‹ Coups d'aile et coups de bec [microforme]Chapitre 108 sur 118 · TROUPE INNO CENTE · texte numérisé non relu

TROUPE INNO CENTE

Troupe innocente,

De gens très peu futés, Clique indécente

De minteaux écourtés, Sénateurs mal bà Lis, Rédacteurs abrutis,

0 foule impénitente !

D'éteignoirs assortis, Troupe innocente,

Du Recorder relevons les cancans :

Un vagabond âgé de vingt-cinq ans

Est aujourd'hui placé sur la sellette,

Il avait pris la poudre d’escampette :

On a lancé contre lui deux mandats

Et le voilà parmi les candidats

A la prison Comment vous nommez-vous ?

Vous êtes un fläneur. Allons répondez-nous.

Vous êtes, m'a t-on dit, un vagabond notoire.

—Mon président, écoutez mon histoire.

* Au mois de décembre 1884, l’auteur, alors employé à la rédaction de la /?’resse. etait chargé du compte-rendu de la Cour du Recorder. L'idée Ini vint un jour de faire son rapport en vers. La Cour siégeait jusque vers midi. Il fallait que le manuscrit fut livré vers une heure et demie de l’aprèsmidi, afin de laisser le temps nécessaire à la composition et à la correction des épreuves avant la mise en page qui se taisait vers trois heures, pour l'édition du soir.

Rimer un rapport fidèle en aussi peu de temps, était une entreprise assez difluile pour valoir la peine d’être tentée. L'auteur voulait savoir si la chose pouvait se faire et, pendant trois jours consécutifs, la Presse publia, dans son édition du soir, le compte-rendu de la séance tenue l’avant-midi à la Cour du Recorder. Nous donnons ici les trois comptes-rendus en question.

EN COR RECTIONNELLE

Antime est mon prénom,

Antime du Sablon.

—Mon garçon, vous avez un beau nom de famille, Que vous portez très mal ; Vous le déshonorez. —Moi, je n’en suis pas fier, car je suis un bon drille. —Pour ce fait en prison un mois vous passerez.

Monsieur Nelson appelle Jean Paquette, Hôte futur du grand hôtel Payette, —Vous étiez ivre hier Lui dit le Recorder.

— Votre honneur, vous savez, lui répondit l’ivrogne, Hier c'était lundi ; lorsque l’on trime fort Durant cinq jours entiers, dites qu’on n’a pas tort Pour bien se délasser de se rougir la trogne. l'argument est mauvais, Et vous n’er. pouvez mais, Vous aviez le frisson, dites-vous pour défense, Vous irez en prisor. Pour au moins trente Jours,

— Vous Mathilda Hardv, j: vous COnnais, je pense. Vous venez bien souvent et c’est donc vous toujours ? Quant à vous, Flora Hart, vingt fois récidiviste, Vous n'êtes pas de ceux qu’on prend à l’improviste ; Toutes deux, vons traînez Et vous vous pavanez Sur le trottoir, Vous avez fait ripaille ;

Vous a 7 prison pour gémir sur la paille,

249 TERRE-A-TERRE

Et vous y resterez pendant six ou neuf mois.

Je voudrais bien vous voir pour la dernière fois. On vous connaît, ivrognesses flâneuses,

Quand vous voulez faire les matineuses,

Vous négligez de coucher dans vos lits,

Pour mettre fin à vos nombreux délits, Je vais vous mettre à l'abri de la neige

l'endant neuf mois. Que le ciel vous protège.

CNRA

Thomas Coughlin, bien qu'ayant trop goûté A la boisson, s'en retourne acquitté

Paul Desjardins pintoche constamment,

Il sait jurer et sacrer joliment,

C’est un pochard très détestable, en somme, Et Son Honneur, qui connait bien son homme, Lui dit: Mon cher, on vous voit trop souvent ;

Pendant six mois, Ô mauvais garnement,

Vous gémirez sur cette paille humide Qu'on met dans les cachots. Lui, d'une voix timide : — Laissez-moi donc aller pour cette fois.

