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COUP D’ŒIL

SDR

L’HISTOIRE de la FACULTÉ DE MÉDECINE DE MONTPELLIER

Première Leçon du Cours d’Histoire de la Médecine.

Messieurs,

Je me propose d’étudier avec vous, dàns le Cours de celle année, l’histoire des Sciences médicales depuis la Renaissance jusqu’à la fin du xvm e siècle. Celte époque a été brillante entre toutes ; d’importantes découvertes la signalent. Harvey établit sur des preuves irréfutables l’existence de la circulation ; Yésale fonde l’anatomie; Bonet, Morgagni montrent l’importance de l’Anatomie pathologique et déjà font entrevoir les services que celte science peut rendre à la médecine ; Baillou, Sydenham, Stoll font revivre les grands préceptes Hippocratiques, oubliés ou défigurés pendant la longue période du moyen âge, et enrichissent la Pathologie de descriptions vraiment magistrales ; Lavoisier établit la chimie sur ses véritables bases ; Van Helmont, Boerhaave, Sthal, exposent leurs systèmes ; Barthez développe sa doctrine. Ainsi la science, aidée des découvertes des uns, des vastes généralisations des autres, peut enfin se constituer. Assurément, tout n’est pas encore dit : de grands progrès restent à réaliser, et notre siècle pourra revendiquer une part brillante dans la marche et le développement de la Médecine. Mais déjà les principes fondamentaux sont posés ; l’édifice pourra être agrandi, sa forme constitutive ne sera plus modifiée.

L’École de Montpellier a eu dans ce mouvement général des

Sciences médicales un rôle important à jouer. S’associant à toutes les grandes découvertes, souvent môme les devançant ou les préparant, intervenant dans toutes les questions soulevées autour d’elles, attirant de toutes parts des élèves nombreux qui vont ensuite porter ses enseignements sur tous les points de l’Europe, elle a, depuis son origine jusqu’à nos jours, fait sans cesse sentir son influence, et son histoire se trouve ainsi intimement liée à celle de notre science. Aussi ai-je pensé qu’au début de ce Cours il ne serait peut-être pas sans intérêt de jeter un regard rapide sur le passé de notre École, d’étudier ses origines et les diverses phases de son développement.

Le moment où la Faculté de médecine apparaît dans l’histoire de notre ville est bien difficile à préciser. S’il faut en croire un de nos anciens doyens, son origine se perdrait dans la nuit des temps : « Apollon , dieu tutélaire de la médecine, dit en ellet Ranchin, errait un jour, comme exilé, à travers la Gaule Narbonnaise. Désireux de fonder un nouveau centre médical, après avoir été chassé de l’Asie, de l’Afrique et du reste de l’Europe, il parcourait toutes les villes de celte province , afin d’y découvrir un lieu favorable à son art et à son culte, lorsque l’aspect de la jeune cité construite des débris de Maguelone, de Lattes et de Substantion frappa ses regards. Il en contempla le site, admira la variété et la commodité de son voisinage, et trouva bon pour lui-même et pour ses prêtres d’établir son sanctuaire sur cet autre Mont Pélion'.» Laissons ce style poétique par lequel Ranchin n’a évidemment voulu prouver qu’une chose, l’ancienneté de notre École et les obscurités de son origine, et essayons de pénétrer, à l’aide de documents sérieux, cette première période de notre histoire.

Un éminent historien, qui a su à l’aide de nombreuses et

1 Francisci Ranchini Apollinare sacrum, de Monspeliensis universitalis origine, progressu, etc., in Mémoires pour servir à l'Histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, par Jean Astruc, 1767, pag. 396.

M. Germain a aussi donné la traduction de ce passage dans son Histoire de la Commune de Montpellier , tom. III, pa°\ 70.

savantes recherches faire revivre complètement l’histoire de notre Université, M. Germain, affirme que l’élude, de la médecine est presque aussi ancienne à Montpellier que la ville elle-même.

Il est certain en effet que, dès l’origine de notre ville, on voit affluer un grand nombre de malades dans ses murs. Était-ce la beauté du climat qui les attirait? Venaient-ils chercher un soulagement à leurs maux auprès de l’église Notre-Dame-des- Tables, qui, d’après Prunelle, jouissait alors du privilège d’opérer des cures miraculeuses? Je ne sais, mais le fait est certain, et il a dû assurément contribuer à la fondation de notre Université.

Ce qu’il y a de positif aussi, c’est que, dès le xn e siècle, la réputation des médecins de Montpellier s’étendait au loin. Astruc nous raconte' qu’en 1153,Héraclius de Montboissier, archevêque de Lyon, étant arrivé à Saint-Gilles et y étant tombé malade, vint à Montpellier pour s’y faire soigner. Il paraît même que les frais de son traitement durent être considérables, car saint Bernard ajoute qu’il dépensa avec les médecins ce qu’il avait et ce qu'il ri 1 avait pas (expendit et quod habebat quod non habebat).

Plus lard, Gilles deGorbeil, médecin de Philippe-Auguste, reconnaît que déjà au xn e siècle notre École était florissante; il ajoute même que c’était la seule qui fût alors dans le royaume. Jean de Salisbury, évêque de Chartres, nous rend à peu près à la même époque un pareil témoignage, et il assure que de s<>n temps on se rendait à Montpellier aussi bien qu’à Salerne, pour étudier la médecine 2 .

Mais, Messieurs, il faut bien reconnaître que toutes ces preuves, auxquelles nous pourrions en ajouter plusieurs autres, n’ont pas une valeur suffisante pour nous permettre d’établir d’une manière bien positive l’existence, à celle époque, d’une véritable École de médecine^ Montpellier. Il est permis de supposer que, dès l’origine de notre ville, les rapports commerciaux qui s’éta-

1 Mémoires pour servir à l'Histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, par Jean Astruc, médecin-consultant* du Roi, ancien Professeur de la Faculté de médecine de Montpellier, etc.. Paris. 1767, pag. 7.

2 A.struc; loc. ctf., pag. 8.

blirenl entre ses habitants et les Arabes facilitèrent l’arrivée des médecins de ce dernier peuple, qui, Comme on le sait, ont tenu pendant tout le moyen âge le sceptre de la médecine. On peut admettre que peu à peu, et sous l'influence de diverses causes, Montpellier devint un centre médical important ; vouloir aller au-delà serait téméraire et hypothétique.

Ce que l’on peut affirmer aussi, c’est que de bonne heure les étudiants affluèrent à Montpellier. L’enseignement fut d’abord entièrement libre: chaque docteur pouvait grouper autour de lui un certain nombre d’élèves et les instruire comme il l’entendait; point d’organisation, rien qui ressemblât à un corps universitaire. Plus lard, quelques docteurs voulurent s’arroger le droit d’enseigner, à l’exclusion de leurs autres confrères. Mais bientôt après, en 1180, un des seigneurs de Montpellier, Guilhem VIII, abolit ce privilège, et donna à tous les docteurs, de quelque qualité et de quelque pays qu’ils fussent, l’autorisation de régenter dans l’Ecole de médecine de Montpellier. « La liberté que ce règlement rendit à l’École, ajoute Astruc, lui donna un nouveau lustre; les leçons y furent beaucoup plus fréquentées, et la réputation de tant d’habiles gens qui y enseignaient à l’envi, porta sa gloire plus loin qu’elle n’avait encore été. De là vient que plusieurs auteurs rapportent à ce temps-là le premier établissement de cette École.»

