‹ Coups de clairon; chants et poèmes héroïquesChapitre 41 sur 69 · A L'AIDE · texte numérisé non relu

A L'AIDE

Du côté du Sud un cri monte :

Ne l'entendez-vous pas d'ici ?

Un cri de douleur et de honte, De rage aussi;

Un long cri de bête égorgée A tâtons, dans l'ombre, au hasard; Un long cri de vierge outragée Par un soudard ;

Un cri qui transit jusqu'aux moelles Quand il vous vient au cœur, tout droit; Un cri qui va jusqu'aux étoiles Porter l'effroi ;

Un long cri que l'on n'entend guère, Que d'aucuns n'entendront jamais; Un cri qui fait haïr la Guerre, Chérir la Paix.

C'est le cri d'une République Qui mord le tigre qui la mord Et qui se défendra, stoïque.

Jusqu'à la mort!

— iSS —

France! 0 toi dont la terre entière Connait la générosité, 0 toi qui crias, la première :

Fraternité !

Vas-tu rester aveugle et sourde, Ne pas voir cette enfant saigner?

Vas-tu, la tâche étant très lourde, La dédaigner?

C'est à toi de donner l'exemple :

Ne le donne pas à moitié Et rebâtis, vite, le Temple De la Pitié'...

Toi qui vécus le plus beau rêve Que jamais un peuple ait vécu, Que ton cri fraternel s'élève Pour le vaincu;

Pousse-le de ta voix si douce, Afin qu'un jour ce cri sauveur Un autre peuple aussi le pousse En ta faveur;

Pour que l'Histoire européenne De toi ne dise pas, un jour :

« La France a protégé la Haine, Trahi l'Amour! »

KRUGER PLEURE

Krùger a traversé la France, Le front obstinément baissé, Cachant fièrement sa souffrance Comme un pauvre lion blessé!

Il regarda, morne et stoïque, Vers lui tout un Peuple accourir Acclamant une République Que l'Europe laissa mourir!

Sa République, Enfant bénie Dont il guida les pas tremblants, Il a suivi son agonie Le vieux grand-père à cheveux blancs;

Celle qu'il va porter en terre, Il l'entendit pleurer, râler Sous les genoux de l'Angleterre Qui mit trois ans à l'étrangler;

Il l'a vue, aux grands jours épiques, Lorsque avec Kronje elle lutta.

Rire les rires homériques Des Joubert, Dewet et Botha;

— Iy2 —

Il a dû compter les morsures Du léopard ivre d'orgueil; Il a saigné par les blessures Du vaillant Villebois-Mareuil!

A présent que, par tout l'Orange, L'ennemi semble triomphant, Il vient s'offrir pour qu'on l'échange Contre le corps de son Enfant!

... Si bien qu'en le voyant paraitre, Les lils de Brennus-le-Gaulois Ont — changeant le Cri de l'Ancêtre — Dit : « Gloire aux Vaincus! » cette fois.

Gloire aux Vaincus!... Plaignons les autres! Oui, nous vous plaignons, ô Vainqueurs!

Des Victoires comme les vôtres Doivent laisser d'acres rancœurs;

Sur les crimes et les mensonges L'Histoire darde son soleil :

Si vous avez eu de beaux songes Vous aurez un triste réveil;

L'Histoire est là qui vous regarde Et compte, à voix basse, les morts; Prenez garde, Oh! prenez bien garde!

La coupe est pleine jusqu'aux bords :

Pour qu'elle déborde, sur l'heure, Il suffirait, en vérité, Des larmes d'un Vieillard qui pleure Sur une jeune Liberté!

La Louve anglaise

Page 1