‹ Coups d'aile et coups de becChapitre 42 sur 49 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Roméo, Rosine

Roméo (A part)

On se lèche ft loisir l

(Haut)

Lorsqu'on admet la gène, on chasse le plaisir. Je m'étonne pourtant que votre pruderie S'apprivoise à ce point. Rosine, je vous prie, N'idlez pas comprimer les amoureux élans De ce cœur ingénu qu'en des termes brûlants Vous m'oi&îtes un jour, bien que mon mariage N'eut pas été pour vous un secret.

Rosine (simulant l'étonnement)

Quelle rage Vous possède aujourd'hui ? A quoi tend ce discours ?

Roméo

Vous vouliez l'embrasser ? Embrassez-le. Je cours ; Je le ramène ici ; dans vos bras je le lance Et je vais dévorer mon affront en silence.

(Il fait mine de s'éloigner)»

Rosine

Ah I vous êtes encor jaloux, beau séraphin ?

Savez-vous qu'après tout ça m'agace à la fin ? Vous m'avez subjuguée et, dans mon trouble extrême^ Je vous ai dit un jour : Roméo, je vous aime.

Vous en avez douté d'abord, mais c'est bien vrai, Trop vrai, pour mon malheur, et, tant que je vivrai, Vous seul serez, mon cher, l'objet de mes pensées. Chassez de votre esprit ces craintes insensées. *

Roméo

Alors, ce n'est donc pas Alphonse qui vous plaît ?

Rosine

Non ; c'est vous seul.

(A part)

Roméo

Mon bonheur est complet.

La coquette se doute un peu que je l'ai vue — De fait, mon arrivée était bien imprévue —

Mais elle n'en est pas bien sûre. Laissons-la Croire qu'elle me trompe encore

(Haut)

Eh ! bien, voilà Pourtant où me conduit un amour impossible :

Si j'étais moins aimant, je serais impassible. Quand je vous vois sourire aux autres. Voyez- vous. Je me suis figuré qu'Alphonse, à vos genoux.

Réclamait un baiser, et que mon arrivée Vous a d'un grand plaisir brutalement privée

300 BOUTADES ET BÊVEBI^S

RosDTB (A part)

H n'a rien va. . . Tant mieux.

(Haut)

J'atteste mon honneur.

Qu'il est resté debout, maladroit devineur, Ce serait pourtant bien â moi d'être jalouse : Car, — vous me l'avez dit — ^vous aimez votre épouse, — ^Heureuse femme ! — Hélas ! moi je n'ai qu'un tronçon De votre cœur aimant. Si vous étiez garçon.

Je n'accepterais pas le plus léger partage.

Mais j'ai pris mon parti de ce désavantage.

Et je vous laisse en paix aimer votre moitié. En retour, laissèz-moi cultiver l'amitié D'hommes dont l'influence, après tout, m'est utile. L'imagination est chez vous trop fertile.

Homme de peu de foi, croyez â mon amour.

J'entends marcher quelqu'un. Allez- vous en.

Roméo

Bonjour.

(A part)

Elle attend Henrion, ou bien quelque autre dupe Qu'elle rêve en secret d'enchaîner à sa jupe.

Rosine

(A Roméo)

Bonjour, cher!

(Elle lui lance un baiser de la main — Roméo sort)

À TBOMPKirSlE, TBOMPSUB ET DEMI 801

Rosine (seule) Ça fait trois que je blague aujourd'hui.

A l'autre, msdntenant.

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