspectio» des travaux. La . supériorilé du lait yendu par le dépôts U certitude d'y trouver de la crème €;cQmpt^ déboute frauda et du beunre parlaiter ment &ai9en font débiter les produits avecdvatir tago} .le$ consommateurs y gagnent,, et Les.pro*ductewa plas: encore y puisque Leur lait , qu'ils^ en aient peu ou beaucoup^ est toujours avaatar geiisenaeptî^iisployé^ , ;
De Jà ,. je m'e dirigeai viersi le pays de Neuf^ cbâtel, qui n'eat. qu'a quelques lieues de dia* tanoe r s^tmiiiâ^ è la monarchie prussienne^ $ow le titre d^ ftincip»utéf il forme» dana ses rapporlis avec JaSui^^e, up çaolon dopt l'étendue, ^t 4^
3<5 liçM0s qarréea,
. SeS)h^bîta^ , ^quoique gét^ém\^t!^$nt Imé» diWf,
aïts méc^niqup^^ i^e iiégligçfl,t ppiut.la culture de la terteij et Ja, yîgae leur, fournit, à eJie. $ç^ujte> les mpy^^M^ d^ s« pr<>«urer tous les graine dont il^ manquent.
En, iparcourpnt la rîye.opçideiitale dju laç>.quî se prolonge^ , ^^HÎ^ i bi xill^: 4'^vejrdnfa } uisq^'^
celle de Nèufclkàtel y je passai à traTers tin 'grand nombre de riches vigniibles , qui tapissent les coteaux du Jura et s'étendent jusqu'adx rires duJftc* Je^ne m'arrêtai qu'à fioudry^ dont les campagnes environnantes produisent des .vins rouges qui ne le cèdent en bonté qu'a celui de Cartaillod ^ où se trouvent leé toéilieurs f ignobles du canton*
L'importance que les I^eufcltàtelois attachent à la culture de la rigne a dû nécessairement les poiiet à constater T^llet des appareils propesés', dans ces derniers temps y pour soutirer des nna*ges le âuide auquel on attribue la formation de la grêle 9 et ^ à l'eicemple deshabiitasB. du pays de Vàud, un grand nombte d'entre eiaac élevèrsnt une multitude de pavagréles dont le' eàndooteur niétalHqne était inséré dans .de 1ob|^s perdies <be sapin 9 distantes de aoo mètres fen^riron^les unes des autres* Il m'eût &lla séjourner sur les Ueuîc pour examiner si les expérienoesaTaienrt M^oonduites de la manière la plus ptopf e n amener un résultat positif* Tout ce que j'ai pu saivoir^ ia'est qu'un orage de grêle ^ surrenu dans; la joamëe du 3 aoùt> avait maltraité si violeAimet^.dés vignobles des cantons de Neu&hÂlel et de Vaud^ dans les localités munies ou dépou^aes ûb êette
armure y que (a plupart des propetéliàmés ont ^é
( 36 ) iaisîs de découragement ; ce qui fait croire qu'ils ne donneront plus à leurs essais tout lé temps qu'ils peuvent demander pour être décisifs «
Enfin j'arrivai dans le canton de Berne ^ le plus remarquable de la Suisse sou» le rapport de l'économie rurale et alpestre.
A peine eus^je traversé la rivière de Thièle , que des forêts majestueuses ^ entretenues avec Boia et régulièrement espacées^ m'annoncèi^nt l'importance que l'on met à leur conservation. La sombre verdure de ces bois contrastait avec celle des prairies artificielleS| qui^ de toutes parls> me retraçaient les efibrts que Tschifeli a faits , dans le siècle dernier, pour introduire cette culture y devenue depuis lor» une des principales sources de la richesse agricole des Bernois.
Des habitations rurales, que je rencontrai ci et là, annonçaient que les cultivateurs de cette coof^
.trée font consister leur luxe dans une propreté encore inconnue dans > nos campagnes. Plusieurs fermes présentent sur un des côtés des élévations en terre pratiquées de manière qu'on peut con-
' duire les voitures jusqu'au grenier.
- ■ U serait difi&cile de se figurer l'intelligenee
, avec laquelle ces hommes laborieux dirigent leur» inrigations et emploient toutes les substances propres à fertiliser leurs terres. Us forment avec die^
grosses tresses de paille une espèce d'encadré*» ment de 4 À 6 pieds d'élévation, dans lequel ils entassent la litière des étabies, et où ils £mt aboutir les urines des bestiaux, les égouts-derha-^ bitation et leseauxplayiales•quidéc^ulentde leurs toitures. Tout près de cette espèce de meule, ils creusent une fosse d'une dimension proportionnée, en communication avec Tëtable, et dans la* quelle s'écoule la partie liquide du iumier^ qu'ils mélangent avec plus ou moins d'eau.
D'autres cultivateurs font mieux encore t le plancber ou le sol de leur étable entrâiile^ par sa pente , les excrëmens du bétail dans on caaal qui règne le long du mur parallèle au rfttelier , et dans lequel on introduit de l'eau. Ce canal , traversé par plusieurs petits ponts , communique à des fosses dont la capacité correspond au nombre des animaux , de manière à être remplies dans *une semaine. Ces £>8ses sont ordinairement au nombre de cinq, afin que le liquide reste tran*quille pendant la fermentation, qui dure- à peu près un mois. - ^
Four extraire cet engrais , auquel on donuM* le
-nom àeiizier, ils se servent, ou d'un seau armé
d'un long manche, ou d'une petite pompe en bois,
et ils le transportent sur les terres dans des U>n«-
neaux disposés de manière qu'il s'en échappe
<%urtaie Vûs^n dont on arrose aos proraentdes po* bliquetw II nt mmique à la perfectiom de cette méthode qu'un lèght toit de chaume ^ cùmme on le pratt£{ue en Angleterre et en Belgique pour empêcher Telj^t des fbrtea pluies y des neiges où dés raijoifcs dosséchans du soleil ( !)•
Dea Tachée ou des kœu& indifféremment ^ settla ou associés à dee cheVaux ^ servent aa ia« boiic des champs* La charrue en usage présente un avant- train et une seule oreille^ qui $e place altèmativeineilt de l'un ou de Tautrecoté. Lesoc, £irgé et plâty est doibé sur le sep; On j adapte deux cotitrea tranèhanf le sel a dea profondeurs inégaies et sur la moine direction j mais cette chârirae» longue et basse , demande une force motrice telle f . que )e vis jusqu'à cinq paires de •bœufe emplajëea i la tirer dans une terre de moyenne consistance*
Arrivé d^n&Ia cajntaie du Gouvernement berinuîa» assÎAP sur un plateau très élevé au dessus de i'AalT) M«-Bvi|nner| savant professeur de chimie 9 et M. Wagner, secrétaire de la Société, -écotiiomique- dà Benie^ m-dceompagnècejat chez
»ri '^f
»»»i |« rt f ii n
• (^ï) Voyez {"^ Instruction éur l'emploi des engrais liqmdes, rècligée par le professeur De CandoUe, et insérée dans * tc^ B'ulîetîrt de lit Classe de l'agrieultare^ de fa Société dés *«rtRdie»Gejièv«i*ÎQ. imaéci n?..eS^. :. . : i
(39) un des agronotneé les plus éoUirés du canlahf M. Tsdbarner^ qui nous fit voir sa ferme dang^ tous les détails^ ses. prairies miturelles et artifi-» eielies^ ses meules de &imier si bajnlemeitt construites 9 sies-cttltures de pommes de'teife et ses magnifiques bétes à coifaes ^ les pluâ belles de la contrée^ ses granges spacieuses et soËdement bâties eu bois de sapin. Ou s'étonnerait de voir des corps de ferme aussi cousid^i^ables par rapport aux terres qui eu dépendent,: si l'on ne réflé-» chissait que les fi^équentes intempéries ae per^ mettent pas de former des meuies de céréales ou de foin en plein air^ et que pendant Tliiver les cultivateurs ont à loger un grand nombre de bés** lia^iXy qui vivent sur la mokitagne durant ioute la saison du pâturage. M. Tscharner satisfit aves bonté à toutes les demandes que je lui fis sur l'économie rurale du canton: il s'étendit sur la dtffîcuhé d'élever les botes à laine superfine dansle climat de Berne , doat l'humidité ^ en im«« prégnant la toison de ces animaux ^ oocasione un défaut de transpiration toujours nuisible à lefir santé. Cet agronome ne pensait pas: non plus ^u'il &kt avantageux de niultiplier la race o?ine sur les montagnes , à cause du piétinement coûïtinuel des brebis, qui ameublit la coucbe végétale^ que les eaux plutialés ne tardent pas à ènlrainer avec
elles. La race que l'on élève dans le pajs est de haute taille ; sa laine est grossière et ne se vend que de 8 à 9 batzen la livre.
C'est «ous la présidence de M. Tschamer que la Société économique de Berne a conçu l'heureuse idée de fonner entre les propriétaires une association dans le but de se garantir mutuellement leurs récoltes contre les dommages de la grêle : à cet effet , elle a établir des bases qui offrent toute la sécurité que l'on peut rechercher.
Tout cultivateur 9 qu'il soit propriétaire , fermier , métajer ou vigneron , peut être admis à l'association^ pourvu que' la valeur qu'il à à assurer soit au moins de 200 livres , et toute commune ou village peut se faire recevoir comme simple membre.
Chaque sociétaire fixe lui-même annuellement la somme qu'il peut &ire assurer comme représentant la valeur présumée de sa récolte future, et c'est d'après cette évaluation que Ton règle l'indemnité à accorder ^ ainsi que la contribution qui pourra être exigée de lui. Afin que le sociétaire dont les propriétés seraient plus exposées aux désastres n'abuse pas de la circonstance pour faire des profits illicites^ et que celui dont les propriétés seraient moins exposées^ en raison des IcK^alités^ puisse faire assurer des récoltes sana
être' obligé' de se soumettre à des contribiitiont qu'il jugerait trop, élevées pour lui, .toute espèce d'exagération est interdite; mais il est permis à chacun de fixai* cette, valeur aussi ba)i qu'il le juge convenable.