—Non, vous aurez encor six autres mois.

Puis comparait Marie-Louise Leclaire, Elle n'est pas claire de son affaire ;

La pauvre fille est prise d'nn hoquet, Et lourdement tombe sur le parquet.

Elle a trop bu: voilà l'épilepsie Qui la saisit, lorsqu'une vieille scie Vient déposer et conter ses méfaits :

Procès remis pour s'enquérir des faits.

Deux vagabonds ivrognes et flâneurs, Vont en prison Jusqu'au retour des fleurs,

Louis Gauthier, qui s’est grisé beaucoup, Dit carrément qu'il n’a pris qu'un seui coup. Il ne l’a pas mesuré dans un verre

Mais dans sa gorge et le juge a dit Père

Il ne faut Pas, à soixante-treize ans,

Trop se griser. Parmi les mendiants,

C'est un défaut qu’à peine je tolère,

Pour cette fois, vieillard, je vous libère,

— Vous, Jovite Meunier, ivre dans une rue, Vous blasphémiez ; la police accourue

Vous dit ces mots : Au poste suivez-nous, —Mon Président, je vou: prie à genoux,

De me lâcher. Suspendez la sentence,

Si vous me permettez de sortir aujourd'hui Jamais en cette cour je ne serai traduit.

— Non, vous paierez deux dollars ou huit jours,

—C’est bien monsieur. J ‘m'en souviendrai toujours,

244 TERRE-A-TERRE

Thomas Gannon, assaut sur la police.

Doit aller en prison pour deux mois de service. En travaillant à casser des moëllons,

Il est certain de trouver ces mois longs.

Jerry Murray se grise dans les cours ;

Les policiers vont lui porter secours,

Le Recorder lui fait une semonce,

Murray redit cette noble réponse :

Laissez-moi donc m'en aller, Votre i[onneur, La liberté: Voilà le vrai bonheur.

John Patick Shaw était ivre à l’hospice De Notre-Dame. Un homme de police Fut appelé pour rétablir la paix ;

Notre Patrick est très grand, très épais.

Il menaçait, proférait des blasphèmes, Se trémoussait, lançait des anathèmes, À coups de poings menaçait de briser

Les nez ce ceux qui voulaient l’apaiser.

Le policier hardiment vous l’accoste,

Vous le saisit et le conduit au poste.

—Vous n’ailez pas, dit-il, me fourrer en prison, Je sais que je suis gris ; en voici la raison : Il n’est que minuit, Policiers aigris.

Vous savez la nuit Tous les Shaw sont gris.

Et voilà donc pourquoi Shaw hier Ne parut pas en Cour du Recorder.

Sept prisonniers, tous plus ou moins pervers, Ont somparu pour des crimes divers.

L'été n’est plus, et Pour peu qu'on se saoûle, Si, par hasard, sur le trottoir on roule,

Si l’on y dort un tantinet, toujours,

On est certain d’en avoir pour huit jours.

Le policier ne veut Pas que l’on gêle :

Lorsqu'il fait froid, il redouble de zèle.

Ceux dont les nez par le froid sont rougis Risquent toujours qu’il leur offre un logis.

Chaque passant lui parait un ivrogne,

Et, le toisant, il se dit : quelle trogne !

Sur le trottoir, s’il vous voit endormis,

Dans un cachot il vous a bientôt mis,

Michael Burns, ivre-mort dans la rue,

Sur la faction tant de fois parcourue

Par le pas lourd d’un policier géant,

Hier au soir, à vo s'ouvrir, béant,

Le noir cachot et, Ce ruatin, le juge,

Sans vaine phrase et sans vain subterfuge, Dit : — Vous buvez sans rime ni raison :

Allez-vous en pour huit jours en prison.

Joseph Girard, un vieillard irascible, Dit que, longtemps, il a servi de cible Aux quolibets, bien qu'il soit tout petit.

