MON ANGE, ADIEU
IMITÉ DE l'allemand
Dans ce vallon de misère et de larmes, La rose naît d'an épineux boisson ; Si quelqu'un chante, aussitôt les alarmes Et les soupirs étouffent sa chanson.
Tes grands yeux noirs me guidant comme Me promettaient un heureux ayenir :
C'était trop beau, le destin nous sépare, Mon ange, adieu, je suis né pour souffrir.
J'avais rêvé la paix douce et tranquille, Après les jours d'orage et de douleurs.
268 BOUTADES BT SâvEBIES
A tes genooz je cherchais ane idylle,
Rêve embaumé de parlons et de fleurs.
Le désespoir de mon âme s'empare,
Pour moi tes bras ne devaient pas s'ouvrir,
C'étût écrit, le destin nous sépare.
Mon ange, adieu : je suis né pour sou£Erir.
Le vent gémit à travers la ramure, La froide nue estompe le ciel gris ; L'averse tombe, -et son triste murmure Semble un écho des cœurs endoloris.
Les sombres jours que le ciel me prépare Je les consacre à ton cher souvenir.
C'était trop beau,4e4estin nous sépare, Mon ange, adieu : je -suis né ppur souSrir.
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PIM BUIC
PAPILLON BUtNC
BBVEEIES d'un POETE EPICIER
Dans un couloir enfumé, mercantile J'ai, l'autre jour, découvert, voletant.
Un papillon qui, de son aile agile, Exterminait le microbe inconstant.
Le jour baissait. Quand la pâle lumière De trois quinquets au pétrole eut brillé, Je le revis, poursuivant sa carrière, Cherchant partout l'azur ensoleillé.
Je lui parlai : " Pauvre bête éphémère, '< Sur tes ébats â peine un jour a lui, <« Et tu te meurs ; noirs soucis, peine amère, " Dans peu d'intants pour jamais t'auront fui..
272 BOUTADES ET RÊVEBIES
^^ S'il est de fait qae le vaste Empyrée, '< Recrute au loin d'innombrables colons, '' Tu trouveras, dans la plaine éthérée, '< D'autres destins et des rêves plus longs.
" Car tu n'es pas ce qu'un vain peuple pense : « Un Dieu t'a mis des ailes pour voler ; <' On peut Yol^ 8$iis ailee, — ^maîs. . . silence. " Un homme vient suhito m'appeler.
<' L'homme est parti. Maintenant, bel insecte^ « Tu n'es plus là pour m'inspirer des vers, (' Et d'Apollon le docte dialecte <' Dresse à mes yeux ses obstacles divers.
" N'étais-tu pas l'enveloppe fragile
« Qu'une âme en peine avait, furtivement^
« Pu dérober â notre lourde argile
" Pour louvoyer hors de son élément ?
^< As-tu rejoint la céleste phalange ?
« Sylphe léger, reviens encor nous voir.
«L'enfant naïf, qui te prend potrr un ange-,, « T'épargnera par crainte ou par devtjîr."
Montréal, avril 189!1.
LÀ cniiMLE
U CATHEORALE
Xa Rome des Césars, défiant la poussière Dès siècles écoulés, o£Ere encore à nos yeux De vastes monuments, grands poèmes de pierre, D'un passé déjà loin débris mystérieux.
L'antique Panthéon, devenu sanctuaire A reçu des martyrs les restes glorieux.
Près du mont Vatican, le dôme de Saint-I Projette au loin sa croix contre l'azur des
Les peuples transplantés dans les deux An Interrogent en vain les temps préhistoriqu Les chefs-d'œuvre de l'art sont inconnus cl
On n'y retrouve pas, superbe basilique, Ta colossale nef, mais la foi catholique Reproduit sur nos bords ton plan majestu
lE GNIIT DE lin
LE CHANT DE l'oUVRIER
Noble ouvrier, tous les trésors du monde Sont fabriqués par ta puissante main ; Tu vis de peu quand ta vigueur féconde, Sans t'enrichir, nourrit le genre humain.
Entends sonner, l'heure de délivrance Que redoutaient tant de cerveaux étroits ;.
Ouvre ton cœur à la sainte espérance :
On n'ose plus méconnaître tes droits.
REFEAIN
Du fainéant le vieux sceptre se brise, De l'exploiteur abolissons l'emploi.
Gloire au travail ! Honte â qui le méprise:
Ou se soustrait à sa divine loi I
280 BOUTADES ET BâVERlSS
Tout capital a le travail pour base :
C'est le produit d'efforts accumulés.
Qu'entre les mains d'un oisif l'or écrase Ses producteurs qu'un flâneur a volés, Cest naturel, et c'est très légitime Aux yeux de qui n'a jamais frappé coup ;.
Mais l'ouvrier, moins indulgent, estime Qu'un capital, ça lui coûte beaucoup.
REFRAIN
Du fainéant le vieux sceptre se brise, De l'exploiteur abolissons l'emploi.
Gloire au travail I Honte à qui le méprise Ou se soustrait à sa divine loi !
Fiers de votre or, fruit de gains illicites^ Poursuivez donc votre coupable but I Engraissez- vous, orgueilleux parasites, En prélevant sur nous un lourd tribut l
LE CHANT DE l'OUVRIEB ' 281
Mais les excès de votre convoitise En ont fait voir toute l'énormité, Et le Travail â la Fainéantise Oppose enfin notre Fraternité.
REFEAIN :
Du fainéant, le vieux sceptre se brise, De l'exploiteur abolissons l'emploi.
Gloire au travail I Honte â qui le méprise Ou se soustrait â sa divine loi !
Notre santé, nos muscles, notre adresse
Constituant tout notre capital,
Nous prodiguons ces biens avec largesse
Et le patron fournit le vil métal.
Que ses profits soient bons, que nos salaires^
Puissent sufiire aux nôtres, et demain
282 BOUTADES ET bStERISS
Nos intérêts, divers mais non contraires, Conciliés, se donneront la main.
REFRAIN
Du fainéant le vieux sceptre se brise^ De l'exploitenr abolissons l'emploi.
Gloire au travail I Honte à qui le méprise Ou se soustrait â sa divine loi !
ITSTÉRIEUSE ÊTIIILE
MYSÏÏRIEUSE ETOILE