SCÈNE VIII
(Tous les personnages de la pièce)
Rosine
(Cachée — A Roméo, en lui montrant Henrion)
Qu'il est blême !
À TBOMPBITBBy TROMPEUR ET DEMI 313
KOMRO
Il tremble le poltron !
HenripQ
(A Alphonse et à Charles)
Vous serez mes témoins.
S'il faut se battre ; mais, vous mettrez tous vos soins A trouver un moyen d'arranger cette affaire.
Alphonse Mais qui vous a fourré dans semblable galère ?
Henrion C'est un petit roman : Rosine Badazur
Charles Hein!
Alpblonse Vous dites ?
Henrion
— Rosine.
Charles
En êtes-vous biem sûr ?
Henrion Si j'en suis sûr, pardi, puisqu'elle est ma maîtresse !
314 BOUTADES ST BÊYESIES
Alphonse (riant)
Votre maitrese à vous aussi ?
(A Charles)
Mais la traîtresse Ne vous courtisait-elle pas, bel officier ?
ClIABLES
Elle vous poursuivait aussi, beau financier ?
Henkion Je crois qu'à Baladèche elle contait fleurette
Alphonse Et pas un d'entre nous ne l'aimait, la pauvrette !
Henbion
Pourtant, ce Roméo m'a pas mal secoué ; Smis doute il l'aimait mieux que nous.
Kosine (sortant de sa cachette)
Dieu soit loué !
Je crois que vous avez dit vrai.
Alphonse
Diable !
Charles et Henrion
Kosine !
1 TBOMPStrSB, TBOMPBtTB BT DEMI 315
ROSUŒ
Oui, Rosine plas sage et, certes, pas chagrine
De rompre avec vous tous, lâches diffamateurs !
Tous trois, vous vous donnez des airs de séducteurs,
Et pas un d'entre vous n'occupait ma pensée.
D'un honnête garçon je suis la fiancée.
Dieu merci I je n'ai pas oublié mon devoir.
J'eus tort d'être coquette et vous m'avez fait voir
Que la femme se trompe en voulant tromper l'homme,
Surtout lorsqu'elle croit qu'il est discret. En somme.
Je vous pardonne â tous, car je sais pardonner.
Je ne flirterai plus. D'autres pour vous berner
Vous cribleront encor d'oeillades assassines.
— Le mal a pris chez nous de profondes racines —
L'abus des madrigaux peut être criminel.
Henrion, croyez-moi, renoncez â ce duel.
Henrion
Roméo l'intrépide a donc peur ?
RoMEO (sortant de sa cachette)
Misérable, Je devrais souffleter ta figure exécrable Devant les deux témois â qui tu conseillais D'éviter un combat.
Henbion Pardon, mais je croyais
ROMBO
Eh ! bien si tu croyais que j'avais peur, ganache. Battons-nous : tu verras lequel de nous est lâche.
816 BotrrAïKBs et BânsBiBs
Hbkkion
Oh ! moi je ne tiens pas ft me battre. Le duel Est un sot préjugé.
ROSIKB
Ceét très spirittiel Ce que vous dites là, Monsieur de la Brodhette,
Henbiok
Je laisse les soldats jouer de la fourchette
Sur leurs semblables : moi, je pique dans les .plats.
RoMEO
Vous y mettez les pieds, même entre les repas. M£Ûs c'est assez causer. Henrion, sans raneoBe, Je m'en vais de ce pas comhler une lacune En fondant un journal orthodoxe et mal fait.
Rosine
Merci de la leçon. Le remède est parfait.
J'abjure le flirtage et la coquetterie
Et, si Roland le veut, demain je me marie.
Alphonse
Quel être fortuné que votre tendre ami !
Romeo
La trompeuse a trouvé trois trompeurs et demi.
FaU-Biver, 13 septembn 1898.