C'EST ASSEZ
Nous allons changer d'rninistère, Puisque l'ancien n'a su rien faire,
C'est assez.
En voyant le chef hors d'haleine, Chacun se dit quelle baleine !
Cétacé.
Le gros mousse haut quitte la barque, Et le novice qui s'embarque
C'est Tassé.
Taillon ou Eoss, l'public s'en fiche ; Il dira, s'il voit qu'on le triche :
C'est assez.
Comm' j'aime autant l'fourgon qu'la pelle J'ieur décoche un' sci' qui s'appelle
C'est assez.
Les grands discours, qu'este' que ça prouve ? Tout le monde en fait ; l'électeur trouve
Qu'c'est assez.
Pour qu'ils soient bons à quelque chose, Il faut en diminuer la dose,
C'est assez.
Des vers, c'est bien moins prosaïque ; Au diable soit la politique !
C'est assez.
Lorsqu'un individu vous cogne, Vous dites, s'il a rude pogne,
C'est a^sez; Mais, si vot' poing le tranquilise, Vous l'tapez jusqu'à ce quil dise :
C'est assez.
Le mari de la dépensière Lui dit : Tu me parais trop fière,
C'est assez.
Alors la feinrn' pleure, sanglote Et s'dit: J'n'aim'iai plus ce despote,
C'est assez.
Quand les moutards font l' diable à quatre, Le papa dit : " J'm'en vas vous battre,
C'est assez." Quand sa moitié fait la mégère, L'époux dit : " Tu t'tairas, j'espère,
C'est assez." D'un mormon la tribu fourmille 11 dit, en l 'gardant sa famille :
C'est assez.
Et notre canadien lui-même Dit, en voyant v'nir son vingtième,
C'est assez.
c'est assez 191
A chaque pas faussant sa route, Le pocharcl veut prendre sa goutte,
C'est assez.
Le dispensateur des p'tits verres L'a dit, roulant des yeux sévères,
C'est assez ; Va t-en ailleurs, vilain ivrogne, Promener ta hideuse trogne,
C'est assez ; Tes pareils n'sont pas présentables, Xous n'soûlons qu'des gens respectables,
C'est assez.
Depuis longtemps, dans les gazettes,
On nous débite des sornettes;
C'est assez.
En a-t-on fait des savonnages
Pour blanchir d'obscurs personnages ?
C'est assez.
Dans les salons, on beugle, on crie :
J'attends. Rendez-moi ma patrie ;
C'est assez.
On chante trop, faut que j'termine, [Moi-moi, avant qu'on m'extermine ;
C'est assez.
Montréal, 27 novembre 1883.
LE FTIT MINTEAU.
Air : L'autre jour la beryere Annctte
L'autre jour la tendre Lizette Ayant perdu son p'tit minteau, Morvait et gueulait à l'écho Ce refrain que l'écho répète :
0 p'tit minteau je me trompais Quand je me promettais de te mettre à la mode ; Hélas ! d'après mes goûts je n'aurais cru jamais Que l'on put te croire incommode.
Je te portais sous la coudrette Quand j'attrappai le mal de dints ; Tu connais mes intécédints Et tu fuis loin de ma chambrette.
0 p'tit minteau, je me trompais Quand je me promettais de te mettre à la mode ; Hélas ! d'après mes goûts, je n'aurais cru jamais Que l'on put te croire incommode.
LE PTIT MINTEAU 193
Avec toi j'étais si coquette, Qu'on a tout fait pour te flétrir, Tu n'es plus là pour me couvrir Quand l'vint souffle sur ma jaquette, O p'tit minteau, je me trompais Quand je me promettais de te mettre à la mode ; Hélas ! d'après mes goûts, je n'aurais cru jamais Que l'on put te croire incommode.
Jadis, dans un club de raquette, Tu figuras sans t'émouvoir ; Des méchints, venus pour t'y voir, Devint toi tiraient leur casquette.
O p'tit minteau, je me trompais Quand je me promettais de te mettre à la mode j Hélas ! d'après mes goôts, je n'aurais cru jamais Que l'on put te croire incommode,
Le minteau que ton cœur regrette S'en vient rejoindre tes vieux os ; Peut-il connaître le repos Loin des charmes de sa Lizette ?
Oui, sur ton dos, l'minteau si court Qu'des méchints ont ravi, que ta voix douce appelle. Hélas ! il s'ennuyait : il t'intind, il accourt. Pourrais-tu le croire infidèle ?
Montréal, décembre 1883.