Celle liberté illimitée, établie par le statut de Guilhem, put sans doute favoriser à ses débuts le développement de notre École; mais bientôt des abus graves se manifestèrent; une concurrence indigne s’établit entre les divers docteurs jaloux d’attirer autour d’eux le plus grand nombre d’élèves possible. 11 n’y avait du reste point de garantie, point de contrôle pour l’instruction de ces derniers; c’était l’application la plus complète du principe si discuté

delà liberté de l’enseignement supérieur v et, remarquez-le, à

peine était-il introduit dans nos Universités, que l’on dut se hâter de le réglementer.

Ce fut le pouvoir ecclésiastique qui se chargea de mettre ordre aux abus que nous venons de signaler. Ce fait ne doit point yous étonner, car vous savez combien était puissante au moyen

âge l’influence que le clergé supérieur exerçait sur les Universités. A Montpellier, en particulier, les papes, les évéques de Maguelone, les prieurs de Sainl-Firmin, prirent bientôt une large part à la direction de notre École. Ainsi, le premier législateur de la Faculté de Montpellier fut un légat du pape, nommé Conrad. Celui-ci, en 1220, publia une bulle qui pendant longtemps a servi de règlement à nos ancêtres, et dans laquelle nous relevons les articles suivants: «1» Nul ne pourra prétendre à l’honneur de la maîtrise, qu’il n’ait été auparavant examiné par les docteurs-régents, et qu’il n’ait en conséquence reçu de l’évêque de Maguelone la licence d’enseigner et de pratiquer ; 2° On choisira à la pluralité des voix un des docteurs-régents pour être chancelier et juge de l’École; 3° Ce chancelier aura le droit de régler les disputes et les différends qui existeraient tant entre les Maîtres qu’entre les Écoliers.»

J’insiste sur cette bulle, parce que c’est de sa publication que date la véritable organisation de notre Faculté. Ainsi que le dit Astruc, « l’École de médecine de Montpellier était auparavant un grand corps, à la vérité, et un corps fort ancien ; mais c’était un corps sans forme et sans ordre, et une École sans règle et sans discipline. Elle commença seulement alors à prendre une forme réglée et à suivre des statuts établis par une autorité légitime'.»

A partir de ce moment, nous allons voir la Faculté de médecine de Montpellier suivre un développement régulier et progressif, et prendre dans l’histoire de notre science une place prépondérante.

Le clergé continua longtemps encore à exercer une action dominante sur notre Université. Ainsi, des difficultés étant survenues à l’occasion de l’application des règlements de Conrad, une charte complémentaire fut rédigée, avec l’assentiment de 1 évêque de Maguelone, Jean de Montlaur, par le prieur de Saint- Firmin, Pierre de Conques, et le franciscain frère Hugues, charte queM. Germain a mentionnée le premier dans son Histoire de la Commune de Montpellier 1 2 . Divers papes confirmèrent aussi la

1 Astruc; toc. cit., pag. .17.

2 Histoire de la Commune de Montpellier, par A. Germain, Professeur (l'Histoire à la Faculté des lettres de Montpellier, tom. III, pag. 96.

bulle de Conrad. En 1289, Nicolas IV élablil les Facultés de droit et des arts; il y joignit celle de médecine et fonda,par la réunion des trois Écoles, l’Université de Montpellier; mais la Faculté de médecine chercha toujours à s’isoler des autres Écoles, et à conserver son indépendance.

De son côté, le pouvoir civil ne négligea aucune occasion de témoigner à notre Faculté une sympathie efficace. Les seigneurs de Montpellier se firent remarquer par leur empressement à favoriser le développement de l’Université de médecine; puis, quand la ville fut passée sous l’autorité des rois de France, ceux-ci tinrent à honneur de continuer la généreuse tradition de leurs prédécesseurs. En 1301 Philippe le Bel, en 1331 Philippe de Valois, ratifièrent les privilèges de l’École de Montpellier. En 1350, le roi Jean ne crut pouvoir lui donner un meilleur gage d’intérêt qu’en autorisant les bedeaux à porter des masses d’argent. En 1364, le duc d’Anjou exempta de toute contribution les Docteurs et les Écoliers ; dès-lors la bienveillante intervention de nos rois se retrouve h chaque pas de notre histoire.

Ainsi, dès le xvi® siècle, l’Université de Montpellier, jalouse de faire respecter ses droits^ entreprit une lutte ouverte contre les charlatans, qui déjà exploitaient la crédulité publique; elle obtint du môme duc d’Anjou, des rois Charles VI et Charles VIII, des arrêtés très-sévères contre ces spéculateurs éhontés; un de ces édits porte même que, lorsqu’on pourra se saisir des contrevenants, on les chassera' de la ville avec les mêmes cérémonies qu’on a coutume d’employer lorsqu’on chasse les femmes de mauvaise vie. La législation actuelle ne pourrait-elle rien emprunter aux arrêtés de Charles VIII?

Nous avons vu que les premiers Professeurs de notre Faculté ne recevaient aucun traitement. C’était l’époque de la liberté la plus absolue; les élèves rétribuaient eux-mêmes leurs Maîtres, et ceux-ci faisaient de continuels efforts pour augmenter leur clientèle. Mais cette liberté, nous l’avons dit aussi, devait avoir et avait en réalité ses inconvénients. Suivant les circonstances, les Professeurs affluaient ou faisaient défaut. Charles VIII d’abord, à la requête d’Honoré Piquet, Louis XII ensuite, voulurent por-

ter remède à cet état de choses : quatre charges de Professeur, auxquels on donna un appointement de 100 livres par an, furent instituées. Les quatre premiers Professeurs nommés par Louis XII furent Jean Garcin, Honoré Piquet, Pierre Robert et Gilbert Griffi. En 1561, Charles IX porta leurs appointements à 300 livres, et Henri IV, en 1595, à 600. Les quatre Professeurs royaux s’arrogèrent bientôt tous les droits accordés jusque-là à' tous les docteurs de la ville ; aussi peu à peu ceux-ci se désintéressèrent des affaires de l’École. Cependant, comme quelquesuns d’entre eux voulurent encore maintenir leurs anciens privilèges, on décida que les docteurs enseignants seraient réduits à deux, et on leur donna le nom de docteurs-agrégés. Ainsi fut instituée l’agrégation.

Deux nouvelles chaires furent créées en 1593 par Henri IV : une d’Anatomie et deBolanique, qui fut donnée àRicher deBelleval ; une autre de Chirurgie et Pharmacie, dont Pierre Dortoman fut le premier titulaire. Peu de temps après, en 1595, fut instituée une charge de Dissecteur ou Anatomiste royal, avec 300 livres d’appointements; elle fut attribuée à Cabrol, qui peut ainsi être considéré comme le premier chef des travaux anatomiques de la Faculté de Montpellier. Enfin, en 1673, d’Aquin fit ériger en chaire la place de démonstrateur de chimie, et en 1715 une huitième chaire fut créée.

Celle organisation dura jusqu’au 12 août 1792, jour où parut la loi qui supprimait les Universités de médecine. A ce moment, nous trouvons encore huit Professeurs installés dans leurs chaires : c’étaient Barthez, chancelier; René, doyen; Gouan, François Broussonnet, Vigarous, Brun, Fouquet et Baumes.

