LES "FRÈRES NOIRS
Au bon frère Alton-Marie, qui mêlera.
Au T. H. frère Abel, de Pluërmel.
Salut à vous, les vaillants Frères !
Dignes fils de vos dignes Pères :
De La Salle ou de Lamennais!
0 les amis de ma jeunesse !
Je voudrais que l'on vous connaisse Aussi bien que je vous connais!
Un brave homme, une tendre femme, Remirent mon cœur et mon âme En vos saintes mains, autrefois...
Et si je suis un honnête homme, O Maîtres ! c'est à vous, en somme, A vous surtout que je le dois!
— M4 — Six ans et plus, à votre Ecole Je lus la divine Parole De Droiture et de Charité, 0 vous qu'aujourd'hui Ton opprime Tout en opprimant — double crime — La Justice et la Liberté!
De vous ma timide ignorance Apprit à dire le mot : France En même temps que le mot : Dieu, ...Et vous me sembliez des Anges Revêtus de robes étranges :
Noires, pour n'éblouir qu'un peu !
De vous je n'appris — je le jure — Qu'à vivre en pardonnant l'injure :
Citoyen libre, mais soumis; De vous j'appris comme l'on prie Pour ses parents, pour sa Patrie...
Et, surtout, pour ses ennemis!
...Mais, par d'autres Voix que les vôtres J'appris comment les doux Apôtres Surent, aux mauvais jours passés, Redresser fièrement leurs tailles Pour aller, au cœur des batailles, Chercher les morts et les blessés;
Et comment, non moins héroïques, D'autres s'en vont, calmes, stoïques, Chez les « noirs » et chez les Chinois Pour que le Drapeau tricolore.
Respecté, le soit plus encore En flottant auprès de la Croix!
Et voilà ceux que l'on outrage!
Voilà ceux que, bavant de rage, Quelques sectaires triomphants Insultent, rêvent de pourfendre, Sachant qu'ils n'ont pour se défendre Que l.es bras des petits enfants!..
Ils se trompent! qu'ils prennent garde : Nous sommes là, montant la garde, Nous, les « Anciens » rudes et forts, Bravant les jaloux et les traîtres Et prêts à faire à nos vieux Maîtres Un vivant rempart de nos corps!
Oh! point de crainte inopportune :
Comme on l'a dit à la tribune, Nous ne prendrons pas le fusil!
Notre arme à nous, c'est la Prière :
Nous la brandirons, pure et fière, Sans quitter la plume ou l'outil!
Oui, par la ville et la campagne, En France aussi bien qu'en Bretagne, Dans les champs ou devant l'Autel, Nous implorerons la Victoire Des bons Maîtres en robe noire De Paris et de Ploèrmcl!
Courage donc, les vaillants Frères!
Vous naviguez par vents contraires Mais les bons courants sont pour vous Dieu calmera Tempête et Haines En voyant, près des capitaines, Tous leurs moussaillons à genoux!