La somme déterminée, étant le maximum. de l'indemnité qu'il doit prétendre, dans le cas d'une destruction totale de ses récoltes par la grêle, il ne peut de même, et. dans aucun cas, être exigé de lui au delà de ce qui. est fixé pour. sa. contribution. La Société ne répond que du montant (les sommes qu'elle a perçues, déduction faite des frais d'administration. L'estimation desdommagea se fait d'après l'état de la récolte. telle qu^elle existait, au moment où la grêle l'a frappée.
Les récoltes admises à l'assurance se divisent en deux classes : la première se compose des céréales , des plantes oléifères et légumineuses } ' la deuxième comprend les. récoltes qui restent plus long-temps exposées aux dangers de la grêle^ ou qui sont de nature à éprouver des dommages plus considérables, telles que la vigne, le tabac^ etc. Toutes les herbes qui ne sont pas des* tinées à porter graine^ ainsi que les firuits^ sont exclus de l'assurance.
Mais l'esprit de prévoyance, dans cette contrée essentiellement agricole , ne s'est pas limité à as-
aurer iesibuitd àt la teire c&atte nn méièor&le\ que la gkéléy il a «edlef^hé les moyens de ditni- Buer les caiamUë» qui dëment des maladies épizQùtiquei f et daos ce but le Gouvernemetit a formé 9 depuis Taiinée 18049 une caisse d'assu-» tatïM fûaat le» londs proriennent d'un droit de timbre <{u'il piei^çtôit sfur les certificatsr de santé aii^iqnels sont aonmis tous le» animaux que Ton mè^na aux marcàës. Cette caisse compte actuellement âi^ooo francs, et oeibnds, d'après une oidonnanoedu 17 )uin 18:^7, doit s'accroître jusqu'à la concurrence de cent mille. Les indem< iiités sont payées à raison des trois quart» de la râleur du bétail abattu, qui^ à l'ouverture, &e trouve sain, et de la moitié pour eelni qui est în&cté. On ne paie rien pour le bétail qui a péri , excepté dans le cas d'aune extrême pauvroté.Toitl propriétaire de bestiaux est responsable des dom " mages et passible d'une peine, parce que l'ou u «onsidéiré, a:vec raison, que les épizooties ne font jamais de grands progrès lorsque , dès l'origihe ^ on leur oppose des mesures convenables. Plusieurs autres cantons , tels que ceux de Yaud et de Genève > ont établi, à rijootitâtion de celui de Berne, des caisses qui ont la même destination.
Enfin , le peuple bei^oois doit à la sagesse dor
soa Gouvernement la posse^ioo d'un vàate gre; iiier^ où Ton met en réserrepour les années de aie* rîHlé ifi surplus des années d'abondance* Ce% édifice est à trois étages ^ dans lesquels le blé peut couler de l'un à l'autre jusqu'au rez^de* chaussée f d'où on le fait remonter par des poulie^ aâ;x étages supérieurs. On emploie ce naojen pour le ventiler^ lorsque l'humidité ou la chaleur ^i fait sentir le besoin; mais la parfaite conserva* lion du blé dans ce dépôt dépend surtout de la dessiccation qu'on lui£iit éprouver^ en fe faisant passer par une étuve construite d'après les principes de Duhamel ou d'Intieri (f )«
On observe y avec raison y que la farine de blé étuvé est moins blanche que celle du grain ordi* naire y ce que l'on attribue à la vapeur du char* bon ou plutâjt à la torréfaction de l'épidèrme; mais elle donne une égale quantité de pain que celle du grain non étuvé. On trouve même que le seigle en reçoit une amélioration sensible; pa farine acquiert plus de disposition à lever ^ et le pain qui en provient perd en grande partie la saveur acre et acidulé qui lui est propre*
(i) L'étuve de Berne est figurée et liécrîte dans les toiumes de la Société d'encouragement de Paris* Amée i8a3.
En rendant toutefois justice à l'esprit de pré' Toj'ance auquel on doit la création dé ces greniers de réserve 9 je demeure persuadé que le vrai principe de la consenration des grains réside dans Faugmeutation et la variété de nos produits, dans la multiplicité et la facilité des moyens de com-" munication, et que c'est dans de sages lois qu'il faut rechercher les moyens d'éyiter les années de stérilité et les années funestes où la denrée n'a plus de valeur.
J'aurais prolongé mon séjour dans la ville de Berne 9 si je n'eusse été pressé de connaître les. établissemens que M. de Fellenberg a fondés à . HofWyl. Ce hameau, qui tiendra une si grande ^lace dans l'histoire de l'agriculture moderne, n'est qu'à 2 lieues de Berne, près de la route de Soleure , à 6 lieues du Jura et à & ou 9 lieues de la chaîne des Alpes.
M. de Fellenberg voulut bien dérober quelques heures à ses utiles travaux pour s'entrete* uir avec moi : je trouvai en lui un homme calme ,. profond et vrai.
Quand il parla des obstacles que lui ont opposés la nature des choses et la volonté des hommes, ce fut avec toute la modération d'un sage. Sa physionomie ne s'anima que lorsqu'il me rapport ces paro< les touchantes que sa mère se plaisaità lui répéter -i
IjCS grands ont assez d'amisy sois celui despaUQre$^ Aussi, avant sa vingtième annexe, agité du désir d'adoucir leur sorttil voulutconnaitre par lui-même et voir de près les diverses situations de l'homme dans la société. Il parcourut la Suisse y une grande par* tie de la France et de l'Allemagne ^ en séjournant dans les hameaux sous les habits les plusétrangers à sa fortune ; il vécut comme les simples villageois, pour, observer leurs moeurs 9 leurs habitudes ^ et étudier les moyens d'améliorer leur condition. Dès lors il jugea qu'on ne pouvait j réussir qu'en don» inant des vertus et de Tinstruction aux hommes destinés à la pratique de l'agriculture. Cette pensée heureuse, d'autres l'ont conçue comme lui, mais personne ne l'a mieux exécutée. Seule > elle doit placer le philosophe d'Hofwyl au rang des bienfav* teurs de l'humanité ^ au rang des hommes qui ne font leur bonheur qu'en s'occupant de celui des autres.
. Il ne tarda pas à rechercher dans sa patrie un domaineoù il pût développer le plan qu'il méditait. Son choix s'arrêta sur la terre d'HofWyl^ placée près de sept villages qui l'eis^tourent à des distances presque égales. Elle se composait de mo poses (1), dont deux tiers environ de terres arables et un
Xi) 1 {Nos^ de Berji« zz 34374 ^^^^*
tiers de prairies arrosées, outre loo poses de baîit environ y peuplées principalemezit d'arbres rësî^ neux, de hêtres et de chânes. Le terrain rarié de ce domaine devait se prêter à de nombreuses ex* périences. Dans une partie , c'est la terre végétale qui domine ) dans d'autres sites^ c'est un sol pier* reuxet calcaire; au nord 5 est une étendue assez considérable de terrain tourbeux qui aboutit^ par une pente légère , à un petit lac voisin . Les bÂtimens, cours et jardins 9 situés sur unsoléle^ vé) en rendent l'exploitation d'autant plus commode , que M. de Fellenberg a fait construire au dessus de son habitation une tour du haut de la* quelle on embrasse toute la dépendanced'Hofvvy 1. Un porte- voix et une lunette le transportent^ en tm instant^ au milieu des gens de la ferme^ qui se croient aperçus à tons les momens du travail. (Voy. PL fre.)
Tel est ce coin de terre auquel M. de Fellen«berg a donné tant de célébrité, en. y fondant , en ^79^9 «on école des pauvres , à l'imitation de laquelle on en a établi d'autres dans les Cantons de Zurich , de Bâle , de Soleure , dé Genève et «dans celiiî de Claris sur un sol provenant du dessèchement des marais de la Lînth.
Le nombre des enfims que M. de FcHenbei^ admet dans son ëcole rurale est d'un» qeiitaine.
Il Us teçoit dopuis l'-â^e. jde «nq ans > ftvec'Fe»^
et un siû^ aC^àmp&é ^ çvk ^vte qu^ la» vikleiur do leur travi^il, dans les six d^oièr^s aaiiiiée»^ apprc-r ciëe au tau^ 1^ ploa baa^ ex.cèda fepci dépiefl^e» au poii^ifc de couvrir toutes Qellé3 qu^oD a faites pour .'Ç^^.danfi les âQoëe^ asitérjeure^.
.. Plâuc^i» 90U9 lia tutelle partipulièrt) d^ boa eteA*^ tiipâbl^ Werly , il« çmnd^r^ni eeTeirtitetiximaître comiaûte le^r ^meilleur aitii ; ^celuihd ae régente p«ft» il c^t; pT/Mque leuf égal sâ»s paraiUe' jamais leur £upërii$u#'| il e^t toMJowrsaFeô ses. éièvès^ il vît ;avec eax et<;omm€ï eux ; Jl se 90«urnl: ^ a'babilie est s'op0«,pe dâ tnéme^il bécbe^iitt^^he^acicl et tricote aY:eceux,.et s'il arrive qu'ai se too^uiFe sut* quelq^ias l>oiuts ftu l^i^rôiieîde se^ fojtv^aissaaoes^ il a recouns^ à M* de F.elleujbçrg^ ou il levr apprend à ignoret lor^u'il ne juge p^s btilie daUer plus Ihâa;»
"<c Et c'est par la raison , ^é boiine heure enseignée ,
■ » Q^ leur' ame acquiert- tckt son prijc.' • /
%> L'ame^ comme la terre , a besoin de culture^ » O4 p^ ipooisppniié poiikt .qitQ y^on n^ait kiioaié {%\>l»
ïndépenilattimfeift dës^^feàvaux manuels autquels on les exerce autant que leuirs forces peu-
- • ; -'Il , i ' » ' ! ' ■•»',»•'. ' ■ ■ • '
(i) ExWâit â"un p<5ënie In^cTit de François' '4e Neû/-
^liàtcatu'^ ■ i . .. ;; • :::?.'. •.- f: ;^ ^i
yent le permcfttre y on leur enseigne à lire, à écrire, à calcula; on leur donne des notions de botanique et de chimie applicables à l'agriculture ; quelques élémens de géométrie pour mesurer un terrain et le niveler^ ou pour évaluer^ dans le déblai d'une 'terre^ le nombre de journées qu'on doit y employer } on leur Êiit dessiner d'après nature des plantes, des outils, des machines; ils exécutent aussi des reliefs des montagnes de la Suisse; ils acquièrent , surtout , les qualités nécessaires pour être de bons fermiers, d'habiles économes , des serviteura fidèles et instruits, et enfin des cultivateurs exemfMrs des préjugés qui retardent les progrès de l'agriculture. Mais le fondateur d'Hof- YTjl fait plus encore, il leur fait apprendre un art mécanique à leur choix , tel que le charronnage , la menuiserie, la serrurerie et le tissage, ou diverses industries qui puissent les mettre à même d'employer un temps trop souvent perdu aux époques où la saison ne permet pas de travadller aux champs.