Mais celte loi si étrange ne devait pas avoir des effets bien durables. C’était l’époque où les armées de la France avaient à lutter contre les nations coalisées; de tous côtés, nos blessés, nos malades réclamaient des médecins. Aussi le gouvernement créat il, le 14 frimaire an III (4 décembre 1794), les trois Écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg, dans le but unique de former les médecins militaires dont il avait besoin. Enfin, quelques années après, parut le décret qui transformait les Écoles de

santé en Facultés de médecine et les organisait sur les bases où nous les trouvons encore aujourd’hui.

Je viens de vous montrer les différentes étapes par lesquelles a dû passer notre Faculté avant d’arriver à son entier développement. Mais ce n’est là qu’un des côtés du tableau que j’ai à dérouler devant vous. La gloire de notre Faculté ne réside pas tant en effet dans son ancienneté que dans l’influence qu’elle a de tout temps exercée sur le mouvement des sciences médicales en Europe. Ainsi que l’a dit Prunelle, « il ne s’agit pas ici de faire revivre un préjugé ridicule, heureusement détruit de nos jours. Les corps lettrés, de même que les familles particulières, n’en ont pas plus de droits à l’estime publique, lorsqu’ils peuvent présenter une suite d’aïeux qui se prolonge dans les siècles les plus reculés; mais il n’en est pas moins vrai qu’une École dont l’existence remonte à des temps éloignés, a dû nécessairement influer sur les progrès de la science, en conservant soigneusement et transmettant aux générations successives le dépôt précieux des connaissances, augmenté par les travaux des grands hommes qu’elle a produits 1 .» Or, Messieurs, nous verrons que l’Université de Montpellier, en même temps qu’elle s’attachait à conserver les pures traditions Hippocratiques, savait s’associer à tous les progrès, et marchait en France à la tête du mouvement scientifique.

Au moyen âge, vous le savez, la médecine était entre les mains des Arabes. Rhazès, Avicenne, Averrhoès, tels sont les noms qui, à celle époque, illustrent l’histoire de notre science. C’est aussi sous l’influence Arabe que l’École de Montpellier commença à se développer. L’histoire n’a, du reste, recueilli que bien peu de documents sur les médecins qui illustrèrent notre École à son origine. C est à peine si nous pouvons citer quelques noms, ceux

1 Prunelle ; Fragments pour servir à l'Histoire des progrès de la Médecine dans l Université de Montpellier. Thèses de doctorat. Montpellier, an IX, pag. 17.

de Rigord, de Richard , de Jean de Saint-Gilles, d’Anselme de Porle, etc. La première grande figure qui se détache dans celte période encore si obscure est celle d’Arnaud de Villeneuve. Était-il de Villeneuve en Languedoc, près Maguelone, de Villeneuve en Catalogne ou en Provence? Il serait difficile de le dire. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a étudié la médecine à Montpellier et régenté dans notre École. Il est également difficile de fixer la date de sa naissance et de sa mort ; mais on peut affirmer qu’il a vécu vers la fin du xm e siècle et le commencement du xiv®. Arnaud de Villeneuve jouit pendant sa vie d’une grande réputation comme médecin ; nous le trouvons à la cour des Papes, en Espagne, auprès du roi Pierre III d’Aragon. Les ouvrages qu’il publia sur les différentes branches des sciences médicales, la botanique, l’hygiène, la thérapeutique, furent également trèsappréciés, aussi bien pendant sa vie que longtemps après sa mort. Mais quelle que fût la supériorité d’esprit d’Arnaud de Villeneuve, il lui fut impossible de résister aux influences du milieu dans lequel il vivait ; aussi le voyons-nous s’adonner avec la plus grande ardeur à l’étude de l’astrologie et de l’alchimie.

On croyait alors, et on devait croire longtemps encore du reste, qu’il existait une liaison des plus intimes entre le corps humain et l’Univers, entre l’homme et les planètes. Arnaud admit, lui aussi, que les constellations exercent une action puis* sanie sur les viscères ; d’après lui, le soleil agissait sur le cœur, Mars sur le foie, Saturne sur la rate, Vénus sur les reins et Mercure sur les organes génitaux. Arnaud poursuivit encore la recherche de la transmutation des métaux ; il crut pouvoir convertir des lames de cuivre en or. Les alchimistes les plus illustres le reconnurent pour leur maître; Raymond Lulle, entre autres, avoue que c’est de lui qu’il avait appris tout ce qu’il savait. Mais, je le répète, c’étaient encore là les idées dominantes de son époque; Arnaud ne pouvait s’y soustraire. Ne lui reprochons pas trop, du reste, sa passion pour l’alchimie, car elle nous a valu une grande découverte, celle de l’esprit de vin.

Arnaud voulut encore s’occuper de théologie ; mais ses opinions peu orthodoxes furent solennellement condamnées par les autorités

ecclésiastiques. Elles lui suscitèrent ainsi de nombreux ennemis; on dénatura ses opinions, et on alla même jusqu’à l’accuser d’avoir voulu fabriquer un homme en mélangeant de la semence à des drogues plus ou moins compliquées. Quoiqu’il en soit, Arnaud est resté une des figures les plus originales de son époque; son influence s’est môme fait sentir longtemps après sa mort, et on retrouve le souvenir de ses principales doctrines dans de nombreux ouvrages publiés bien des années après lui, en particulier dans le Lilium Medicinœ de Gordon, qui enseignait à Montpellier vers l’an 1285.

Nous approchons de la Renaissance, et déjà on entrevoit un premier réveil de l’esprit humain ; les préjugés, enracinés depuis de longs siècles, tendent à disparaître, la raison cherche à s’affranchir. Aux discussions de la scolastique, aux commentaires indéfinis sur Aristote et sur Galien, on veut enfin substituer l’observation directe. En 1315, Mondini de Luzzi dissèque publiquement deux cadavres de femmes. En France, c’est à l’École de Montpellier que revient l’honneur d’avoir inauguré les études pratiques d’anatomie. A la demande d’Hermondavilla, le duc d’Anjou, gouverneur du Languedoc, accorda en 1376 à notre Université l’autorisation de disséquer chaque année le cadavre d’un criminel qu’on exécuterait ; ce ne fut que bien plus lard que Sylvius entreprit à Paris des démonstrations publiques d’anatomie 1 . C’était là. Messieurs, un immense progrès, d’autant plus à remarquer qu’il fallait à cette époque lutter à la fois, et contre les préjugés et contre les proscriptions de la loi Juive (or nous savons que les médecins Juifs étaient nombreux à Montpellier), enfin contre les défenses de l’autorité catholique, assurément les plus sévères entre toutes. Ainsi, Boniface YI1I, par un décret spécial, menaçait d’anathème quiconque mutilerait ou ferait bouillir des cadavres, môme sous le prétexte de les embaumer.

Mais nous voici définitivement arrivés à celte grande époque de la Renaissance, qui a été pour les lettres comme pour les sciences l’ère de nouveaux et continuels progrès. « L’Europe se trouvait

Astruc ; loc. cit. pag. 32.

