UN CORSAIRE
(Jean DOUBLET, de Honjleur).
[Poésie lue par l'auteur sur le port de Honjleur lors des assises de la Société La PommeK
Doublet qui fut, sans paix ni trêve, Explorateur en proie au Rêve, Armateur et corsaire enfin, Est pour Honfleur-la-Vieille-Ville Tout à la fois Dumont-Durville, Surcouf, Jean-Bart, Duguay-Trouin.
A sept ans, pour suivre son père,
11 quittait déjà son repaire
Ce petit lionceau normand,
Et les chansons du vent farouche
Remplaçaient autour de sa couche
Les berceuses de la maman.
Avant même de savoir lire Il « savait » déjà son navire Ce digne fils des fiers Doublets, Et, penché sur les bastingages, 11 rêvait déjà d'abordages Et détestait déjà l'Anglais.
Car il était bien de la Race De ceux-là que rien ne terrasse, De ceux que commandait Rollon :
De la Race hardie et blonde Qui découvrit le Nouveau-Monde Bien avant Christophe-Colomb.
Ses vaisseaux étaient les charrues Eventrant les flottes bourrues Du Hollandais et du Saxon, Et la Mer fut un champ fertile Quand, sur le S.ins-Peur et l'Utile, 11 allait rentrer sa Moisson!
Pour faire trembler d'épouvante Ses ennemis, au vent qui vente On n'avait qu'à jeter son nom,
Et le flot hurleur et la brise
Répétaient sa noble devise :
« Vaincre ou mourir... reculer, non! »
0 Doublet! rude et fier Corsaire!
Toi qui commandais la Sorcière Et la Serpente et le Profond, Dans une église tu reposes, Bercé, loin des humaines choses, Au bruit que les prières font;
Et si je viens, avec la « Pomme », Troubler un moment le grand somme Que tu fais en rêvant du Flot, C'est que la Bretagne fidèle Se souvient que tu fus, pour Elle, Blessé, jadis, à Saint-Malo !
Couché dans ton manteau de gloire, Tu revis en notre mémoire, O Toi qui riais de la Mort!
Et, plus sincère que lyrique, C'est le salut de TArmorique Que t'apporte un enfant d'Armor!
Clocher nouveau
A M. l'abbe LE FER DE LA MOTTE, supérieur des Ccrdeliers