L'école des filles pauvres, située dans un bâti* ment nouvellement construit^ a été instituée sur le même plan ; destinées à la vie champêtre y leur instruction ne diffère que par «la nature des travaux qui conyienpent à leur sexe* M* de Fellenberg en a confié la direction à ses demoiselles p
qui 9 avec un dëvouement difficile à ëgaler, se consacrent à cultiver le cœur et l'intelligence de ces jeunes villageoises ; elles leur enseignent à proportionner leurs désirs à leurs moyens et lesdotent toutes des qualités essentielles à leur bon* heur.
M. de Fellenberg, si profondément versé dans la science du bien, après. avoir pourvu à l'éducation des pauvres , ne tarda point à ré* fléchir que les sociétés humaines ne sont yen*tablement fortes que lorsque les classes supérieures s'appuient sur la réalité d'une supériorité morale , et que l'éducation du peuple ne présenterait que l'image d'uti troupeau sans guide, si l'on ne s'attachait aussi à former des chefs dignes de le diriger; imbu de ces principes , il ouvrit aux jeunes gens &vorisés de la fortune un institut d'éducation approprié à ses vues.
Le nombre des élèves y est limité à cent, tandis que celui des professeurs est^de plus de trente, proportion qui n'a point paru trop grande à M. de Fellenberg pour procurer à l'éducation publique quelques uns des avantages de l'éducation privée. L'institution d'Hofwyl offre dans les lettres , les sciences , les arts et une gymnastique variée ce que l'on peut trouver dans une grande ville ; les écueils ne s'y présentent pas pour étoufïêr des
semences à peine gcrinées^ et les ^è^es y appren* nent àaimer le labooreor.^ Inspirés par leurs premières impressions ) ils mettront plus tard leur bonheur à rendre lieurense ime classe utile et trop souTent oubliée*
Après ces renseignemens , que je recueillis^ dans la conrversation de M. de Fellenberg, et dana celle du comte deVillerieille, l'ami etFauxiliairede cet homme de bien ^ )t parcourus , tantcVt areo Werlji tantât atec un de ses élève» , les diverses f»èces de terre qai constituent le domaine d^HofWjL Les prairies naturelles et arti^ flcielléa f les champs de pommea de terre ^ de fèves (i)^ dé sarrasin y etc» y m'o&irent le tableau d'unjeagricultof» portée à un degré d'avancement supérieur à ceUii du canton de Berne, qui 9e distin* gue lui-» même du reste de la Suisse en général» Je m'étais proposé de vous présenter un aperçu de l'ancienne et de la nouvelle culture d'HoiWjl^ et de comparer ce queTonfiiisait avec ce qae l'on j fait à présent y en tenant compte des frais et du rapport actuel de ce domaine; mai» je eonnai»
(i) Ce» (è%VB,y lédtiitev en feuioe^ foroiont avec celle de Vépeautre un pain, trè» salubre^ que l'on doane à manger nus gens de la ferme.
Inxprimpuissaiice où je suis de remplir aus^ bien «ette tâclie ^e M.Ciiarles Picteira lait dans divers rapport» in^ërët dai^^s la Bibliothèque hritamiipie^ oonnus de toutes les personnea adonpées «m menées. Se» ëcrits retraceront à votre attention tous les procédés et lea travaux agricoles de M. tie Fellenberg i voua j Terrez que ses essais hii ont fait obtenir des résultats ^ sinon toujours profitables, an moins toujours capables d'dclairer des points douteux ou tËfficites.
Parti des points Us plus avancés de l'art d^as-* ■soler les terres ^ il a combiné ce que l'eiqpérieDce a montré de plus utile dans la 'eultitre de oer«- 4aines contrées 9 avec les exemples qne Ini £>ur* mssait ia pratique des meilleurs agriculteurs suisses. Il iallait défoncer le sol à plus de profondeur qu'on ne t'avait fait avant lui } i\ ÊiUfiit profiter sîvec babileté des eaux dont on pouvait disposer y ii fallait £ûre usage des màdûnea pro« pipe9 k épargner le temps y les bras y la sensenoe j sans af&ibfir le produit des récoltes ; ii fiillait en* fin apporter autant de souplesse dans le choix des utoyens que de persévérance dans leur emploi ; îlleiallaityilLefit.
J'écarte'y avec d'autant plus de raism, Içs dé^ tails que j'ai recueillia sur les assoleniens d'Haie vrjl y que cesix^ ne mé paraisaenl point applica^
Wes et noire agriculture : tant il est vrai que^ malgré toutes les Bonnes théories , le système des l'otations doit être fondé partout sur des considérations locales ^ telles que la nature du climat et celle dU'Sol^ le-prix des denrées et le débouché: que fournit la consommation voisine l , Userait aussi.trop.long, dans celle. siœ plie esquisse^ de.décrire toutes les machines dont M. de Fellenbèrg est Fauteur, ou .dont il a introduit Tusage : elles sont d'ailleurs assez connues » Je me contente d'eisposer. à v^tre attention celles dont cet agronome a bien voulu me procurer les mo-* dèles 9 parce qu'elles sont les plus propres à être adoptées dans, notre économie rurale.
Ces machines sont les suivantes :
- x^.lj^extirpateur. Cet instrument, au lieu de sept socs que vous remarquez dans le modèle que j'expose ici,, ea a neuf, onze,. et jusqu'à treize; ils. sont eu fer coulé et se trouvent recouverts de deux ailes en^ lames de fer battu« Ces socs ^ pla-; ces sur deux lignes, sont disposés de manière que les uns remuent les parties du sol que. les autres n'ont point enlamées* On adapte l'instru-* ment à un avant-train de charrue , et on j attèle deux, quatre, ou six cheva^ux^ selon la nature du terrain et la profondeur à laquelle on veutat-* teindre V II contribue singulièrement à ameublir la
terre y à détruire les mauvaises herbes et à uniir la surface des champs. Au Heu de ces soc») M. cU Fellenberg place quelquefois daits la même monr ture des dents pointues ^ qui présentent moins de résistance et dont l'action suffît lorsque la terre n'a besoin que d'être remuée*
'2,^* Le butoir. Cet instrument sert à chausser ou buter les pommes de terre, les choux ^ les fèves 9 et pourrait être appliqué chez, nous à la culture' du mais; il a la forme d'une charrue à deux oreilles recouvertes en fer, qui peuvent se resserrer ou s'écarter à volonté. Il marche sur la pointe du soc ^ et repose au bout de la perche sur une petite roue.
3^* La hoite à chacal ^ proprement dite ^ a un nombre variable de socs avec une roue par devant et deux manches par derrière. Il j a plusieurs années que j,'ai introduit cette machine dans notre agriculture^ et déjà plusieurs propriétaires en ont adopté l'usage. L'expérience que j'en ai faite,
dans un champ de maïs , m'a démontré qu il est peu d'instrumens dont l'application soit plus avantageuse à nos travaux rustiques^
4®. Le sillonneur. Cet instrument ne dififère do l'extirpateur qu'en ce qu^il n'a qu'une seule ligne de petits socs, au nombre de six. On l'emploie principalement à tracer des raies profondes poui*
nemet en ligne». U me parait moine uiSâe que Vcx* tfrpjiteur ^ i^tioiqu'îl f^maiide moios de &srce et suppose «A terrain meuble et sans pterxe»^
B^. Un jfkrà diéfâcmet. lï consiste en tine fottr-* the lie fer légèrement eotirbëe,^ A deux dents trè» rapprochées 9 de la longueur de i8 pouces* Au âioyen d'une douM^ garnie d'un long manche iwi bois et d*unp hoche-pied, on s'en sert comme d'une bêche. Cet instrument, dont j'iaî vu iaire usage âTec beaucoup de succès, mèriterail d'être introduit che« nous.
J'aurais dÛ commencer par décrire la charrue que l'on emploie & Hofwyl , comme le fi>ndement de tous les travaux champêtres; mais M. de Fellenberg, après avoir essayé pendant îong- temps la charrue écossaise ^ a donné là préférence it fa charrue d'Argovie , usitée dans tout Te cauton de Berne et dont je vous ai fait connaître plus haut la construction.
I^ semoir à hic de M. de Fellenberg est trop composé et revient à i^oa francs environ; outre ce double înconvéïrient , il me paraît avoir celui de semer en Egnes trop étroites pour admettre le sarclage, principal but de cette méthode.. Il sème peut-être trop clair pour étouffer les mauvaises herbes, et pas assez po ut. admettre le& instrumens qui servent à les détruire..
. Il n'en est pa^ 4e mêoie dut semoir à graitwâ rondes p dont cet agronomis se sert pour le coU sa 9 les raTies ^ eftc. Il est à peu près le m^me qoe celui doot ia Classe d'agriculture de Genève in'a £iit de», et que je vous ai &it opanaitre ailleurs*
Pour ensemenœr la graîoe de trèfle ^ M. de felleoberg ma montréun semoir^ composé d'»a cylindre de 4 pieds de l<mg et pourvu de seize eapsolesy dont ckacuoe a une onvertoi» que l'on ferme avec un bouehoo y et par laquelle on introduit la semence. Celle-ci sort par des trous pratiqués comme dans le semoir à graines rondes .^ Ce cyliadne «est monté sur deux roues qdi le tien^ nent à 7 ou 8 pouces du sol.