à i’élroit, dit M. Daremberg ; l’esprit ne pouvait plus s’enfermer dans les vieilles formules ; le désir de savoir élail universel ; de tous côtés on était en quête de quelque chose 1 .» C’est alors que, chassés de l’Orient par la prise de Constantinople, les savants Grecs émigrent en Occident; la plupart se fixent en Italie, d’où part en conséquence le mouvement. En même temps, la découverte de l’imprimerie vient puissamment en aide à ce besoin des esprits de tout apprendre, de tout connaître ; et grâce à elle, les livres dont les Grecs avaient apporté des copies de l’Orient se répandent bientôt dans toute l’Europe. La médecine devait naturellement participer à ce mouvement. Au moment où nous arrivons, c’est le Galénisme, mais le Galénisme tronqué, défiguré parles Arabes, qui règne seul dans les Écoles. Le premier résultat du mouvement de la Renaissance fut de permettre à la médecine de revenir aux sources pures de l’antiquité; ce fut là l’œuvre des médecins érudits, des Leonicenus, des '-Lin acre, des Koch de Bâle. Peu après, l’esprit d’observation se réveille ; on étudie, on examine, on cherche par soi-même. Antoine Benevienus, de Florence, Alexandre Benedetti, de Legnano, sont les premiers à entrer dans cette voie. La France est brillamment représentée à cette époque par Houiller, par Duret, puis parFernel, parBaillou, l’Hippocrate Français.

Montpellier ne reste pas en arrière de ce mouvement; Laurent Joubert personnifie, en quelque sorte, cette brillante époque. Il s’éleva avec force contre les subtilités de l’ancien Humorisme ; mais il est encore peut-être resté plus célèbre par son livre sur les Erreurs Populaires, tiré à 4,600 exemplaires (chiffre exorbitant pour ce temps), et dédié à Marguerite de Valois.

A peu près à la môme époque, vivait à Montpellier Rondelet, anatomiste célèbre, et l’un des principaux bienfaiteurs de notre École. Sa vie a été tour à tour racontée par Joubert, par Victor Broussonnet, par MM. Bouisson et Planchon 2 ; mais la place qu il

1 Daremberg ; Histoire des Sciences médicales , tom. I, pag. 306.

2 hoiries différentes notices publiées sur Rondelet par Y. Broussonnet, (Éphémérides-médicales de Montpellier, janvier 1828), et MM. Bouisson et Planchon ( Montpellier Médical).

occupe dans noire histoire est trop importante pour que nous ne considérions pas, à notre tour, comme un devoir de vous faire connaître les litres qu’il a à notre reconnaissance.

Guillaume Rondelet naquit à Montpellier le 25 septembre 1507. En 1545, il succéda à Pierre Laurent dans la chaire que Jean Garcin avait le premier occupée, et en 1556 il fut nommé Chancelier de la Faculté. Enthousiaste jusqu'à l’excès pour l’anatomie, il attira autour de sa chaire des élèves nombreux, parmi lesquels plusieurs prirent place au premier rang des anatomistes célèbres : Gaspard Bauhin, Sylvius, Roussel, Joubert, Cabrol, etc. Il fit construire le premier amphithéâtre d’anatomie qui s’éleva en Europe, et c’est là, dit-on, qu’il fit voir les placentas de ses deux fils jumeaux, qu’il disséqua le cadavre de l’un de ses enfants. L’histoire n’a jamais pu lui pardonner une semblable action. Ses éludes sur les Poissons le placèrent au premier rang des naturalistes ; comme médecin, il fut aussi très-apprécié par ses contemporains, aussi l’influence qu’il exerça sur son époque fut-elle des plus profondes.

C’était du reste une étrange figure que celle de Rondelet. Chef du parti Huguenot dans le midi de la France, s’occupant avec le plus grand zèle des questions théologiques et religieuses; artiste, et dépensant des sommes considérables pour satisfaire son goût immodéré de l’architecture et de la musique ; faisant sans cesse bâtir et démolir dans ses maisons de la ville et de la campagne ; réunissant de nombreux musiciens pour exécuter des concerts dont il conduisait lui-méme l’orchestre, Rondelet présentait le mélange le plus incohérent de l’ardeur pour le travail, de la passion pour le plaisir. Il mourut malheureux, à l’âge de 59 ans.

Ce que Rondelet avait fait pour l’Anatomie, Richer de Belleval le fit également pour la Botanique. Grâce au crédit du duc de Montmorency et d’André du Laurens, Chancelier de la Faculté et premier médecin du Roi, il obtint d’Henri IV la création du Jardin des Plantes. L’École de Montpellier fut ainsi la première dotée d’un établissement de ce genre : ce ne fut en effet qu’en 1626 que Louis XIII établit le Jardin des Plantes de Paris.

Depuis Richer de Bellevàl , la botanique a toujours trouvé à Montpellier d’illustres représentants ; sans parle* de l’époque contemporaine, il nous suffira de citer Magnol, Auguste Broussonnet, De Candolle, etc.

Les Sciences médicales proprement dites n’étaient pas moins honorées à Montpellier, et c’est avec un juste sentiment d’orgueil que notre École rappelle les noms de Lazare Rivière, des Chicoyneau, de Deidier, de Ranchin, d’Aslruc, puis plus lard ceux de Sauvages, de Bordeu, de Barthez et de tant d’autres.

Lazare Rivière fut Professeur à Montpellier de 1622 à 1655; on lui doit divers ouvrages, parmi lesquels nous remarquons sa Praxis Medica , dont on publia plusieurs éditions, tant en France qu’à l’étranger.

Le nom de François Chicoyneau rappelle une époque particulièrement mémorable pour l’École de Montpellier. La peste venait d’éclater à Marseille (1720); une terreur sans égale régnait dans cette malheureuse ville, décimée par la terrible épidémie. Chirac, beau-père de Chicoyneau, Professeur à la Faculté de Montpellier et alors premier médecin du Régent, le proposa conjointement avec le Professeur Deidier et Verny, docteur trèseslimé de notre ville, pour aller porter les secours de notre art au milieu de cette population atterrée. Le dévouement des docteurs de Montpellier fut égal à leur science; et si Marseille a cru devoir élever une statue au pieux évêque dont la charité se déploya avec la plus magnifique ardeur, elle ne peut que se rappeler avec la plus vive reconnaissance les noms des médecins de Montpellier qui bravèrent les plus grands périls pour courir au secours de ses habitants.

La peste de Marseille fut aussi l’origine d’une discussion qui devait, sous des formes diverses, se prolonger jusqu’à notre époque. Chicoyneau soutint, pour plaire à son beau-père, dit-on, la non-transmissibilité de la maladie ; Deidier se rangea au contraire parmi les contagionnistes, et depuis lors, à propos de chaque grande épidémie, du choléra ; de la fièvre jaune, nous avons vu se renouveler la grande querelle des Professeurs de

Montpellier. Mais enfin, la lumière s’est faite, et Deidier est sorti triomphant de la lutte.

Quelques années auparavant ( 1644 ), la Faculté de Montpellier s’était trouvée engagée dans une autre affaire où son rôle n’avait pas été aussi brillant peut-être, mais où nous découvrons du moins la preuve de l’excellente direction qu’elle savait donner à son enseignement. Théophraste Renaudot, docteur de Montpellier et créateur du journalisme en France, avait aussi établi à Paris un bureau public de consultations gratuites poulies pauvres, et il avait associé à son œuvre plusieurs médecins de notre Faculté. Les docteurs de Paris, jaloux de leurs droits et prérogatives, qu’ils croyaient lésés par les empiétements de Renaudot, lui suscitèrent des embarras de tout genre. Celui-ci appela la Faculté de Montpellier à son secours; la Faculté répondit bien à son appel, mais elle fut battue, et le Parlement déclara qu’il fallait être Docteur de Paris pour exercer la médecine dans cette ville. Il y aurait dans ce procès bien des détails curieux à étudier; mais au fond ils nous donneraient une triste idée des mœurs médicales de l’époque, et peut-être vaut-il mieux les laisser dans l’oubli.

