‹ Coups d'aile et coups de bec [microforme]Chapitre 5 sur 118 · FANTAISIE · texte numérisé non relu

FANTAISIE

Pour les peintres ; si bien que la postérité

Dira qu'ils ont toujours cherché la vérité.

S'ils ne la trouvent pas, c’est que cette inconnue Se cache dans un puits en petite tenue,

On dit qu’en la voyant dans ce d'shabillé

Plus d'un législateur se détourne eftrayé.

Comme il porte toujours sa robe d'innocence,

Ce costume léger lui semble une indécence.

Cet habit primitif est trop décolleté ; Le tailleur qui l'a fait l’a bien trop écourté.

Cela n'a rien de faux, mais c'est un peu trop leste

Pour ne pas offusquer son regard trop modeste,

. S'il pouvait la couvrir de quelques oripeaux,

Restes de la toison de quelques vils troupeaux ! Mais, il a beau blâmer ce peu de retenue,

La vérité persiste à rester toute nue,

Et, blottie en un coin de son puits ténébreux, Ne se montre au mortel qu’en costume scabreux,

Effarouchant ainsi nos mœurs trop pudibondes,

Donc;toutest pourle mieux dansle meilleur desmondes Partout, sous le soleil, règne la probité :

Le vice triomphant n’est jamais respecté ;

La vertu n’est jamais victime de l'intrigue ;

Tamais le courtisan ne se montre prodigue

De compliments flatteurs envers l'homme taré !

ne

2 EPA EE

J'avais écrit “ coquin,” mais je l’ai raturé :

Clez un peuple partait, il ne faut, je suppose, Que des écrits bénins, confits à l’eau de rose.

&i l’on veut éviter mille désagréments,

Il faut faire à chacun sa part de compliments ; Lire à chaque lecteur cv qu’il faut qu’on lui dise ; Et ce qui plaît à l'un est une balcurdise

Aux yeux de son voisin qui dira: “ L'insensé

&“ [ynore que c’est noi qui dois être encensé.

“ Puisque cet insplent complimente les autres,

CN

‘ De quel droit serait-il admiré chez les nôtres ?

‘ Puisqu’il use parler en termes obiigeants

‘ De mes rivaux à moi, de ces vilaines gens

€ Qui n’cnt js mais voulu partager mes klées,

“ Moi, je ne lirai plus ses strophes mal scandées.”

Ainsi, pour plaire à tous, il faut n'écrire rien ;

Il faut cacher le mal, il faut taire le bien.

Chacan voudrait vous voir blâmer tout ce qu’il blâme ; Si vous écoutez Jeau, Gros-Pierre vous diffame :

Si vous vous abstenez, vous les froissez tous deux,

Et pourtant, Je l'ai dit, tove marche pour le mieux. Ici rien à blâmer, ici rien à reprendre. | Haro sur l'écrivain qui voudrait entreprendre

De prouver qu'il existe encore des abus,

Et que de préjugés les nôtres sont imbus !

Celvi-là passerait pour une tête folle.

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