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LE DOCTEUR PRÉVOST

Le premier chapitre de ce petit travail a pain, il y a dix-huit mois, alors que, dans l'Iustitut, j 'étais chaque jour en contact avec ceux des nôtres qui font le plus honneur à notre race. Je n'y ai tracé que quelques portraits rapides, dont les circonstances m'ont imposé le choix, me réservant d'ajouter de temps à autre une nouvelle toile à la galerie.

Je n'avais d'autre but que d'apprendre à nos frères du Bas-Canada sur quels dévouements et sur quels talents notre nationalité, flot toujours montant, compte pour conquérir l'Ontario par alluvion.

J'ai depuis, sous une autre forme, continué cette œuvre toute française, en laissant connaitre certains noms qui nous honorent, comme Achille Fréchette et F. U. E. Campeau.

Si peu de mérite littéraire qu'aient ces monographies, elles possèdent indiscutablement celui d'être un travail national, propre à nous relever à nos yeux, et, partant à stimuler notre courage. On est toujours i^lus puissant quand on a conscience de sa force.

L'homme dont le nom paraît en tête de cet article est l'un des Canadiens-français les plus en vue de la capitale, et ce n'est pas surprenant : le docteur Coyteux-Prévost est un homme distingué.

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Chacun connaît la virile race des Prévost, qui a illustré dans le district de Terrebonne les professions de notaire, d'avocat et d<î médecin. C'est tout feu, ces gens-là, et tout patriotisme. On ne forligne pas chez eux. Ménésippe remettant son mandat de député parce qu'il ne trouve pas la Chambre assez honnête ; Wilfrid défendant Riel de sa chaude parole, et brandissant à la face de la députation, à l'appui de ses dires, un poing que l'on eût dit importé du Colisée, — ces types sont inoubliables. Combien de fois j'ai admiré dans cette famille la chaleur du sentiment et l'éloquence qu'elle engendre ! Rien de convenu, pas de pastiche, tout plein de naturel, de la franchise même brutale, et de la parole véhémente, vraie, coulant à déborder. On est mâle, on le reste.

Coyteux est bien de la lignée, allez !

Mais ce que j'admire surtout dans cette famille puissante, c'est l'esprit de solidarité, c'est le dévouement de l'un pour l'autre, c'est le prêt de l'épaule à la roue du parent. En anglais, cela se dit clannàhness ; en français, c'est de la fraternité.

La force est là.

Transporté de la famille à la nation, ce sentiment conquiert le monde.

Excellente franc-maçonnerie, je vous le jure !

Coyteux est le fils aîné du Dr Jules Prévost, de Saint-Jérôme, un vrai médecin, non seulement par la science, mais par l'humanité, Gallien doublé du Bon Samaritain. Un médecin de campagne qui

reçoit et lit toutes les publications spéciales du jour ; qui porte à ses malades pauvres, avec des médicaments, des vivres et des douceurs ; qui se tient au courant des découvertes et des progrès de la science et pratique en même temps la charité ; un père c[ui ne vit que pour sa famille, écrit chaque semaine à ses enfants éloignés, sur des feuilles qui ont cet en-tête imprimé : " Le journal de laJamiUe,

Saint-Jérôme, le " des lettres délicieuses où le

plus profond amour paternel bout ; un homme droit et probe, que l'estime entoure, — voilà celui que Coyteux vénère comme un père, aime comme un ami, et consulte comme un professeur.

Une fête aux huîtres, c'est bien commun, n'estce pas ? Ça ne signifie rien : on boit, on mange, on chante, on s'en va, c'est tout. Il n'y a que du

temps de perdu et quelquefois des cheveux

malades.

A l'Institut, c'est autre chose. Notre fête à un caractère national. Ils étaient neuf, les fondateurs de la fête, il y a quinze ans. Cette année, nous sommes cent trente. Je vous parlais du flot qui monte : me croyez vous ?

Si nous étions plus nombreux, c'est que nous avons Prévost à notre tête : il est cette année le président de l'Institut. En sa personne la nationalité s'accuse, s'affirme, nous courons lui prêter mainforte.

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Comme elle est amusante, cette fête !