Du reste, au fond de cette discussion, il n’y avait pas seulement en jeu une question de prérogative ; la science et l’art y étaient aussi directement intéressés, et c’est sur ce point que je veux surtout insister. La Faculté de Paris avait en effet solennellement condamné l’usage de l’antimoine et de ses préparations ; celle de Montpellier, au contraire, avait consenti à expérimenter les nouveaux remèdes, et finalement les avait admis dans la matière médicale. Ceux de ses docteurs qui étaient allés s’établir à Paris avec Renaudot y avaient aussi importé les médicaments proscrits par les médecins de la capitale. De là surtout la grande colère de Riolan , Docteur de Paris, qui s’empressa d’écrire une diatribe des plus violentes contre les Docteurs de Montpellier. Assurément la prétention de ces derniers de pouvoir pratiquer urbi et orbi l’irritait profondément ; mais ce qui l’indignait encore bien davantage, c’était l’appui qu’ils accordaient à l’antimoine. Aussi ne trouve-t-il pas d’expressions assez fortes,

assez injurieuses, pour condamner l’erreur des médecins de Montpellier : «Vantez, leur dit-il dans un magnifique mouvement d’indignation, vantez et prisez votre antimoine ; dites que sur la terre il n’y a pas de plus sublime médicament; il est vrai pour être porté bientôt au ciel, et être délivré des misères de ce monde ». Plus loin, il adresse un éloquent appel à ses confrères ; il les exhorte « à montrer assez de courage et de vertu pour corriger les abus et homicides qui se commettent journellement dans Paris par l’usage du vin émétique antimonial, qui fait mourir vingt fois plus de malades qu’il n’en guérit '». Guy- Patin, dans ses Lettres, n’a jamais rien écrit de plus violent. Or, Messieurs, l’expérience n’a-t-elle pas donné raison aux médecins de Montpellier, et notre École, dans cette affaire, n’avait-elle pas déjà montré qu’elle savait toujours ouvrir ses portes au véritable progrès, accepter les découvertes utiles de la science et de l’art?

D’autres faits sont venus démontrer la vérité de celle assertion. Ainsi, le premier .essai sérieux de Nosologie qui ait paru en France est dû à un Professeur de Montpellier, à Sauvages. Or, Messieurs, c’était là une œuvre qui présentait, à cette époque, les plus grandes difficultés. Baglivi croyait même qu’une Académie seule pouvait l’entreprendre, et il avait dressé les règlements de l’association qu’il voulait charger de ce soin. Ne nous étonnons donc pas si la Nosologie de Sauvages n’est pas parfaite, et si de graves reproches peuvent lui être adressés. Mais qui oserait lui jeter la pierre, alors que nous voyons encore de nos jours combien il est difficile d’établir une bonne classification des différents états morbides, dont la science a affirmé la parfaite individualité ? Sauvages décrit 2,400 espèces de maladies, qui viennent se ranger sous différents genres et sous diverses classes, et il s’afflige du nombre considérable de maux qui atteignent l’humanité. Mais en élevant au rang d’espèces les moindres modifications que présentent les maladies, il aurait pu

i Curieuses recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier, etc., par un ancien Docteur de la Faculté de Paris (Jean Riolan). Paris, 165-1.

encore bien davantage en multiplier le nombre. Du reste, malgré ses imperfections, l’ouvrage de Sauvages eut un immense succès, etc’élait justice. Sauvages lui-mômejouitd’une très-grande réputation pendant sa vie ; de nombreux étrangers venaient de toutes parts le consulter ; ses vastes connaissances en botanique lui valurent l’amitié des savants les plus illustres, en particulier de Linné, qui ne l’appelait que le prince des médecins ; et malgré les fâcheux présages qui avaient entouré sa naissance (il était né le jour môme d’une éclipse totale de soleil et au moment précis où une nuit complète s’étendait sur la terre'), il parcourut une illustre carrière et laissa à notre École un nom glorieux entre tous.

A l’époque où Sauvages enseignait à Montpellier, notre École s’était laissé séduire par les doctrines mécaniciennes ou iatrochimiques, doctrines assurément brillantes, et qui, soutenues par des hommes d’un talent supérieur, étaient bien faites en effet pour entraîner les esprits. Plusieurs de nos Professeurs avaient adopté les principes de Boerhaave, de Borelli ou de Willis ; Chirac même, par une clause particulière de son testament, qui ne devait jamais du reste être exécutée, avait légué à la Faculté une somme de 30,000 livres destinée à fonder deux chaires, l’une d’Analomie comparée, l’autre de Théorie ialro-malhémalique 1 2 . Fizes devait être à Montpellier le dernier représentant de ce système.

Les théories mécaniciennes trouvèrent déjà dans Sauvages un puissant adversaire ; mais elles furent encore plus vigoureusement combattues parBordeu, un des plus puissants esprits qu’ait produits notre École. La doctrine de Bordeu est assez difficile à apprécier, car elle ne se présente pas avec celle simplicité que l’on trouvait chez Slahl, chez Boerhaave, que nous admirerons dans quelques années chez Barthez. Aussi !’an?ien Professeur de Montpellier a-t-il été très-diversement jugé, et des Écoles Irès-

1 Éloge de M. de Sauvages, lu dans une assemblée publique de la Société royale des sciences de Montpellier, par M. de Ratte, secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; in Nosologie de Sauvages, tom. I, pag. 10.

2 Sprengel; Histoire de la médecine, tom. V, pag. 145.

opposées l’ont-elles réclamé comme un de leurs chefs. Les Vitalistes sont loin de le repousser, et cependant Richerand le glorifie «comme l’homme qui devait jeter les premiers fondements de la doctrine de l’Organicisme, doctrine qui développée plus tard par l’École de médecine de Paris, à la fin du xviii 6 siècle et pendant les premières années du xvix e , est devenue aujourd’hui (c’est Richerand qui parle) celle de tous les bons esprits» . M. Bouchut considère Bordeu comme pouvant être placé après Van Helmont et Stahl dont il dérive, avant Barthez dont il est le précurseur 1 . Enfin, M. Daremberg porte sur son compte une appréciation des plus sévères: «Théophile de Bordeu, dit-il, dont on fait ou du moins dont on faisait si grand état à Montpellier, est, à mon sens, un esprit très-embrouillé, un anatomiste mal assuré, un physiologiste incertain, un théoricien sans doctrine bien arrêtée, un historien des plus mal informés, un prétendu savant qui vante sans cesse l’empirisme et la méthode naturelle, et en même temps qui se laisse aller parfois aux rêveries d’une sorte de mysticisme 2 . » Ces jugements si divers s’expliquent ; quand on sait que Bordeu avait cherché à concilier divers systèmes, qu’il avait voulu être éclectique; c’est lui-même qui nous le dit: «Nous avons essayé, écrit-il, d’imiter l’abeille qui compose son miel des sucs combinés de différentes fleurs,... Nous sommes demeurés attachés à ce dogme mixte et composé, qui a été du goût de beaucoup de bonnes têtes, et qu’on désigna autrefois sous le nom de secte éclectique 3 .»