M. de f ellenberg , après les semailles ouapràs* le tcayaii de la Iiense^ est dans l'usage d'affermir le sol ou de briser les mottes^ au m^ojen d'un r9u«ieau en pierre tournant è TextrémUé d^un brancard qu'on fait traîner par des chevaux ; il emploie aussi des rouleaux de bois dur et pesant^ «araversës par un cylindre de &r comme oenx dont se servent les agriculteurs suisses*
Je Bid m'engagerai pas dans des détails qui me conduiraient trop loin sur ranchiteicture des «tables, des granges et ides laiteries ) fiisur la tenue des bestiaux. J'ajsuterai ^ en passant > un seul
mot sur là préparation des engrais. L'empla' cernent que les njeuies de fumier occupent est disposé de manière que le centre est de 3 ou 4 pieds plus bas que la circonférence ; plusieurs rigoles y rassemblent la partie liquide , laquelle est reversée, à l'aide d'une pompe , sur la meule de fumier, dont la fermentation peut être, par là, accélérée ou ralentie à volonté. Les fosses desti-* nées aux engrais liquides sont garnies de planches ibrt épaisses , revêtues d'argile par derrière , ou laites en blocs de grès, qui sont employés dans le pajs comme pierres à bâtir.
Enfin, je terminerai par deux observations :
si j'étais appelé à donner mon opinion , je dirais que la ferme d'Hofwyl ressemble à une manu* facture proprement dite, par le soin qu'on a pris d'y introduire et d'y appliquer, avec autant d'intelligence que de succès, le principe si fécond de la division du travail ; la seconde observation , trop sévère peut-être, c'est que l'agriculture est si avancée dans le canton de Berne, que l'établissement agricole de M. de Fellenberg eût été plus utile et mieux placé dans une autre contrée.
Lorsque j'eus fait mes adieux à tout Hofwyl , accompagné par un jeune catholique, de l'école des pauvres, je me dirigeai sur la montagne de Maykirken , qui n'est qu'à i ou ;2 lieues de dis*
tance. (Voyez la PlanchelV.) Là ^ M. de Fellenberg, cet homme doué d'un génie inépuisable pour faire le bien y a fondé une colonie de douz^ enfans^ âgés de onze à quinze ans, qu'il nomme affectueusement ses petits Robinsons. JIs sont dirigés par Pliffer, jeune paysan du canton de Gla^ ris^ qui paraît être, tout à la fois , leur père , leur frère et leur camarade. Quelques outils d'agrir culture, une vache ^ deux chèvres et deux ço? chons, forment toute la richesse de cette jeunç colonie. Établis, au mois d'avril iB^ô^ sur unç pente inculte de cette montagne ^ où ils ne trouvèrent d'autre abri qu'une chétive cabane^ protégée contre Téboulement des neiges par une vieille forêt de sapins , ils ont fait des briques, les ont mises à sécher au soleil et ont agrandi leur habitation avec ces matériaux. L'écorce de quelques vieux arbres leur a servi à couvrir leur édifice, qui se compose déjà d'une galerie ; d'une chambre de réunion et de travail , décorée du portrait de M. de Fellenberg; d'une cuisine dont l'étendue est proportionnée à leur frugalité; d'un dortoir garni d'un lit de camp, qui occupe plus de no pieds de long; d'une étable dont la proximité contribue à les réchaufïèr pendant la nuit, et d'une loge .destinée à leurs cochons. A la droite du bâtiment, on voit upe aire couverte pour le battage
des céréales ou l'entrepôt des récottes y et & la gauche y un petit atelier. Les deux tnurs latéraux sont consolidés par une levée de terre qui étaie l^ir demeure de part et d'autre. Les eaux pluviales sont dirigées^ du toit de leur maison sur ime meule de fumier qu'ils ont foi*mée au couchant. Une £>sse carrée , dont une moitié, à l'aide de quelques planches , se titmTe couverte par cette meule , sert de réservoir à la portion liquide qui en découle j mais cet engrais n'est pas le seul trésor qu'ils cherdient à grossir s ils ont aussi fait un compost avec des couches alternatives de. fumier et de terre. Ce mélange leur sert , tout à la fois , à fertiliser le sol qu'ils défrichent , et à cultiver sur la meule elle-même des calebasses ou des citrouilles.
Non loin de là se trouve un rucher y composé de quatre ru<^es en paille placées au milieu d'eux comme pour leur donner l'exemple de l'harmonie^ de l'ordre et de Taclivité qui doivent assurer le succès de leurs travaux. En arrivant dans cette colonie, au berceau, j^aurak pu croire au contraire qu'eux-mêmes servaient d'exem jle aux abeilles : chacun remplissait sa tâche àTenvij Ttra déracinait une souche de sapin; l'autre détachait les branches d'un vieux chêne , un troisième en enlevait le feuillage : celui-ci étendait la feuille pour
(59) Ia Faire séeber -et la réserver à la Boarriture du hé*taii en iiiver; celui-là &isait la cueillette des fè« ves^ le plus âgé Iav£»t le linge delà oommunautjé A mie source voisine qui sert de limites à leur territoire j plusieurs s'occupaient a buter les pommes de terre que l'orage de la veille avait déchaussées ; enfin le plus jeune d'entre eux se dépouillait de sa chemise pour en revêtir uoe gerbe de paille qu'il afFubla d'unchapeaanoir, afin d'effrayer une multitude de passereaux qui vivaient à leurs dépens. Outre la pmnmede terre^ qtt^ils regardent comme leur meilleure ressoqarce^ ils cultivent des tumeps, des baricots^ des choux rouges, qu'ils font^aroître sur une plate - baïade bordée de uta» à grains blancs. Ils venaient de former une petite luzerfiière et mettaient leurs soins à bonifier un chéiif ^pâturage d^herbes alpines. Dans peu d'années^ ils cueilleront des cerises et des pommes sur des arbres que M. de Fellenberg leur a envoyés. Pendant la morte-saison , ils s'occupent aussi à tricoter, à Êiire des chapeaux de paille, des paniers , des souliers et des sabots ; à tisser du chanvre que la métropole leur^nvoie^ .et à réparer les iftstmmens «t les outils. Dans les intervalles du Isravaii, ils lisent, tour à tour, la Bibl^f les Principes d^ctgriculture ifo Thetër^ «t les Aœntures de MoàinsonCrusoë, qu'ils prennent pour une relation exacte d'un voyageur véridîque,.
Enfin leurs frères d'HofWyl viennent 'par£>îs les surprendre aux sons de la flûte et du hautbois; ils se racontent leurs efForts et leurs succès : ils se consultent sur leurs travaux et chantent des hjmnes religieux en contemplant l'œuvre de la création dans la chaîne des Alpes qui les environne.
Je ne chercherai point ici à développer les avantages que Tagriculture , les mœurs et la condition humaine peuvent retirer des institutions de M. de Fellenberg, il suffit de les avoir signalés à votre attention, pour que vos cœurs s'unissent au vœuquej'e forme ^ afin que notre Gouvernement, qui à pour maxime que TÉtat le plus riche n'est pas toujours celui qui fait le plus d'épargnes, mais celui dont les dépenses tendent à l'augmentation des richesses, établisse, à son tour, des écoles destinées à l'instruction rurale des classes pauvres. Les Etats du Roi renferment aussi des terres incultes sur lesquelles on pourrait offrir un asile et des ressources à un grand nombre d'hommes qui pèsent sur la société ou deviennent pour elle un objet d'inquiér tude; et les plaines désertes délai Stura , en faveur desquelles votre honorable président (i) a invoqué
(i) M. le marquis de Lascaiis, Vnn des hommes qui font le plus pour la p];ospérité agricole du Piémant.
les lumières des agronomes piomontaîs^ ne servU raîent-elles pas à créer des colonies sur le plan de celle que j'ai visitée ^ ou sur le modèle des ëtablissemeûs agricoles que possè4ent les Pays- Bas; la Prusse et leDaneraarck? Avec de pareilles institutions, les Vagabonds et lès pauvres devient draiént propriétaires, et r£tat acquerrait des liabitans capables de gagner leur vie et de payer les impôts, au lieu d'usurper les secours que l'on doit seulement à la véritable indigence!
M. de Fellenberg m'avait recommandé de ne; point quitter la Suisse sans faire une excursion dans les contrées alpestres de L'Oberland» Je me dirigeai vers la ville de Tbun, au sud-est de Berne , et là , je m'embarquai sur an lac de ô lieues de longueur, à l'extrémité duquel j'a« bordai dans la vallée d'Unterseen j située entre ce lac et celui dé Brientz. Les liabitans, à l'aspect des monts gigantesques qui les avoisinent, ou-> blient qu'ils sont éux-ménies sur la moiitagne et que le fond de leur vallée est à 2,000 pieds au dessus du niveau des mers. Celte partie de l'Oberland bernois , remarquable par sa situation , l^est aussi par la douceur de son climat et la fertilité de son soi. Nulle part je n'avais vt^ d'aussi beaux noyers que ceux qui ombragent une partie de la plaine j ils ont jusqu'à t8 pieds
âe tour, et f^umisseiiit 4^ à 5o toises de bois.' Je fis àUnterseeH la coankissamoe d'un hooMne ibri (Ustîngaé dansUéconomie mrale et forestière, M. Kastbolery régissemrdes forêts de l'État.
Cet agronome recherche la solntioii d^un. problème difficile et lësoudiie ^ celui de^condlier reor* tretien des chèvres avec la cooservation des bois. Les moyens qu'il propose seraient d'accorder aux alpîcoles quelques portions de terre pour élre mises en pâturages; de former des taillis sut les pentes dont l'inclinaisoii; permet diffic^ement d'autres cultures, et de les élaguer en automne pour faire des ramées, qui serviraient à la nourri* tnre des animaux en hiver. Ce sjstème exigerait^ ,par conséquent, qu'on eût des pâturages et des bois taillis en nombre convenable et aménagés de manière que les chèvres eussent, chaque année ^ une péture de leur goût, dans la belle saison , et de ta feuille^ sèche pendant la mauvaise.
