LES FEUILLETONS
Aie : Cogne, p'tit garçon, cogne !
Voyant que l'on accueille Des journaux avortons, Plus d"une grande feuille Chante sur tous les tons :
Lisez not' feuille, feuille, Lisez nos feuilletons.
De grandes circulaires, Ecrites à tâtons, Disent aux jeunes mères Berçant leurs rejetons : Lisez nos feuilles, feuilles, Lisez nos feuilletons.
C'est l'œuvre magnifique D'un auteur de renom ; Sur sa prose on trafique, Mais on cache son nom.
Vive la feuille, feuille, Vive le feuilleton !
LES FECILLETOXS 181
C'est un écrit sublime, Palpitant d'émotion, L'auteur y peint le crime Et la vertu, dit-on.
Vive la feuille, feuille, Vive le feuilleton !
Admirez la morale De cette liaison Toute sentimentale, Sans rime ni raison.
Vive la feuille, feuille, Vive le feuilleton !
On mutile le titre, Le lecteur voyant qu'on Le prend pour un bélître, Se dit : Tonnerr' d'un nom !
" Peste du feuille, feuille, " Peste du feuilleton !
O Monde, tu nous glisses Tes Berceaux, sans façon !
Us ont fait les délices Du pâtre et du colon.
Vive ton feuille, feuille, Vive ton feuilleton !
Lisez donc V Héritière, Ce récit, triste et long Parut l'année dernière Avec un autre nom.
Dans une feuille, feuille Qu'on nomme Feuilleton.
Vos primeurs, cliers confrères, Xe sont plus de saison :
Ce sont de vieill's affaires Usé's jusqu'au cordon :
De tristes feuilles, feuilles, Un triste feuilleton.
En charlatans habiles, Parcourez les cantons, Les campagnes, les villes, Criant à pleins poumons :
Vivent nos feuilles, feuilles, Vivent nos feuilletons !
Vos écrits, vieux grimoires, Où l'esprit se confond, Valent-ils les histoires Que chacun sait à fond ?
Vive la feuille, feuille, Vive le feuilleton !