Ou mauge, mais pas silencieusement, tout le monde parle ; ou boit, mais en trinquant, et au son du piano et des chansons ; on danse sur des airs canadiens ; on discourt, — sur la note nationale ; on joue au billard, et l'on fait bien des fausses queues. L'aube paraît... mais il ne faut pas rappeler cela à nos femmes !

Quel plaisir, dans Ottawa, cette nécropole, où le tramway repose le dimanche, où la police arrête l'enfant qui joue à la balle ou au cerceau le jour du Seigneur, où les voitures de place sont remisées pendant le sabbat, dans cette ville anglaise où l'on dépense plus d'empois que de froment, quel plaisir de faire tache et de rire à la bonne franquette, c'est" à-dire de tenir tout une nuit les échos anglais en éveil !

Si nous nous en sommes donné... sous Prévost!

Sous Prévost qui est toujours le premier au plaisir comme le premier au travail.

Au travail surtout.

Prévost est à la tête d'une des plus importantes clientèles de la capitale qu'il a acquise en six ans.

Il a fait sou cours classique au collège de Montréal, et suivi ses cours de médecine au collège Victoria. Admis à la profession, il est allé compléter

ses études à Dublin, à Londres, surtout à Paris, sous des professeurs qui ne sont pas des mazettes croyez-m'en. Il arrivait à Ottawa en 1877, après avoir exercé pendant quelques mois à Saint- Jérôme. Au bout d'un an, il était le président de la société médico-chirurgicale d'Ottawa. Quelle enjambée ! surtout si l'on songe qu'il était le seul membre français de cette association. Le mérite s'imposait. La loi de l'Ontario est sévère, on n'y devient plus médecin qu'avec une licence du collège des médecins et chirurgiens ; les médecins étrangers n'y sont plus reçus à exercer que s'ils ont pris une licence du collège provincial ; Prévost prend la sienne, et le voici gradué en 1881.

Le voici également médecin de l'hôpital, du collège Saint-Joseph, de la maison mère des sœur grises, du couvent de la rue Rideau, et de plusieurs autres institutions de charité : maternités, asiles, refuges.

Les patients abondent, le jour est tout employé, la soirée largement entamée ; Prévost étudie encore, à deux heures du matin, les cas en voie, ou il prépare des articles pour les journaux de médecine. C'est ainsi qu'il écrit : " De Valcool dans le traitement de la pneumonie^ C'est ainsi qu'il prépare la conférence qu'il lira devant l'assemblée des médecins du Dominion à Toronto. Il est là le seul médecin français; pièce pathologique en mains, il disserte sur la tumeur cancéreuse des os du crâne, il est applaudi à outrance. Le Médical Record et V Union médicale j^ublient ce travail. C'est

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ainsi qu'il écrit cet article sur le croup et la diphthérie, dout les conclusions sont adoptées par la Revue de thérapeutique, de Paris, qui les pulilie avec éloges. C'est ainsi qu'il trouve le temps de collaborer à r Union médicale, d'écrire ces lettres Aux deux Wilfrid, dans lesquelles, sous couleur d'enseigner à ses deux élèves à surmonter les difficultés des commencements de la pratique, il donne des conseils dont les vieux médecins pourraient profiter comme les jaunes.

La plupart de ces travaux sont écrits en anglais^ langue que Prévost manie comme sa langue maternelle.

Outre que sa vaste clientèle est là pour attester ses succès professionnels, le public a confiance en Prévost, parce qu'on sait qu'il étudie sans cesse, observe toujours et consigne régulièrement le résultat de ses observations. Ses tiroirs regorgent de manuscrits qui sont l'histoire, jour par jour, de toutes les maladies sérieuses qu'il traite.

Mon histoire y est, celle d'une pleurésie qui a failli m'emporter.

Prévost adore sa profession ; il ne lui reproche que ceci : qu'elle lui prend tout son temps et ne lui permet pas d'étudier ses auteurs comme il le voudrait.

Il ne faut pas croire que c'est la reconnaissance seule pour un médecin qui m'a sauvé la vie, ou mon amitié pour un homme de cœur rempli d'esprit, qui me dicte cet article : ces deux sentiments y sont pour beaucoup sans doute, mais il y a au-

dessus le désir patriotique de rendre hommage à ceux de notre race qui, dans une province anglaise, se recommandent à l'admiration et à la sympathie françaises.

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