Mais, Messieurs, quel que soit le jugement que l’on porte sur les doctrines de Bordeu, on ne peut pas ne pas reconnaître qu’il a su traiter tous les sujets qu’il a abordés avec une parfaite originalité et une rare profondeur de vues. Par ses études sur le tissu muqueux, sur les glandes, Bordeu a esquissé à grands traits l’anatomie générale, et c’est ainsi que les Écoles organiciennes se sont crues en droit de le réclamer. Par ses recherches

1 Bouchut; Histoire de la médecine et des doctrines médicales, tom. I, pag. 353.

2 Daremberg ; Histoire des Sciences médicales, tom. II, pag. 1157.

2 Bordeu; Œuvres complètes, tom. II, pag. 1024 et 1025.

sur l’analyse médicinale du sang, sur les maladies chroniques, il a ouvert la voie à ces magnifiques études de pathologie générale qui devaient plus tard illustrer notre Faculté ; dans ses travaux; sur les crises, le pouls, les écrouelles, la colique du Poitou, sur l’histoire de la médecine, il s’est montré observateur sagace, excellent clinicien, historien érudit. Les Vitalistes peuvent lui reprocher d’avoir compromis l’unité du système vivant, en représentant le corps comme un assemblage d’organes dont chacun vit d’une vie propre, en admettant que la vie de ces organes est le résultat de l’organisation de la matière, et en supposant que la vie générale est formée de la somme de toutes les vies particulières. Mais ce serait une erreur de croire que tout est à rejeter dans cette doctrine, et il faut au contraire savoir gré à Bordeu d’avoir si bien mis en lumière l’influence que les divers organes de l’économie exercent les uns sur les autres.

Parmi les dogmes admis par Bordeu et ses élèves, il en est un que nous devons particulièrement signaler : c’est leNaturisme; et ainsi on peut dire que Bordeu a renoué la grande tradition Hippocratique, un instant interrompue par les médecins qui avaient adopté les théories iatro-mécaniciennes. A ce point de vue aussi, on peut le regarder comme le précurseur de Barthez, le chef de la doctrine vitaliste.

De Barthez, que pourrais-je dire après les savantes études, les pages éloquentes que lui ont consacrées MM. Lordat 1 , Bouisson 2 et Dupré 3 ? Barthez lui aussi a été très-diversement apprécié. Bouvart, médecin de Paris, qui avait déjà accablé Bordeu de ses railleries et même de ses injures, ne fut pas moins sèvère pour le Chancelier de Montpellier. «Barthez, dit-il, est un homme universel, qui sait le droit, la physique, les mathématiques, et même de la médecine.» Et en efïèt, Barthez était un esprit puissant, largement généralisateur, et qui avait su demander à

1 Lordat ; Exposition de la doctrine médicale de Barthez. Paris, 181$.

2 Bouisson; Des bienfaiteurs de l’École de Montpellier. (Montpellier médical, tom. VII.)

3 Dupré ; Discours prononcé lors de l’inauguration des statues de Lapeyronie et Barthez. (Montpellier médical, tom. XIII.)

toutes les sciences les cléments de sa doctrine. Comme savant, il a eu peu d’égaux; comme praticien, il a brillé au premier rang, ses consultations en font foi; comme réformateur, s’il a eu le tort d’exagérer les conséquences de son principe, il a eu le rare mérite d’élever une doctrine sur l’observation la plus large et la plus complète des faits, ce que ses adversaires n’ont pas voulu suffisamment reconnaître.

Ainsi, quand il établit qu’il faut admettre autant de causes de phénomènes que ces phénomènes sont différents entre eux ; quand, avec une prudence dont il faut le louer, il ajoute que la détermination «du nombre des forces de la nature ne doit jamais être considérée comme définitive, puisque de nouvelles découvertes peuvent en diminuer le nombre, en faisant rentrer deux ou plusieurs ordres de faits, que l’on avait séparés d’après un premier coup d’œil, sous le domaine de la même force; et quand enfin, appliquant sa méthode à l’étude des phénomènes vitaux , il arrive à reconnaître des causes différentes à des phénomènes essentiellement distincts, évidemment on ne peut que le suivre et l’approuver dans ses conclusions. Mais quand il s’absorbe dans la contemplation de la cause à laquelle il a donné le nom de Principe Vital ; quand il nous le montre comme capable d’engendrer la chaleur animale; quand il nous dit que l’action des poisons ne consiste pas à altérer l’organisation, mais à menacer directement le principe vital et à le détruire souvent avant qu’il ait pu développer une réaction, alors on est en droit de lui reprocher de n’avoir pas su résister à cet entraînement fatal qui pousse tout réformateur à exagérer les applications de ses principes, et il devient difficile d’adopter sa manière de voir.

Mais, malgré les reproches qu’on peut lui adresser, Barthez n en reste pas moins digne de notre admiration, et avec un de ses panégyristes nous sommes prêt à déclarer «qu’il fut le plus grand Professeur et le plus grand Médecin de son temps. Doué, en effet, au plus haut degré, de celle force de rapprochement et de réduction intellectuelle qui constitue ce qu’il y a de plus élevé dans le talent dogmatique, il a créé une véritable doctrine, fondé une grande École., et, le premier, érigé en principes fixes les maximes

vagues, incertaines, incohérentes delà médecine pratique 1 ». Du reste, ses élèves ont corrigé ce qu’il y avait d’excessif dans sa doctrine. Avec Barthez, ils ont reconnu que les phénomènes vitaux, distincts des phénomènes physiques ou des faits psychiques, devaient reconnaître une cause spéciale; mais ils n’ont pas prétendu tout expliquer, comme on le leur a souvent reproché, à l’aide de ce principe. Ils ont mis, au contraire, tous leurs soins à étudier et à reconnaître les faits particuliers, à pénétrer dans la structure intime des organes, à rechercher leurs altérations ; ils ont su accepter avec empressement les véritables découvertes de la science moderne : ils ont ainsi montré que la doctrine vitaliste reste encore, entre toutes, la plus large et la plus complète.

Mais, Messieurs, si l’École de Montpellier a su comprendre de bonne heure la nécessité pour le médecin de posséder une bonne doctrine médicale, elle n’en a pas moins apprécié de tout temps la valeur des études pratiques, et c’est un fait que je relève à son honneur. Ce n’est guère que vers le milieu du xvn e siècle que la première École de clinique fut établie en Europe ; c’est à Leyde qu’elle fut fondée, et placée sous la direction de François de le Boé. Mais déjà, dans le xv e siècle, l’Université de Montpellier avait établi des usages et des règlements qui correspondaient à un véritable enseignement clinique. Elle n’accordait en effet le titre de Docteur qu’au bachelier qui pendant cinq ans au moins avait pratiqué hors delà ville, sous la surveillance d’un Docteur expérimenté. Pendant la Révolution, et dans ce court espace de temps qui sépara la suppression des Universités de médecine de la création des Écoles de santé, une clinique fut établie à l’Hôtel- Dieu Saint-Éloi. Ce fut la Société populaire de^notre ville qui se chargea de l’instituer, et qui ordonna à Baumes, ancien Professeur de l’Université et alors réfugié à Nimes, de venir la diriger. Quelque temps après, les trois Écoles de santé étaient créées définitivement et pourvues de plusieurs chaires de clinique. Les premiers Professeurs nommés à Montpellier furent: [tour la chirur-

üupré ; loc. cil.

gie, Poulingon etVigarous; pour la médecine, Péliot etFouquet. Ce dernier, formé à l’école des Baillou, des Sydenham, des Stoll, et digne d’être cité à côté de ces Maîtres, sut dès son origine placer noire clinique sous l’influence des grands préceptes Hippocratiques ; ses successeurs ont tenu à honneur de continuer la même tradition. •

Enfin, Messieurs, pour terminer celle étude, il me reste à vous parler de l’enseignement de la chirurgie à Montpellier. Trois grandes époques le caraclérisent, trois grands noms le signalent à notre attention : Guy de Chauliae, Lapeyronie, Delpech.