Mais non content de pouvoir assurer l'entretien de plus de quinze mille chèvres qui existent dan9 le canton de Berne, M. ELasthofer a cru ûtilç d*j multiplier les chèvres dnTfaibeti à l'aide d'un petit troupeau provenant en partie d'un bouc et d'une chèvre de race pure, que j'avais dotanés au canton de Genève il 7 a quelques années. U n'a ^pas seulement obtenu de b^iux métis par l'ai*
Hance de la race indigène avec celle duTliibet,, il a fait croiser celle-ci avec le bouquetin (^capra ibex) et le chamois (antilope rupicapra) f espèces indigènes aux Alpes. Malheureusement ^ il n'a t*ncore eu que des métis mâles , qui montrent un commencement de duvet ^ dont on espère des résultats au moins curieux, s'ils ne sont utiles.
M. Slasthofer a £}rmé aussi le dessein d'ajouter plus de valeur aux forêts p en en variant les essences ^ en espaçant assez les arbres selon les localités pour établir dans leurs intervalles dès cultures artificielles I et même en faisant grimper sur les jeunes troncs des plantes légumineuses propre^ à la nourriture des hommes ; mais il voudrait que^» pour aidef l'exécution de son projet , Ton fondât sur les Alpe6 des colonies de pauvres. Selon les cakuls de cet éKX)nomiste 9 une colonie dé cin* qoante familles y chacune de cinq membres^ au bout de dix à quinze ans f ne coûterait plus rien, et paierait les intérêts du capital qu'on lui aurait avancé ; cette voie serait plus sûre et moins dis<^ pendieuse que rétablissement et la dotation des hospices, qu'il regarde comme un asile ouvert souvent au vice ou à l'oisiveté*
U me cond luisît dans une petite iorét voisine d'Interlaken , où il se livre à des expérience! sur la naturalisation de quelques arbres. J'y remar-
quai d'abord le pin de lord Weymoulh (pinus Sttobusj L.) , dont la hauteur surpassait la cime des autres conifères semés ou plantés à la même époque. Mon attention s'arrêta sur le pinus CentbrOfh.f espèce de pin à feuilles longues réunies par cinq comme celles du précédent et glauques en dessous; il a été greffé avec succès sur cette première espèce, dans le but de lui procurer la même précocité. J'admirai la belle végétation du pinus Laricio, Poir ., ou pin de Corse ; du cupressus disiicha,îj.j ou cyprès de la Louisiane, qui se dépouille chaque année de son feuillage; celle du hêtre pourpre à feuilles panachées , etc.
M. Kasthofer propage, dans sa forêt expérimentale, le châtaignier ordinaire, dont la culture est pour ainsi dire ignorée dans toute la vallée. Il se propose, pour multiplier plus tôt cet arbre à pain de l'Europe , de suivre un procédé dont M. Ebel, de la Société économique de Berne, lui a assuré l'efficacité. Il suffirait, pour cela, d'enter les réjetons du châtaignier sur les chênes indigènes ; la parenté qui existe entre ces deux genres' permet de croire en quelque sorte à la réussite de cette greffe : elle sera très avantageuse s'il est vrai que ,' par ce moyen , le fruit du châtaignier ne contracte aucune amertume.
' La douceur du climat > dans cette vallée où le
thermomètre de Rëaumur n'est descendu qu'à 8 degrés l'hiver dernier, et s'est élevé à 28 dans le mois d^août de cette année , fait espérer à M» SLâstfaofer de pouvoir aussi mnltiptier le mûrier blanc avec plus de succès que les Prussiens et * lés Irlandais ne peuvent lé^ faire chez eux. Quelques vieux mûriers qui ]^ vivent encore annoncent la possibilité de cultiver cet arbre , que les habitans cessèrent de propager à l'époque où on l'arrachait dans les pays même les plus &vorables à sa culture*
. La température dont jouit la vallée d'Unterseen donne une iôrte valeur aux prairies par l'avantage de* pou voir y prolonger le séjour du bétail plus long*rtemps que dans celles des pays en^ vironnans i malgré leu r fertilité > le nombre des bétes à laine y a diminué dans ta même proportion cfoe le nombre des chèTjres s'est augmenté; cet accroissement provient du souvenir que les faabitans conservent de la disette qu'ik éprouvèrent en 1816. Les Tallées de l'Oberland, qui possédaient de nombreux troupeaux de ôfaèvres, £irent préservées. de ce fléau ^ tandis que les autres ne purent s'en garantir ; ils calculent d'ailleurs que trois ehàvr^ donnefit autant de
lait qu'une vache ^ et que quatiie â cifiq de ces ani^
maux ne coûtent pas plus à nôurrîr qu'une bonne
laitière*
M. E^sthofer pense pourtant <|u'il serait très ayantageux d'accroître le nombre du bétail en suivant l'exemple qu'il a donné dans sa fermé d'Abendbergy isituée à 49OO0 pieds àii dessus de la mer. Là, cet agronome a Ëiit une heureuse application du système agricole de mon honorable ami y M. Giobert (i); il forme des champs d'a^ voineque l'on fauche avant l'époque de la floraison pour en faire consommer l'herbe aux bestiaux, et lorsqu'en automne cette graminée a repoussé , on' l'enterre à la charrue ou à la houe, ce qui suffit pour préparer le sol à donner l'année suivante une bonne récolte de trèfle. M.Kastofer croit que par ce moyen des milliers d'arpens pourraient fournir à l'existeùce d'une nombreuse po<* pulatioxi jusqu'à la hauteur de 5,ooo pieds au dessus de la mer. Or, les Alpes de la Suisse, ainsi que les nôtres, possèdent ^ pour ainsi dire , à cette élévation et ménie sur les étages inférieurs^ un second pays presque inculte et inhabité. Il ajoute, d'après ses expériences , qu'au lieu de &ire suc*
(1) Voyez son ouvrage intitulé : del Savescio. In-8*. \f, seccmde édition. Turin^ 1819. '
cëder le tï^fle à Tàvoine, on pourrait soumettre' à. une. culture artificielle diverses plantes des montagnes, telles que leplantago alpina^ L., le phellandrium muteUina ^ L • , le poa alpiha^ L • , et autres espèces qui influent sensiblement sur la* production dulait ou sur la santé des troupeaux.
Le chanvre et le lin entrent aussi dans les ressources agricoles de la vallée d'Unterseen. On y voit prospérer ces deux plantes textiles > ainsi que le navet de Suède y à 3^ooo pieds au dessus de la mer, et M • Kasthofer les a vu cultiver dans le pa js des Grisons à une élévation de 4>âoo pieds. On y préfère la culture du lin à celle du chanvre, parce que ses tiges se redressent plus facilement quand eltes sont pliées par la neige ou les intempéries. / ■
L'introduction de la pomme de terre ^ dansr cette partie.de la Suisse, devenue en quelque sorte le pain quotidien des habitans , remonte à une époque ibrt ancienne ; déjà, en 1736^ on plantait à Brientz des pommes de terre en si grande . quantité , qu'on pouvait en fournir aux: habitans d'Unterwald ; l'expérience avait appris à lea couper par tranches , à les faire sécher et à lea moudre. pour en &ire, du pain -on de la bouillie.
. J'allais pénétrer dans la Tallëe de Grindel-'
waU f remarquable par aes glaciers et ses cas* cades^ lorsqu'un ouragan , parti de la cime do Niesen^ vint troubler Tatraosphère ; le ciel se cou-^ vrit de nuages ayec une rapidité qu'on ne voit gue dans les pays de montagnes ^ et bientôt une pluie froide diminua le charme que je trouvais à errer dans l'0berland«
Je revins sur mes pas en eAtojant la rive droite du lac deTbun j au dessus de laquelle on aper-^ çoit encore quelques vignobles^ qui forment la limite où la vigne cesse de prospérer, et de retouar à Berne, je suivis le chemin qui conduit à Fribourg^ au sud-ouest de cette ville»
Dans ce trajet, qui n'est que de sept lieues.^ mes yeux s'arrêtèrent tristement sur l'infériorité de l'agriculture fribourgeoise comparée à celle des Bernois. On dirait que l'fiprt de préparer les fumiers , de cultiver les prés artificiels et d'amé* nager les forêts^ si bien connu des cultivateur» du canton que je venais de parcourir, n'a pu franchir la Singine, dont les eaux divisent l'état de Berne de celui de Fribourg. Ici peu d'agriculteurs ont adopté un système d'assolement métho^ dique, et la plupart laissent leur sol en jachère» Adonnés essentiellement à l'industrie pastorale , la culture du blé y tient un rang très se^ condaire* L'épeautre est préféré ^ comme dans
(«9) tout le cantoh de Berne y aux autres céréales $ jamais il ne gèle^ et la farine qu'il pvoduit «st plus blaiiche que celle du froment ordinaire , mais moins riche en gluten.
Il n'y a pas fort long-temps qu'on s'est mis & cultiver le colza , le navet de Suède et le tabac , qui j réussissent très bien ; cette dernière culture «erait surtout plus avantageuse que celle de l'épeautre, si elle n'affamait pas trop le terrain» On doit croire que ^agriculture de ce canton serait plus avancée , si une influence étrangère n'eût altéré l'harmonie qui régnait parmi les membres d'une association toute consacrée aux progrès de l'industrie agricole. Le premiervolume des Mémoires de cette Société (i), que M. Wero^ Tun des Avoyers de la république , voulut bien me donner ^ renferme des vues sages sur l'économie rurale , la morale publique et la répression de la mendicité.
