LE CASTOR
Vient de plonger subito.
Pour bien construire une digue, Il faut y mettre un peu d'art ; On s'est montré trop prodigue De sermons à V Etendard.
Le peuple n'est pas un butor Il n'aime pas le castor
Qu'à c'tort (bis) Hé ! n'prêchez donc pas comm' ça
Ça vous enrhume \bis) Hé ! n'prêchez donc pas comm' ça
Ça vous enrhumera.
Lorsque l'antique Minerve
Dit que votre or corrupteur
A, bien plus que votre verve,
Influencé l'électeur,
Je n'en crois rien. Vos scrupules
Sont là pour la démentir,
Et d'vos goussets minuscules
One argent n'a du sortir.
D'vous accuser on a tort :
Qu'on me montre le castor
Qu'à c'tor [bis) Et qui voudrait l'gaspiller, J'ie fais empaille (bis)
Et qui voudrait l'gaspiller Moi j'ie fais empailler
Rousseau qu'avait un' peur bleue
De c't'animal tapageur,
Lui coupe sa rouge queue,
La truelle du rongeur.
— C'est un outil maçonnique,
Dit l'castor, passons nous en ;
Il veut bousiller. Bernique !
Puis, sa digue se brisant,
Il ajoute : " On a bien tort
" De tenir moins au castor
" Qu'à c'tor " {bis) Hé ! n'vous vendez pas comm' ça
Car on vous livre \bis) Hé ! n'vous vendez pas comme ça
Car on vous livrera.
Montréal, 30 septembre 1883.
LES FKANCOPHOBES.
Air : Muse des jeux et des accords champêtres.
Des Espagnols l'ont établi sans rire Sur les coussins d'un trône qui promet ; Ce colonel d'un régiment vampire A dans Strasbourg exhibé son plumet.
Mais des Prussiens on déteste l'engeance, Les Parisiens l'ont sifflé de leur mieux. Pauvre nigaud, lorsqu'il trahit la France Le vieux Bismark lui bouchait les deux yeux.
Des éteignoirs m'ont emprunté ma lyre ; Petits manteaux plus fielleux que discrets, Ces abrutis dont la tête chavire Vont sur mon luth exhaler leurs regrets, Le plus cafard, réclamant le silence, Vient d'entonner ce refrain chaleureux : " Pauvre goujat, je maudirai la France •" Les préjugés me fermeront les yeux.
" Quoi ! les Français vivent en République ! u Haine aux amis de ces hommes pervers ! " Narguant les rois, de tout joug tyrannique " Us oseraient affranchir l'Univers !
" Pour l'opprimé rêvant la délivrance, " Pareil exemple est toujours pernicieux. " Pauvre goujat, je maudirai la France " Les préjugés me fermeront les yeux.
11 Qu'un affamé rende un servile hommage " A des ventrus que l'on tient à l'engrais, " Qu'un vieux reac, épris du moyen-âge, " Entre en fureur au seul mot de progrès, " Loin de blâmer leur coupable ignorance^ " De ces laquais je fais des demi-dieux. " Pauvre goujat, je maudirai la France, " Les préjugés me fermeront les yeux.
" Faut-il lutter, ma victoire est complète " Car, me couvrant du manteau de la foi, " Pour désarmer un vigoureux athlète, " J'ose crier : La religion c'est moi, " A bas le droit ! Vive l'intolérance ! " L'être qui pense est un monstre odieux. " Pauvre goujat, je maudirai la France u Les préjugés me fermeront les yeux. "
Montréal, 16 octobre 1883.