«Dans l’origine de notre École, comme au temps d’Hippocrate, dit un de nos anciens Maîtres, la chirurgie se trouvait réunie à la médecine et exercée par les mêmes mains ; alors plusieurs membres de la Faculté de Montpellier se montrèrent à la fois médecins et chirurgiens habiles. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que cette association continua d’avoir lieu, même après que les conciles de Tours et de Latran eurent condamné l’art chirurgical, et que la Faculté de médecine de Paris en eut interdit la pratique à ses membres*.» Cette première période a été des plus brillantes; elle a été illustrée par Roger, Anselme de Porte, Henri deHerrnondavilla, Arnaud de Villeneuve, Bernard de Gordon, Raymond de Molières, Jean de Parme, Bonnet fils de Lanfranc, enfin sur la fin du xiv e siècle par celui qu’on a appelé le restaurateur de la chirurgie, par Guy de Chauliae.

Je ne puis m’arrêter sur la vie aventureuse de notre grand chirurgien, sur sa pratique, sur ses écrits. Une étude complète de Guy de Chauliae a été publiée, il y a quelques années, par un de nos plus distingués confrères, M. le D r Cellarier; c’est à son livre que je vous renvoie 2 . Qu’il me suffise de vous dire que les témoignages les plus éclatants ont été dans tous les temps rendus au chirurgien de Montpellier : «Une des époques les plus brillantes de la Faculté de Montpellier, dit Lorry, est celle où elle

1 E. Estor ; Discours sur l'Histoire et la Philosophie de l'École chirurgicale de Montpellier. 1841, pag. 7.

* Collmev, Introduction à T Étude de Guy de Chauliae. Montpellier, 1856.

a produit le fameux Guy de Chauliac, homme qui doit tenir une place distinguée entre les bienfaiteurs de l’humanité, et qui mérite encore de conserver toute son autorité dans un siècle aussi éclairé que le nôtre. Il doit porter éternellement le titre de restaurateur delà chirurgie.» Selon M. Dezeimeris, «pour mettre la chirurgie du xiv e siècle à la hauteur de celle de l’antiquité, il fallait non-seulement du génie, mais une constance à toute épreuve, capable de surmonter les difficultés qui s’opposaient, au milieu de la rareté des livres, aux éludes longues et approfondies. Si l’on considère Guy de Chauliac dans le siècle qu’il illustra, on sera forcé de convenir qu’il possédait à un haut degré toutes les qualités nécessaires à cette grande entreprise». Enfin M. Cellarier, étudiant la marche de la chirurgie en France, fait remarquer avec raison que bien avant le moment où devait paraître le véritable fondateur de la chirurgie Parisienne, l’École chirurgicale de Montpellier s’élevait au-dessus de toutes les autres, avec Guy de Chauliac. L’École chirurgicale de Paris est venue s’inspirer dans Guy de Chauliac, et Paris a subi l’influence delà Grande chirurgie de l’auteur méridional. Les Écoles du Nord sont les filles de celles du Midi 1 .

Cependant cet état de choses ne devait pas toujours durer : les préjugés des Arabes, aussi bien que les préventions des médecins ecclésiastiques, établirent bientôt une ligne de démarcation entre la médecine et la chirurgie, qui tomba dès-lors entre les mains des chirurgiens barbiers.

Mais bientôt une ère nouvelle se lève. Avec Lapeyronie, au commencement du xvm e siècle, une grande époque commence pour la chirurgie. «Lapeyronie, a dit M. Bouisson,.ne fut pas seulement un chirurgien éminent ; son nom ne se borne pas à indiquer une glorieuse étape dans le développement de la belle science inaugurée à Montpellier par Guy de Chauliac et qui aboutit à Delpech. Ce fut un grand cœur, un caractère généreux, et son passage fut signalé par des actes où le génie de la vertu ne brille pas moins que celui de la science. Jaloux de la

1 Cellarier; loc. cit., pag. 258.

dignité de l’art chirurgical, il employa tout son crédit à l’affermir sur des bases scientifiques, à perfectionner son enseignement, à le dégager de ses indignes alliances et à effacer la trace des rivalités ridicules qui divisaient alors les médecins et les chirurgiens'.» C’est à Lapeyronie qu’on doit la fondation de la célèbre Académie de Chirurgie, l’organisation de la chirurgie militaire; ses travaux sont tous marqués au coin d’une science profonde et d’un jugement sûr. N’oublions pas de rappeler que sa fortune fut employée à soutenir et à encourager de nombreuses institutions scientifiques; Montpellier lui doit l’Hôtel Saint-Côme, où siégea pendant longtemps le Collège de Chirurgie.

Après Lapeyronie, l’École de Montpellier fut encore illustrée par plusieurs chirurgiens éminents, parmi lesquels nous distinguons Goulard, Bourquenod, Laborie, Vigarous, Méjan. La plupart d’entre eux étaient Professeurs à l’Université de médecine ou au Collège de Chirurgie, institutions qui disparurenlen même temps, le 12 août 1792. Au moment de la suppression du Collège de Chirurgie, les professeurs étaient : Laborie père, Courrége, Dupin, Méjan fils, Bourquenod fils, Verney, Serda, Laborie fils, Poutingon, Combes et Senaux. Plus lard, le gouvernement attacha à l’École de santé quatre des anciens Professeurs du Collège de Chirurgie : Laborie père, André Méjan, Poutingon et Senaux, auxquels succédèrent Monlabré, Fages, Dugès et Delpech. Mais ici, nous louchons presque à l’époque contemporaine, et nous devons nous arrêter.