Un des bienfaitis de cette Société fut d'introduire l'usage trop peu répandu encore de fertiliser les terres par l'emploi des os de boucherie y seuls ou mélangés avec le fumier. A cet effet , on a établi , dans la gorge du Gotteron y au bia» de Fribourgy un pilon mécanique y composé dé qua-
(i) Cet ouTrage, publié en i8i6, n'a pas eu de suite,
( 70 ) tre «olives verticales , armées àe fer à leur basé ^t mues altemativement par une roué à eau- A Taide de cette machine > on broie et ron pulvérise en peu de temps une grande quantité d'os» Lorsqu'ils sont assez brisés , on les passe à» travers un crible de mégisserie et on les livre ainsi aux cultivateurs. M* Girard, colonel de la Confédération helvétique , et l'un des hommes les plus attachés à la prospérité de son pays , a été le premier à en essayer l'usage sur une échelle assez étendue pour obtenir des résultats concluans»
Ce fut chez cet estimable agronome que je vis les plus belles vaches du canton et probablement de toute la Suisse. Ces Vaches fribour* geoises se distinguent de celles du canton de Schwtiz (si estimées dans la Lombardie)^ par leur poil très rouge y leurs jambes plus hautes i une peau plus épaisse et la queue portée trèi baut. M* Girard les emploie à la charrue en leur donnant une nourriture plus succulente.
La meilleure laitière de son étable fournit quinze mesures ou trente bouteilles de lait par jour.
Je me proposais aussi d'examiner dans les en* virons de Fribourg la manière d'élever les chevaux; mais j'appris qu'il n'existait point de haras publics ou particuliers; que les cultivateurs nour-
rmaient un ou deux poulains , quelquefois davantage, et rarement plus de cinq ou six j qu'ils ^allaient vendre ces animaux aux foires ou marchés de Fribourg ; que / pour les encourager à amé* liorer la race suisse , on avait établi des concours publics dans lesquels on décernait des primes aux posseisseurs des plus beaux étalons. Il en est de même pour les -taureaux , qui à la régularité des formes joignent une constitution vigoureuse.
Au reste, l'habileté des Fribourgeois ne consiste, pas seulement à élever des animaux domestiques ; ils savent préparer des fromages qui ont une réputation universelle, et leurs jeunes paysannes se distinguent particulièrement dans l'art de tresser la paille pour en faire des nattes ou des chapeaux recherchés dans toute la Suisse. Pour voir, exercer ces deux industries , c'est à Gruyères même que je dus faire une excursion.
La petite ville, de ce nom, n'est distante de Fribourg que d'environ 6 lieues , et sa position alpestre,, sur la pente d'une montagne couverte de pâturages , lui donne un aspect tout à la fois riant et sublime. J'y trouvai un excellent guide dans la personne de M. Murrith, dont l'urbanité ne s'eflacera point de mon souvenir. Il m'accompagna chez une tresseuse de paille des plus habiles; aussitôt celle-ci mit la main a l'ouvrage
et me fournit quelques renseignemens sur les pm* cëdës de fabrication, La première opération consiste ^ lorsque la température est très sèche ^ k couper Tépi du froment dont la tigis est parfaitement nette et d'un calibre convenable ) peu de jours après^ on faucbe le chaume à sa base et on retend au soleil* On coupe près des articulation» les deus entre-nœuds supérieurs ; on divise cesbrins de paille dans le sçns de leur longueur avec un poinçon d'acier recourbé et garnie à 7 à 8 ligne» de la pointe y de cinq ou six lames verticales , dis-posées en rayons« Lorsqu'à l'aide de, cet iostroment on a réduit une certaine quantité de brins de paille en petites lanières par£tîtement uniformes f on les Élit passer entre deux cylindres de bois y qui s'écartent ou se rapprochent plus ou moins au moyen d'une vis de pression, Après avoir aplati la paille avec le lissoir (c'est le non^i que porte cette machine), l'ouvrière prend ces petits rubans, toujours en nombre impair de sept à vingt et un et, jusqu'à vingt -neuf; elle les trempe légèrement dans un vase rempli d'eau, les raccorde avec le plus grand soin , et les entrelace en faisant paraître en dehors la surface intérieure du chaume toujours plus blanche que l'ex* térieure. Ces nattes ou tresses, dont on varie les dessins en combinant les brins 4e diverses mar
nières , sont mesurées sar une planchette de la longueur d'une demi -aune (mesure du pays).
On en forme des liasses de douze tours qu'on livre ainsi aux &bricans de chapeaux. Ceux-<û retranchent la partie des brins de paille qui déborde^ passent ces tresses au lissoir^ et les font assembler de manière à ne pas laisser paraître les points de couture qui les unissent. L'ouvrière la plus habile ne peut en faire qu'une liasse à la journëe ; ce travail sédentaire est pénible pour les jeunes filles qui s'y consacrent , outre l'in^^ convénient ^ qu'elles ne peuvent éviter , d'avoir toujours les doigts humides^ pour que la paille ait toute la souplesse et toute la flexibilité nécessaires.
Ordinairement le blé de mars est le seul qu'on emploie à cette fabrication en choisissant celui qui croit dans des terres sèches et arides. Il ne paraît pas d'ailleurs que l'on ensemence du blé dans le seul but d'en récolter les «haumes, comme cela se pratique en Toscane, où on le coupe avant la maturité»
Le lendemain de mon arrifée à Gruyères ^ M. Murrith me conduisit sur le versant du Molesson (i) en me faisant traverser une métairie , fort| - — "- -■ . ,
(i) Le sommet de cette montagne est à 6|i8i pieds au dessus du niveau de la mer.
bientenue^ qu'il possède près de la route : les bâ- •timensquî la composent méritent d'être observé»; construits en bois de sapin ^ en 1568^ Tétat de conservation dans lequel ils se trouTent aujour* d'bui atteste à quel point la substance de cet arbre est durable^ lorsqu'il n'est pas exposé à une température trop humide.
La gentiane (^gentiana luîea, L.), que je trouvai en abondance sur la montagne y est l'objet d'une loi qui ne permet qu'aux propriétaires du fonds d'en enlever les racines* Elle est fondée sur le profit qu'ils retirent de cette plante rebutée d'ailleurs par les bestiaux* Us les récoltent soigneusement, les font macérer dans l'eau à une haute température y et, lorsqu'elles ont éprouvé la fermentation alcoolique , ils en retirent , par double distillation, une eau-de-vie à 20 degrés qui participe à peine de l'amertume naturelle de la gentiane* Le prix de cette liqueur est plus élevé que celui de l'eau-de-vie commune* Les babitans en font usage comme d'une boisson tonique et agréable.
Les alpes du canton de Fribourg, auquel le I pajs de Gruyères appartient , sont de nature différente* Les premières, appelées Hautes-Alpe^ sont assises sur des rochers calcaires ; elles sont en général plus élevées, bornent riiorîzon an
«tid> et se distiaguent de là première, lisière pal: l'âpretë du sol et les pics sans végétation qui les couronnent. Sur les flancs j on aperçoit des brins d'herbeâ qui se glissent entre les joints inégaux d'énorme^ amas de cailloux , lesquels y en réfractant les rajon^ du soleil , réchaufTcht la terre çt favorisent la germination. Tel est le sol privilégié où se, préparent les meilleurs fromages^ et Ton croit communément que c*est l'influence végétative dé la roche calcaire , réunie à l'élasticité de l'air y qui donne aux fromages de ces régions leur saveur et Idur délicatesse •
La roche calcaire commence aux ënvirops de la Cbairtreùse de la Part - Dieu, parcourt une courbe horizontale et embrasse les flancs des montagnes jusqu'à la dent de Jaman, située aux limites du canton de Fribourg et du pays, de Vaudf elle se prolonge /de. là , au midi vers Château-d'Oez , et suit , au levant ^ les chaînes des Alpes depuis la Tinna jusqu'au Lac-Noir,
D'autres montagnes disputent aux Hauteaf- Alpes quelques avantages ^ elles le doivent au^ soins de la manipulation et aux demandes multipliées du commerce. Le sol de celles-ci se compose de grès plus ou moins compacte ^ d'argile et de schistes alumineux ; elles s'étendent de ChâteU Saint -Denis à Gruyères, et de Brox à
(76) Planfayon. Lé terrain j est souvent rempli de tourbe et de marëcagest
Les prairies alpestres de eette partie de la Suisse peuvent se diviser en trois classes t
i^. Les prairies proprement dites , dont ou fauche Flierbe chaque fois qu^elie a acquis la maturité nécessaire :
2^. Les pâturages, dont l'herbe est consommée sur place |
3^. Les prairies mixtes, dont la première pousse €st livrée à la pâture j la seconde récoltée pour la nourriture hivernale des bestiaux, et la troisième broutée sur les lieux. Mais quelles sont les plantes qui rendent ces prairies si adap* tées aux vaches laitières? Le temps que j'ai employé à visiter les montagnes m'a seulement permis d'en apercevoir quelques unes dont les beiBtiaux paraissent fort avides i tels sont la livèche pourprée {^phellandrium muteUina, L.), l'épervière dorée {hieracium aureum, Wixi.d.) , l'alchemille argentée [alchemilla alpina, L.), l'alchemilte commune ou pied-de^lion {^alche-' milta vulgaris, L.) , le plantain des Alpes {plan-tago atpina^ L.), la renouée vivipare (^polygonum vîinparum, L.) , la bistorte {polygonum bistorta^ L.), te trèfle châtain (trifalium hadiurri, Schreb.); quelques autres plantes du même genre, et plu^
{77) sieurs espèces de paturins j de fëtuques et autres graminées.
Dans les vallëes inférieures, les pâturages ^ composés de plantes moins aromatiques et de quelques légumineuses , telles que le sain&in^ le Irèfle, la luzerne et la Yesce^ que l'on cultiTe avec soin, donnent un produit plus considérable , mais influent moins avantageusement sur la qualité du lait. Dans ces localités, on a établi dea fruitières , où chaque cultivateur apporte le lait de ses vaches , et le fromage qu'on en retire se partage à proportion de la mise que chacun a £ûte (i). Les fromages qui en proviennent, quoique moins réputés , entrent en concurrence avec ceux des Alpes , principalement depuis que les agriculteurs ont substitué , dans beaucoup d'endroits , la culture de la vesce (^ vicia satit^a^ L. ) à celle du trèfle^ que Ton accuse de donner au lait de Tâpreté. On doit présumer que cha* que particulier^ n'ajant qu'un petit nombre de vaches , peut en prendre un plus grand soin , et obtenir par là un lait d'aussi bonne qualité.
