‹ Coups de clairon; chants et poèmes héroïquesChapitre 44 sur 69 · LES LARMES DE DU GUESCLIN · texte numérisé non relu

LES LARMES DE DU GUESCLIN

Poésie lue <par l'auteur à Saint-Brieuc, le 23 juillet i8çgt lors des assises littéraires de la Société La Pomme, au pied de la statue du héros breton.

Bonjour, Pays ! Salut, grand Homme !

Je m'en viens troubler ton long somme Pour te dire que, ces temps-ci, J'ai rêvé que le Vent qui passe T'apportait, à travers l'Espace, L'appel désolé que voici :

« Ecoute ! c'est moi, la Patrie, C'est moi, la France, qui te crie :

A moi, Guesclin ! A moi, Guesclin!

Viens ! 0 le plus brave des Êtres !

Viens me venger encor des traîtres Qui rêvent encore mon déclin!

« Entends mes plaintes, vois mes larmes! S'il te faut des compagnons d'armes, Réveille tous les Endormis!

Viens revivre ton Épopée!

Que l'éclair de ta grande Épée Fasse trembler mes Ennemis

« A l'Est, au Nord, toujours je veille : Voici que l'Anglais se réveilie, Plus arrogant sinon plus fort ! Le Léopard est en maraude :

Autour de moi toujours il rôde, Prêt à me déchirer encor!

« Viens! Il faudra que tu besognes, Que tu disputes, que tu cognes, Si tu veux être encor vainqueur!

Viens! car les Grandes Compagnies M'ont couverte d'ignominies Et vont me ronger jusqu'au cœur! ! !

Alors, j'ai vu sous ta paupière, O Bertrand ! des larmes de pierre Qui s'en venaient de ton cœur mort, Des larmes de rage impuissante Qui de ta lèvre frémissante Tombaient sur la Terre d'Armor...

Et, de chaque larme tombée, Surgissait du sol une Épée, La garde en bas, la pointe en l'air : Et, pareil au blé quand il lève, Chaque glaive frôlait un glaive Et chacun lançait un éclair !

Puis je voyais, en longues bandes, Nos i^âs accourant par les landes, Le fermier près du châtelain ; Et chacun cueillait une Épée

Fière et solide étant trempée

Dans les larmes de Du Guesclin !

Pleure encor! Pleure avec la France, Puisque chaque pleur de souffrance

Fait éclore un glaive puissant

... .Mais ceux qui causent vos alarmes Paieront, au centuple, vos larmes Avec des larmes de leur sang !

Oui ! près de la France, regarde :

C'est nous tous qui montons la garde, Bretons ! prêts à la secourir!

Car nous la roulons Grande et Belle!.., Un Français doit vivre pour Elle Pour Elle un Breton doit mourir! ! !

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