AH! LE CRUCHON
Air : Ca n'se peut pas .
Dans ma jeunesse un peu naïve,- J'avais grand besoin de leçons ; J'admirais fort l'allure vive Des pochards et des polissons.
Un jour que je comblais d'éloges Une espèce de cornicbon, On me dit : Ta place est aux loges* Ab! le cruchon, (bis)
Depuis lors, brodant sur ce thème, Je grogne et je trouve tout mal ; Je lance partout l'anathème, Et tout me paraît anormal.
Ma vertu veut que j'interdise Tout ce qui parait folichon ; Pour un rien, il faut que je dise :
Ah ! le cruchon, (bis)
Maison de san'é, d'après le langage populaire.
AH ! LE CBUOHON 141
Lorsque je vois une coquette •Qui suit partout un amoureux, Je dis, à la bonne franquette :
Ce dindon parait très heureux.
Il est coiffé, mais tout le monde Eit de l'absurde capuchon Dont l'affuble la tendre bl nde.
Ah ! le cruchoD. {bis)
Les membres de la cavalcade, * En Espagne voudraient aller Dire au juge : A la cave alcade, Nous voudrions nous régaler.
Chacun doit rester sur sa selle Bien solide, à califourchon ; On dira, si quelqu'un chancelle :
Ah ! le cruchon, (bis)
Gazette infinitésimale L'Etoile du Kord** entreprend De traduire en langue esquimale Un anglais que nul ne comprend.
* La cavalcade des croisés dont il a déjà été question dans cet ouvrage.
** Journal disparu depuis. Elle publiait alors, dans une ville où toute la populatiou était française, des annonces en mauvais anglais, qu'elle traduisait en mauvais frauçaia.
Un Canadien d'humeur servile, Aux Anglais offre ce torchon :
Ils sont deux Anglais dans sa ville.
Ah ! le cruchon, [bis)
J'ai vu du grand cinquantenaire Le beau programme officiel Un chef-d'œuvre extraordinaire, Plus bizarre que l'arc-en-ciel. * Le texte anglais y symbolise Le servilisme godichon ; Honte à qui nous ridiculise !
Ah ! le cruchon, (bis)
* Ce programme était imprimé en couleurs voyantes et émaillé de dorures.
LA VILLEGIATURE
Air : Tu vas quitter notre montagne.
Tu vas partir pour la campagne ; Petit crevé, tu veux, hélas !
T'éloigner de notre montagne Et ^Montréal n'en mourra pas.
Le sot que l'été vous envoie, Vous le choyez, bons habitants, Vous le recevez avec joie ; Gardez-le donc jusqu'au printemps,
!Nous lui disons : Adieu !
Ne reviens plus, morbleu !
Adieu ! ne reviens plus, morbleu !
Parcours les monts et la vallée, Pavane-toi sous d'autres cieux; Plus d'une nymphe échevelé?
Vers toi tournera ses beaux yeux ;
144 CHAXSOXS DIVERSES
Car, le gommeux qui se dandine Et veut poser en Appollon, En faisant i-imer sa babine, Aux cbamps passe pour un aiglon.
Nous te disons : Adieu !
Ne reviens plus, morbleu !
Adieu, ne reviens plus morbleu !
Prolonge ton heureux voyage ; Tâche de ne plus revenir ; Etablis-toi dans un village, Nous garderons ton souvenir.
Il te faudrait une chaumière, Une chaumière avec un cœur, Gagne celui d'une fermière, Cela te portera bonheur.
Nous te disons : Adieu !
Ne reviens plus, morbleu !
Adieu ! ne reviens plus, morbleu !
Il s'en va donc à la ]\falbaie, Puis il descend à Cacouna, Il faisait sauter la monnaie Qu'un jour sa mère lui donna.
la villégiature 145
Mais il revint le gousset vide.
Héritières de Montréal, Vous présenter sa main avide Et vous suivre dans chaque bal.
Nous t'avions dit : Adieu !
Et tu reviens, morbleu !
Adieu ! promène-toi, morbleu !