Il 1 1 1
(i) Voyez , à ce sujpt y PouTrage de M. Cliarles LuUîn, intitulé : Des j^ssociations rurales pour la fabrication du lait y connues en Suisse sous le nom de fruitières. Iii-8^. , 1821. Paris et Genève, cliez Paschoud et chez M"*. Huzard.
Dans ces ëlaWîsscmcns , on peut diviser le travail et assujettir la préparation des fromages à des règles fixes jt andis que, dans les chalets des Alpes, aucun système de manipulation ne peut* être régulièrement suivi j le tact et le coup^'œil des fruitiers , formés par une expérience jour- . nalière , peuvent seuls y suppléer : aussi les procédés nécessaires à la bonne confection des fromages sont assez difficiles à développer. Je vais cependant les détailler tels que je les ai vu pratiquer dans un des chalets situés au milieu des pâturages du Molesson , l'un des sites les plus renommés du pays de Gruyères par la qualité de ses produits.
L'extérieur de ces chalets ou fromageries présente un toit en bardeaux assujettis à la sablière par des chevilles de bois , et surchargés de quelques blocs de pierre pour les faire résister à la violence des vents. Sous ce toit, qui n'a point de cheminée , s'élèvent quatre parois en solives disposées transversalement, et assez mal assemblées , pour que l'air se renouvelle , et que la fumée trouve une issue lorsque la porte est close. Sur le devant du bâtiment, le toit avance de six à dix pieds, et repose sur deux piliers de bois ; ce qui forme une espèce de galerie ou péristyle , terminé par deux portes à claire-voie , et fermé ,
( 79 ) sur le devant , à un tiers de son ëlëvation , par un lambris d'ais épais , qui donne assez d'espace pour laisser pénétrer le jour. Quelquefois^ ce pë^ ristyle est ouvert de toutes parts , et Ton entre directement par la porte ^ située vers le milieu. C'est sous cet abri que l'on trait les vaches lors-t qu'il fait mauvais temps.
D'autres chalets ont , du côté opposé y une étable plus ou moins spacieuse y avec deux portes latérales qui servent au passage des bestiaux et à la libre circulation de l'air. On y introduit, lorsque la localité le permet, un ruisseau^- dirigé de manière à j entretenir la propreté convenable. L'intérieur du chalet ne forme souvent qu'une seule chambre , qui, d'ordinaire, n'est point pavée. La couche des fruitiers est disposée dans un espace fort étroit^ et entourée d'une cloison au dessus de la galerie.
Dans la partie inférieure, on distingue, en premier lieu , le fbjer au centre ou à l'extrémité i il est ordinairement à plain-pied pu creusé à très peu de profondeur, et entouré de pierres rangées circulairement , qui ne laissent qu'un intervalle au devant pour mettre le bois. A l'extrémité du foyer^ s'élève une poutre mobile , traversée en haut par. une autre plus petite 9 à la^quelle on suspend la chaudière dans laquelle oqi
fiiit le fromage. Dans un des angles ^ se trouve la presse en bois destinée à le dépouiller de sa sérosité ^ et tqut autour régnent des rayons en planches^ sur lesquels on entrepose les baquets et tes autres ustensiles employés à la£tbrication. On se sert pour sièges de gros troncs d'arbres ou de petites escabelles rondes portées sur un seul pied, terminé en une pointe armée de fer«
Lorsque le fruitier trait ses Taches , il se sert de ces escabelles y qui , aii moyen d'une courroie , s'attatchent à la ceinture. Un seul homme peut traire trente vaches par jour, quinze le matin et autant le soir.
Aussitôt qu'une traite est faite , on débarrasse le lait des immondices qui peuvent s'y trouver mêlées f en le faisant passer par un couloir en bois de forme conique , dont l'orifice inférieur est bouché avec des feuilles de sapin. Le lait, en sortant de ce couloir^ soutenu par un cadre de bois 9 tombe dans de grand3 baquets circulaires qu'on a bien lavés auparavant; un vaisseau qui aurait contracté quelque âcreté altérerait toute la traite. On réunit le lait des deux traites en le versant dans une grande chaudière en cuivre battu f suspendue au bras de la poutre tournante^ à l'aide de laquelle on peut l'amener sur le foyer ou l'éloigner à volonté. La quantité de lait né-
tessaire à la Ib^mation d'an ftomA^ n'est poini toujours la même ; elle dépend dq la qualité des herba^a et de la cèroplexion des ammaux qui décrètent un lait plua ou moias riche i ^laia on ^calcule y par approximation ^ qu'il £iut cent vingt pots de lait (t) pour produire un fromage dé «in«« quante livres ( poid$ de dix^sept onees).
Liorsque le fruitier a reconnu ^ en plongeant le bras dans la chaudière » que le laiît a acquis la chaleur couTenable (que ^e jugeaid'etiTirun vtogtr cinq d^rés de Réaumur)^ il détourne la chaudière du feu f essaie la forœ de la présure sur une pe-^ tite quantité de lait chaud j il en met ensuite dans une grande cuiller en bois la dose qu'il croit nécessaire pour précipiter son lait , et il prconène celle«ci dans toute la chaudière pour disperser la. présure également*
Il y a différentes manières de préparer H fcér sure : œtte substance n'est antre chose que la pc^tion de lait caillé qu'on trouve dans la caii*lette eu le quatrième estpmac des veaux encore à la mamelle, Xies uns ouvrent ce corps membraneux ^ j introduisent du sel en petite quantité, et le déposent dans un vaisseau de bois rempli de petit-lait. Lea autres coupent la caillette en
(i) Un pot équivaut à i^'*",563.
( 82 } morceaux^ la saupoudrent de sel et la mettent dans un vase quelconque plein d'eau* Quelques fruitiers y après avoir ouvert Testomac du jeune animal f en détachent les grumeaux ^ les lavent ^ les salent y et les remettent dans la membrane d'où ils sont extraits ; ils suspendent cette poche dans un lieu sec^ et lorsqu'ils veulent employer la présure y ils en délaient dans du lait la quantité dont ils ont besoin. Mais si la préparation de la caillette n'est pas difficile y son emploi demande une longue habitude j elle est plus ou moins riche en principe coagulant ^ et son effet est soumis à la température de l'atmosphère y qui y selon qu'elle est chaude ou froide y facilite plus ou moins sa dissolution. L'excès de présure donne au fromage une saveur désagréable , et l'habileté du fruitier consiste à l'épargner autant que possible*
La coagulation du lait s'opéra sous mes yeuX) en douze minutes; aussitôt le fruitier agita le caillé avec le brassoir^ espèce de moulinet &it avec un bâton de bois écorcé y garni de dix à douze chevilles qui le traversent dans son extrémité inférieure; tandis que^ de son autre bras^ il imprimait au liquide un mouvement moins rapide, qui réduisit le caillé en grains jaunâtres ,. que l'on sent crier sous la dent lorsqu'on les mâjche*
Il ramena la chaudière sur le feu en conti'* fiuant à brasser la matière casëeuse , et la température fut sensiblement élevée jusqu'à ce que toute la masse eût atteint le degré de coagulation conyenable* Il &llut à pei^ près une demi-heure pour arriver à ce terme, où la chaleur me parut être d'environ trente-cinq degrés. Parvenue à ce point , on éloigna la chaudière du feu sans discon-tinuer de brasser la masse pendant douze à quinze minutes* La matière se précipite au fond de la chaudière y on la rassemble avec les mains , et Ton introduit au dessous de toute la masse, dans la chaudière même, une toile que deux hommes tiennent par les quatre coins. Ceux-ci soulèvent la pâte et la font entrer, avec cette enveloppe, dans le moule , où elle doit recevoir la forme et le volume sous lesquels on connaît le fromage de Gruyères.
, Ce moule est une planche de sapin d'environ
cinq lignes d'épaisseur , large de cinq à six pouces
et longue de cinq pieds , contournée en cercle, et
dont on peut , à volonté , agrandir ou diminuer
le diamètre^ ses extrémités n'étant point fixées
l'une à l'autre. Deux plateaux, ou disques de
bois, dont le diamètre dépasse un peu celui du
cercle, le recouvrent de part et d'autre. On place
ce moule sur une table inclinée , pour que la
pâte s'ëgputte insensiblement; à Taide d'une pressé à levier que Ton &it agir fortement sur le plateau ;y on exerce une pression progressive. Demi-heure après y on relâche la presse , on détend le cercle, on retourne la pâte, qui reçoit alors le nom de fromage j on le met dans une ^ nouvelle toile et on le replace ainsi dans le même | moule ; on resserre le cercle d'autant que le fro* ^ mage s'est rétréci , on abat la presse dessus et l'on répète cette manœuvre pendant plusieurs i heures, jusqu'à ce que le fromage soit dépouillé de son petit-lait, et qu'il soit parvenu au degré de fermeté et d'affaissement nécessaire.
On transporte le fromage , sous cette forme y, dans le grenier, nom sous lequel on désigne le local où l'on procède à la salaison. On peut dire que ce grei^ier, ou chambre à fromages, sert de boussole aux opérations du fruitier. SeloxL que ce ^ local est sec ou humide, exposé au nord ou aux ardeurs du soleil , étouffé ou aéré, le procédé de la salaison varie , ainsi que la durée du temps néces* saire à la parfaite confection du fromage.
Le grenier consiste dans un bâtiment recouvert en bardeaux et formé de quatre parois en solives transversales parfaitement jointes. Il est quelquefois séparé du sol au moyen d'un planpher soutenu par quatre piliers en bois de trois pîçds en-
■viron de hauteur, pour empêcher les eaux pluviales ou les souris de s'y introduire. Ce plancher, débordant de deux pieds à peu près , présente , à Centrée du grenier, une longue jplate-fofme , sur laquelle on monte par une échelle mobile. Son intérieur n\ qu^une porte poui? toute ouverture , et son pourtour est garni de tablettes , qui s'élèvent les unes sur tes autres a une certaine distance , pour y placer les fromages que Ton veut saler. L'opération tend tout à la fois à favoriser leur conservation et à' améliorer leur goût.
