‹ Coups de clairon; chants et poèmes héroïquesChapitre 53 sur 69 · L'AME DU HEROS · texte numérisé non relu

L'AME DU HEROS

Poésie lue par l'auteur, le 28 septembre 1901, à Plougrescant (Côtes-du-Nord), au pied du monument élevé à la mémoire de Paul Henry par ses camarades du " Borda".

Je viens à mon tour devant cette pierre Pour te saluer, jeune et fier guerrier; Pour lancer aussi vers Dieu ma prière Et mêler un brin de rose bruyère A ton vert laurier!

D'autres, mieux que moi, diront tes faits d'armes Et consoleront ta famille en deuil ; Tout en m'inclinant devant ses alarmes Moi je ne puis rien que verser des larmes De joie et d'orgueil;

De joie ineffable et d'orgueil farouche Car le pavillon rouge, blanc et bleu Abrite aujourd'hui la dernière couche D'un qui sut mourir ayant à la bouche Deux noms : France et Dieu !

On nous avait dit : « Tout se meurt : la Gloire L'Idéal, la Foi, Tantique Fierté!... »

Soudain, tu surgis au seuil de l'Histoire Trois palmes en main : Martyre, Victoire, Immortalité '.

Et, dès lors, narguant la Désespérance.

Au lieu d'entonner un noir Libéra, Nous nous écrions avec assurance :

* Tant que des Henry surgiront en France La France vivra ! »

Son c<nps est là-bas... mais Sun Ame plane Sur ce coin d'Armor qu'elle a tant chéri : Elle est sur nos fronts, blanche et diaphane. Avec ses amis sainte Eliboubane Et saint Gonéry ; (i)

Elle rôdera, par landes et grèves, Légère et ravie et grave à la fois :

Par les nuits d'été, par les nuits trop brèves, Elle revivra tous les jolis rêves Rêvés autrefois ;

(i; Patrons de Plougrescant

Par les sombres nuits des rudes Frimaires, Les trop longues nuits pour qui ne dort pas, Elle ira semer de douces chimères Autour des lits-clos où les tristes mères Espèrent leurs gâs;

Lorsque les pêcheurs verront leur gahare Prête à s'engloutir, un soir d'ouragan, Quelqu'un d'invisible empoignant la barre Les pilotera sur le Flot barbare Jusqu'à Plougrescant ;

Et, quand les enrants sortiront de classe, Un Etre inconnu marchant auprès d'eux Leur murmurera des mots à voix basse, Empruntant sa voix au grand vent qui passe Dans les chemins creux...

Et sur la falaise, et dans la prairie, Le futur marin, le futur pâtour, Suspendant leurs jeux, pris de rêverie, Apprendront qu'il faut aimer sa Fatr Et de quel Amour...

Et, soudainement, chaque petit être De ce coin béni du pays d'Armor En lui sentira le Héros renaître, Jurant d'imiter sa Vie et — peut-être - D'imiter sa .Mort !

Le Vaisseau-École « Le Borda

Poésie lue par l'auteur, à Plougrescant, le 26 Juin 1902, lors des obsèques de Paul Henry, ramené en Bretagne aux frais de l'Etat.

Du Grand Large ou du Ménez-Bré, D'où que tu souffles, Vent de Gloire, Chante un Te Deum de Victoire Et non plus un Miserere .'

Et toi, fier Soleil, Astre-Roi.

Voile modestement ta flamme Car il plane sur nous une Ame Plus éblouissante que toi !

Entr'ouvre-toi, Terre d'Armor, Puis referme ton drap de mousse,

Et fais-toi maternelle et douce Pour recevoir le Héros mort ;

Car voici qu'un rapide esquif Ayant tous nos cœurs à la traîne T'a, dans les flancs de sa carène, Rapporté ton fils adoptif !

Il s'était embarqué, joyeux, Pour des croisières triomphales, Cap sur les Mers orientales Et les Pays mystérieux;

11 avait, d'un cœur valeureux, Quand sonna l'heure de combattre, Réclamé l'honneur de se battre Au poste le plus dangereux :

Il avait maintenu, luttant

Un contre mille et plus encore,

Notre pavillon tricolore

Sur les remparts du Peï-Tang !

Puis, mourant du Rêve si beau Qu'il caressa toute sa vie, Il tomba pour Dieu, la Patrie, Vengeant la Croix et le Drapeau !

Il revient par ce jour d'été, Kergresq, au rendez-vous suprême, Mort sans doute, mais vivant quand même, Debout dans l'Immortalité !

Dans tes rudes bras de granit Ne le serre pas trop, falaise,

Pour qu'il puisse s'étendre à l'aise Au pied du vieux clocher bénit !

Vents et Flots, de vos grandes Voix Chantez-lui les belles Berceuses, Les Cantilènes enjôleuses Qui l'ensorcelaient autrefois !

Et toi, Glèbe au sein tout-puissant Dans lequel il faut qu'il renaisse, Imprègne-toi de sa Jeunesse, De son cœur aspire le sang

Afin — quand le jour aura lui De nos futures Epopées — Qu'il germe une moisson d'Epées De ton sol fécondé par lui !

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