Dans celte histoire, déjà trop longue, je n’ai pu encore, Messieurs, vous parler de vous; et cependant vous aussi, vous avez dans votre passé de nobles traditions. Pouvons-nous nous en étonner? votre histoire n’est-elle pas confondue avec celle de vos Maîtres? et avant de monter dans cette chaire d’où j’ai l’honneur de vous parler, les Professeurs qui ont illustré notre École ne s’étaient-ils pas assis sur ces bancs d’où vous voulez bien

1 Bouisson-, Des bienfaiteurs de l’École de Médecine de Montpellier. (Montpellier médical, tom. I.)

m’écouter aujourd’hui? Toutefois, Messieurs, vous avezune histoire qui vous est propre ; et si je n’avais pas craint d’abuser de votre bienveillante attention, j’aurais été heureux de vous faire connaître les anciens usages qui régissaient le corps des Étudiants de l’Université de médecine, le rôle qu’ils ont joué dans notre ville, les privilèges dont ils y jouissaient, les fêtes, les banquets qui suivaient les réceptions jadis si solennelles du jeune docteur; j’aurais aussi voulu m'arrêter avec vous sur les travaux de ces nombreux savants, de ces hardis littérateurs, qui, après avoir étudié dans notre École, s’illustrèrent loin de nous, de Claude de Moulins, de Nostradamus, de Rabelais, de Sylvius, de Plater, de Bauhin, de Théophraste Renaudot, de d’Aquin, de Vieussens et de tant d’autres; j’aurais surtout aiméde vous rappeler les bonnes traditions que vous ont léguées vos prédécesseurs. Et ici, Messieurs, que de faits n’aurais-je pas pu rassembler, qui seraient venus témoigner en faveur des anciens élèves de notre École! N’aurais-je pas eu par exemple à vous faire admirer la conduite de ces étudiants du xiv e siècle, en considération desquels le duc d’Anjou consentait à adoucir la rigueur des peines prononcées contre la ville de Montpellier, après sa révolte contre l’autorité royale? N’aurais-je pas eu également à m’incliner devant cet amour ardent du travail qui poussait les compagnons de Félix Plater, ainsi qu’il nous le raconte lui-même, à aller pendant la nuit, et souvent au péril de leur vie, chercher dans les cimetières les cadavres qui devaient le lendemain leur servir de sujets d’études? N’aurais-je pas eu enfin à m’étonner de la haute estime qui devait entourer ces jeunes hommes auxquels les statuts de 1534 accordaient le droit d’avertir le Professeur qui faisait irrégulièrement son cours? Mais le temps me presse, et je dois me borner 1 .

Je viens, Messieurs, de rappeler devant vous la longue et glorieuse histoire de notre Faculté; vous l’avez vue pendant plus de six siècles marchant sans cesse à la tête du mouvement scienli-

1 Voir 1 Histoire de l’École de Montpellier , d’Aslrüç ; VÉtude de. M. Germain sur la Renaissance à Montpellier; etc.

fïque, réalisant loujours la première les progrès réclamés par 1 enseignement C est a Montpellier qu’a été construit le premier amphithéâtre d’anatomie; qu’a été fondé le premier Jardin de Botanique; que se sont ouvertes les premières salles de clinique. En même temps que notre Faculté étendait le domaine de son enseignement, elle améliorait progressivement aussi son organisation matérielle. Privée à l’origine de tout local, accomplissant alors et pendant longtemps ses cérémonies dans l’église de Saint- Firmin, elle s’installe d’abord dans les bâtiments qui appartiennent aujourd’hui à l’École de pharmacie ; elle vient ensuite habiter le vieux monastère qu’Urbain Y avait annexé à la cathédrale ; c’est là qu’entin elle installe les divers services qui lui sont nécessaires, et que, par des améliorations continues, elle parvient à réaliser une organisation, sinon parfaite, au moins supérieure à toute autre.

Toutefois, Messieurs, ce n’est pas par une marche continue et non interrompue que l’ancienne Université de Montpellier est parvenue à cet état de prospérité où nous la voyons aujourd’hui. Comme les individus, les institutions ont leurs jours d’épreuves; ils n’ont pas été épargnés à notreFacullé. Ainsi, à uneépoque déjà éloignée de nous, des Écoles de médecine avaient été établies à Marseille, à Lyon, à Grenoble et dans d’autres villes, et notre Université devait lutter contre la concurrence que lui faisaient ces agrégations (c’est ainsi qu’on nommait ces Écoles) ; son développement n’en fut pas cependant arrêté, et rien ne l’empêcha de conserver sa place prédominante. Toutefois, déjà à ce moment, on reconnaissait les inconvénients d’un trop grand nombre de centres d’enseignement, et Aslruc demandait qu’on réduisît à trois les Facultés de médecine de France, Paris, Montpellier et Douai Prunelle nous apprend que, dès 1756, Sénac avait formé le même projet, et il ajoute : « Ce n’est donc pas d aujourd’hui seulement qu’on a pensé qu’il était de l’intérêt public de ne pas trop multiplier les Écoles de médecine, et qu’il importait bien moins à ceux qui veulent étudier la science de se

Aslruc ; loc. cil., pag. 98.

trouver rapprochés des sources qui les fournissent, que de connaître une source abondante à des distances éloignées. L’État, continuait-il, a d’ailleurs de grandes dépenses à faire pour l’établissement d’une École de médecine. Les Facultés existantes sont loin de posséder pour le moment tout ce qui leur serait nécessaire; l’intérêt de la science exigerait donc qu’elles en fussent pourvues avant de songer à de nouveaux établissements 1 .»

Ce n’est donc pas seulement de nos jours que les mêmes questions se posent ; et si elles sont aujourd’hui résolues dans un sens opposé aux vœux exprimés par Astruc, par Sénac et tant d’autres; si ces temps où notre Faculté voyait se créer à côté d’elle de nouvelles Écoles de Médecine reparaissent encore, pourquoi nous découragerions-nous 1 ? L’histoire n’est-elle pas là pour nous apprendre que notre Faculté a toujours su surmonter tous les obstacles, vaincre toutes les difficultés?

Mais ces épreuves n’ont pas été les seules qu’ait eu à supporter notre École. Dans la longue période de son existence, de plus graves sont venues la frapper; disons-le à son honneur, elle s’en est toujours noblement relevée. Aux temps tourmentés delà lutte de la France avec l’Angleterre, des guerres de religion, de la Révolution, l’Université de Montpellier a connu des jours bien mauvais; mais ces jours ont fui, les ténèbres dans lesquelles était restée enveloppée notre Faculté se sont dissipées, et une lumière encore plus resplendissante s’est bientôt levée sur elle. Que le passé Vous réponde donc de l’avenir ! Nos Maîtres d’aujourd’hui ne continuent-ils pas glorieusement les traditions que leur ont laissées leurs pères? La même ardeur, le même zèle pour notre Faculté n’animenl-ils pas les descendants, des Guy de Chauliac, des Rondelet, des Ranchin, des Rivière, des Sauvages, des Lapeyronie, des Barthez? Grâce aux efforts et au dévouement de notre Doyen, des améliorations importantes n’ont-elles pas été réalisées dans l’enseignement, dans l'installation des divers services? Vous pouvez donc compter sur vos Maîtres, ils sauront

1 Prunelle ; Des Études du médecin, de leurs connexions et de leur méthodologie, 1816,pag. 27.

conserver à notre École le rang qu’elle a si brillamment occupé depuis le xn e siècle dans l’Histoire de la Médecine. Mais , Messieurs, ce n’est pas à eux seuls que peut incomber cette tâche; votre concours leur est nécessaire, et ils vous demandent, à vous aussi, de vous rappeler les nobles traditions que vous ont laissées vos aînés. Ils aimaient le travail, ils savaient de bonne heure se dévouer à la noble profession qu’ils avaient librement choisie, ces étudiants des siècles passés dont tout à l’heure nous vous rappelions l’histoire; vous ne voudrez pas laisser péricliter entre vos mains l’héritage qu’ils vous ont transmis. La Faculté de Médecine de Montpellier compte sur vous ; vous ne tromperez pas ses espérances.

Extrait du Montpellier médical. — Juin 1875.

Montpellier. — Typogr. Boehm et Fils.

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