— Vous mendiez, — Oui. J'ai bon appétit,

246 TERRE-A-TERRE

—Mais vous buvez ?— C'est vrai; je prends la goutte, Lait des vieillards, qui m'aide sur la route. — C'est mal à vous; à soixante-seize ans On vous a vu chicaner des enfants.

— Mon président, le gamin m’importune Lorsqu'il me dit : P'tit homme dans la lune, Moi je m'emporte et ma canne a beau jeu ; Je voudrais bien vous y voir, sacrebleu !

— Allons, vieillard, votre cause est perdue, Corrigez-vous. Sentence suspendue.

Si je vous revois, Gare une autre fois Tâchez d'aller chez monsieur Mazurette Et d'y rester.

Vous, Gédéon Vermette,

Tous vos plaisirs ne sont pas innocents,

Car vous livrez des assauts indécents

Aux jouvenceaux, partout, jusqu’au théâtre.

Pour vous guérir de votre humeur folâtre,

Vous passerez quatre mois en prison.

Et vous John Scott, pour mettre la maison

De votre femme à l'abri du tapage, Sous les verroux on vous tiendra bien sage

Pendant un mois.

Vous avez riboté, Thomas Forest, vous avez tempété, Pesté, juré, frappé: ar une femme $ 4 C'était très mal eb, pour cet acte infime, à Vous nous Paierez cinq dollars, ou sinon,

Vous passerez quinze jours en prison,

Le | Mary Ann Brown, une veuve en délire, À bu trop sec et dans sa tirelire N'a plus d'argent. | 4 Il est urgent

D'en prendre soin. Lasse de cette vie, De se noyer elle a parlois l'envie.

Le tribunal l'enferme Pour un an,

Puis aussitôt a lieu l’ajournement,

Napoléon Lachance âgé de vingt-sept ans,

Prétend s'être vengé de propos insultants ; Il regrette d’avoir giflé son camarade.

On le condamne aux frais.

Pour une autre escapade, Henry Wilson devant Son Honneur est traduit ; Ivre sur le trottoir, il s'est très mal conduit. Le Recorder l’acquitte et voici qu’on appelle Un nommé Boroski dont l’âme n'est pas belle.

248 TERRE-A-lERRE

— Vous êtes un ivrogne, approchez Boroski, Vous passez votre temps à boire du whiski.

Vous resterez un mois en prison sans rien boire.

Jean Trudel je connais votre piteuse histoire : De tristes préjugés vous vous montrez imbu, Contre la tempérance, et vous avez trop bu.

Vous êtes acquitté, car vous êtes malade.

Des époux Kerrigan la bruyante algarade

Attirait, l’autre soir, sur l’un des boulevards

Tous ceux qui voulaient voir des ivrognes bavards. Le mari parle fort et la femme riposte

La police intervient et les amène au poste.

Is sont très mal notés et le couple aux abois

Va passer en prison l’espace de deux mois.

Madame Thomas Smith, en mise négligée ;

Dans un passage obscur hier s'est engagée,

Un brave policier, craignant pour sa vertu, Survient, elle résiste, 1l eut été battu

Comme plâtre s’il n’eût arrêté la mégère,

Car madame a, dit-on, la main aussi légère

Que ses mœurs.— Vous irez, dit le juge, en prison

Pour deux mois, et, ma foi, je crois qu’il eut raison.

Marguerite Connor fiâne à propos de bottes, Et fait souvent de l’œil à ses compatriotes.

Dix dollars ou six moïs, c’est raide, mais il faut La guérir pour de bon de ce vilain défaut.

Thomas McGarity, assaut sur la police, Va faire à la prison deux longs mois de service.

Maggy Chapman ira Pour trois mois en prison Ou paiera cinq dollars ; en voici la raison : Elle était ivre hier, la police accourue,

La saisit par le bras, l’onlève de la rue,

Puis la fait CoOmparoir devant le Recorder

Qui punit aujourd’hui tous les crimes d'hier,

Page 1