La quantité ordinaire de sel que l'on consomme est de quatre livres par quiiital tle fromage (poids de dix- sept onces). On prend du sél broyé et purgé de toute substance étrangère , et à Taide d'une cuiller de fer-blanc/ criblée de petits trous , on saupoudre chaque fromage de part et d'autre. Tous les jours, oii répète cette opération pendant deux ou trois mois, en le retournant chaque fois pour imprégner aussi la ^ surface iàférieurè. "La salâisoti n'est achevée que lorsqu'on aperçoit une humidité suraboti dante, qui annonce que là pâte est saturée de s'èl ; sa èbuleur devient plus intense , et il se fbmie , à Te JLlérieùr , une couche qui a plus xJè coiisistaiiée que le centre.
Lorsque la pâte a ainsi absorbé environ quatre pour cent de son poids de sel , on l'humecte deux ou trois fois par semaine avec du vin blanc ou de l'eau salée. On peut^ de cette manière , procu'rer au fromage un degré de bonté supérieur^ en continuant cette sorte de lavage une* ou deux années^ et finissant dans ce dernier cas par ne faire l'opération qu'une fois par semaine pendant la seconde. On obtient^ par là^ des fromages plus £erme8y d'une saveur exquise^ et qui résistent mieux à une longue navigation.
Pour reconnaître si la pâte a subi une fermentation suffisante^ on la soumet à l'essai d'une sonde , et c'est ici que se distingue le bon fromage ; ses yeux ou pores sont clair- semés ; le sondage ne doit en présenter que trois ou quatre au plus , du volume et de la forme d'un gros pois. La pâtQ riche en principes nutritifs est d'un blanc jaunâtre f elle est moelleuse^ délicate , et ,se fond dans la bouche sans ef£>rt.
Ces fi*amages ne sont pas les seuls produits de l'industrie des fruitiers : ils font en outre une espèce de fromage mou avec le peu de matière caséeuse que le senim ou petit-lait tient encore en dissolution après la cuite. La préparation de celui-ci , que l'on nomme le serai, est prompte et facile. On remet sur le feu le petit-lait dont
00 vient d*ôter un fromage , on y ajoute envi** ron un' quart d'eau ^ et dès qu'il arrive au de«-gré d'ébullition 9 on y verse l^aisy ^ nom qne porte le petit-lak qu'on a laissé aigrir pour servir de présure. Bientôt il se forme à la surÊice une ëcume blanchâtre ^ qui acquiert, par la cuisson , une consistance pâteuse. On retire la chaudière^ du feu j on enlève cette matière avec une pelli» de bois à manche court , et on la verse dai>s un moule ^ dont le pourtour forme un cercle fixe et est revêtu intérieurement d'une toile claire» On le fait égouiter y et en se refroidissant y le serai s'aâfàisse et forme une masse cohérente^ qui conserve la forme que le moule lui a donnée. • Ijo serai frais est une substance très saine ^ dont les alpicoles fent leur nourriture journalière. Ils sont aussi dans l'usage de le saler , en le recou» vrant de sel des deux côtés , à la dose de cinq* à six pour cent , et par ce moyen ^ ils le conservent plusieurs mois ou même d'une année à l'autre. Il ne reste 9 après cette manipulation^ qu'un pe-« lit-^laittrès clair ^. qui n€ renferme plus de caseum, et qu'on emploie très utilement à la nourriture des cochons.
La vente dea fromages se fait ordinairement pendant les mois de septembre et octobre ; le maximum de leur. prix a été de quarante-deux
fra^Q» le quintal ( poids de ^lix-^-sept oiiceâi)> et W mUûmmm de TÎogt francs*
On porte à Quinze mille pâquien les pâiarage» de la cbaiae des Alpes dupàj« deGrujères^ On nomme pommer retendue de terrain qui fournit à l'estivage d'une mère Yâclie^ te qui porte k quinze mille Taches l'alpage ïinnuek Or^ pre-* sant deux oente livres de £*omagé pour le produit moyen de chacune ^ on obtient une quantité de trente mille quintaux } calculant ensuite leur va»* leur Hir la moyenne des prix ordinaires ^ on aura près d'un ntillion de francs y sans j com^^rendre lea fruitières des vallées infërieares.
Vingt a yibgt^deux hiiUe quintaulc passent annuellement dans l'Italie et dans le midi de la France } le nord et l'intérieur dé ce rojaUme n'im • portent que quatre à cinq mille quintaux f le canton de Berne enlète le ptt>duit des Al|>es septen** trionales; le 4ud de l'Allemagne et la Suisse orientale se partagent le surplus^
On èrejait autrefois que la qualité de ces frov mages était inhérente au sol et aux pâturages , et la petite ville de Gruyères était alors le oeul dé^ pôt des fromages de toute la contrée environnaale} elle les marquait de ^n blason^ c'est à dire de la gt'ue, et percevait^ en échangé^ un iU'ùit do balanct- ) mais depuis que l'expérieniiie a
(89) iîiit connaître qu'avec de bons pâturages ^ et en suivant les mêmes procédés^ il était possible de fabriquer ailleurs des. fromages ^ que Ton distin-. gue difficilement de ceux dû pays de Gruyères^ ses industrieux babitAns ont une douUe concur«» rence à soutenir : la première , dans les cantons de Berne et de Luceme y qui £>nt passer leurs pro* duits en Allemagne ^ sous le nom de froniages de rEmentbal ou fromages suisses ; et la seconde ^ dans le nombre toujours croissant des fruitières dans les vallées du Léman , du Jura^ des Vosges^ de la Savoie et autres contrées dont les productions sont con£>ndues> sur les marchés étrangers^ avec celles du pays de Gruyères.
Lorsque j'eus pris connaissance des divers pvo* cédés de manipulation que je viens de rapporter avec assez de détails pour exciter l'attention de nos cultivateurs sur une dés branches les plus productives de l'industrie pastorale f il me i^s*^ tait encore à visiter les dépôts des marchands de frcMOiages ; c'e«t principalement à Bulle et à Saint^Denis^Châtel > deux petites villes silttéea sur la route deVevey^ qi>e ces vastes dépôts exis« tenté J'y via un nombre considérable de i6ttïitef$ étendues sur des tablettes ou planch^èS'i disposées les unes sur les autres r ^^ottcnâe utiles de nos ate-» lîers de vets^à soie , oà l'on n'a point endors inira^ iluit l'usagé des claies.
Je ne m'arrêtai dans aucun de ces lieux j dont les environs /remplis de tourbe ^ offrent une vé * gétation languissante , et je quittai le pays de. Fribourg à Saint - Denis- Châtel^ pour revenir flans celui de Vaud. Dès les premiers pas , on reconnaît que TAdministration y apprécie beaucoup mieux que dans le canton de Fribourg toute l'influence du bon état des routes sur TagricuU ture et sur ie bien-être des habitans.
Vevey, baigné au sud par le Léman y est couronné au nord par de magnifiques vignobles qui^'étendent jusqu'à Lausanne , et comprennent dans cet espace les vignes de la Vaux » dont j'ai parlé déjà avec quelques détails*
Je ne décrii^ai ici qu'une fête agricole <jue Ton célèbre tous les quatre ans dans cQt;te petite ville : Cérès ) représentée par une jeune fille tenant uoe javelle d'une main et une serpe de l'autre^ y paraît assise iSur un char couvert par un arc de triomphe fait ayec d^s gerbes de blé. Parmi les person-* nages qui. en forment la marche processionnelle ^ on remarque des Faunes et des Bacchantes ^ et à leur tête le Dieu du vin^ assis sur un tonneau que portent d^ust hommes.D^s Satyres conduisent une victime' at^x cornes dorées » couverte de bandelet* tes et de guirlandes $ on y i:emarque aussi le vieux Silène couronné de pam{H*eS| chancelant sur sou
(91 ) âne avec une cruche sous le bras. Â leur suite VuU cain vient entouré de ses Cyclopes, qui forgent en cadence des socs et des serpes sur une enclume dont le bruit se mêle aux chansons rustiques d'un nombreux cortège de vignerons ^ de laboureurs et de bergers. Toutes ces cérémonies rappelle* raient une fête antique de la Grèce ^ si Ton n'y voyait pas figurer aussi le bon Noé avec son arche et la fameuse grappe de la Terre-Promise : mélange grotesque qui retrace le siècle d'ignorance où bette fête fut instituée.
De l'intéressante Vevey, je suivis la rive septentrionale du lac y pour me diriger à fiex , où je visitai les salines souterraines^ situées à une petite distance de ce village.
Parmi les céréales en usage chez les habitans de cette partie du canton de Vaud^ je remarquai le triticum turgidum^ L« (i)^ que je n'avais vu nulle part cultivé en grand j le grain de cette espèce de blé est plus court et plus arrondi que celui du froment ordinaire; son chaume^ plus épais et plus ferme , s'élève à 6 pieds ; on le sème en automne dans une terre enrichie d'engrais ^ il produit alors une fois plus que le froment com-
(i) Calycibus quadrifloris, ventrlcosis, vlllosis, imbri'catis, obtusisp Lin. y Sp. 126.
(9») mim ; la pâle de ce blé \ère dîfficîlement , le'pam en est Icmid et retient trop rhomidité : Tnsâge en est Ixnné à la consommation de ceux qui le cultirent.
De là y j'allai passer le Rhdne k Saint-Maa* jice 9 et je me rendis à Génère en trarersant la prorinee du Chablais , dont la fertilité roas est eonnae; mais ce que j'ignorais, ce sont les efibrts du général Desaix pour proroquer , dans' les enrirons de Thonon ^ l'introduction de la charrue belge y la culture du chanrre de Piémont , Téducation des ciieraux suisses^ et pour appliquer à sa patrie les méthodes utiles qu'il arait obserrées dan^ les régions lointaines où le sort des armés Tarait conduit.
Je terminai à Génère mon excursion agricole , elle fut trop rapide pour me permettre d'étendre nies obserrations , cependant elle fut d'assez longue durée pour me réréler toute l'influence que l'instruction et les mœurs exercent sur l'agriculture et sur le bonheur des hommes.
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