‹ Coups d'aile et coups de bec (volume 2)Chapitre 49 sur 92 · FAITES UX ROI · texte numérisé non relu

FAITES UX ROI

Pour célébrer la huitième croisade, Faites un roi, morbleu ! finissez en ; Pour figurer dans notre cavalcade, Sacrons soudain quelque obscur paysan.

Qui doit porter et sceptre et diadème, En enfourchant, le royal palefroi ?

Qui doit régner ? voilà le grand problême, Faites un roi, morbleu ! faites un roi.

Faites un roi ; quand le fier Bonaparte, Pour en créer, bousculait l'Univers, Les bons sujets devaient payer la carte De ses succès comme de ses revers.

S'il faut payer pour avoir un monarque,

* Tout le monde se rappelle la cavalcade organisée lors de la célébration du cinquantenaire de la Saint-Jean- Baptiste en 1884. Il s'agissait de représenter la huitième croisade et le roi de la cavalcade devait figurer Saint Louis. Plusieurs candidats étaient sur les rangs. Pour avoir le droit de donner un vote, il fallait payer 5 cts au fonds d'organisation, et chacun pouvait voter autant de fois qu'il lui plaidait de répéter cette souscription. L'heureux concurrent fut M. Horace Boisseau, de la maison Boisseau frères, marchands de la rue Saint Laurent.

Payez : cinq sous, c'est pour rien, sur nia foi, Le lendemain, vous lui direz : Débarque * Faites un roi, morbleu ! faites un roi.

Faites un roi ; cinq sous pour chaque vote, Les souverains sont en baisse aujourd'hui. Un roi moderne, un roi que l'on dégote Le lendemain, est un joli produit.

Peu dangereux sous le poids de ses armes, Ce roi d'un jour, sans nous causer d effroi, .Ménagera notre sang et nos larmes Faites un ioi, morbleu ! faites un roi.

Faites un roi ; qu'il se nomme Clothaire, Cetewayo, Canut ou Gengs-Khan, Mais qu'il n'ait pas de titre héréditaire, Qu'il ait appris l'art de ficher son camp. Le lendemain, sa cohorte guerrière Se trouvera dans un grand désarroi ; L'état de roi n'est plus une carrière.

Faites un roi, morbleu ! faites un roi.

Cincinnatus, retourne à ta charrue, Jeune commis, retourne à ton comptoir,

* Les gens du peuple disent " débarquer " pour descendre de cheval.

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